Retour Accueil
Retour page précédente

TRAVAILLER,  PARTAGER,  GERER 

Introduction
I Ecouter
II Prier
III Vivre ensemble
IV L'obéissance et l'autorité
V Travailler, gérer, partager

 

St Benoît, dans son projet, respecte l'homme dans toutes ses dimensions, pour le bien de chacun, pour la qualité de la vie communautaire et aussi pour la juste relation aux choses. La maxime traditionnelle « ora et labora » (prie et travaille) dit déjà un équilibre, une complémentarité. La dimension économique est indissociablement travail, partage et bonne gestion.

Dans la Règle, le travail a deux aspects 

Le service mutuel dans les nécessités de la vie quotidienne en communauté, donc travail gratuit. Le travail fourni pour assurer les échanges avec l'extérieur et gagner la vie de la communauté. Le fondement de ces activités est la nécessité mais le but, c'est la communion, non le profit.
Dans le monde romain, où vivait Benoît, le travail  manuel était réservé aux esclaves (travail « servile ») . La Règle, en valorisant ce travail, dans la ligne de la tradition judeo-chrétienne, a ouvert la voie aux progrès de l'économie.  « Ils seront vraiment moines lorsqu'ils vivront du travail de leurs mains, à l'exemple de nos pères (Pères du désert) et des Apôtres. »
Mais pour St Benoît – contrairement aux excès du monde moderne – le rôle du travail ne doit pas être hypertrophié et les besoins de la communauté ne doivent pas être développés artificiellement. « Il suffit » est un mot-clé chez lui, à l'opposé du consumérisme.
   Le travail se situe dans un équilibre de vie qui respecte toutes les dimensions de la personne et d'abord, la dimension spirituelle. Le début du chapitre 48 est symptomatique.  « L'oisiveté est ennemie de l'âme. Les frères doivent donc consacrer certaines heures au travail des mains et d'autres à la lecture des choses divines (lectio divina) ». S'ensuit tout un horaire. L'oisiveté est tellement dangereuse que Benoît souhaite une activité même le dimanche pour ceux qui n'arrivent pas à s'appliquer à la lecture.

Ce travail ne doit pas être écrasant : « Que tout se fasse avec modération par égard pour les faibles. » « Quant aux frères malades ou délicats, on leur donnera tel ouvrage ou métier qui les garde de l'oisiveté sans les accabler ni les porter à s'esquiver. L'abbé doit avoir leur faiblesse en considération ».  Aussi est-il prévu de donner des aides si la charge est lourde pour pouvoir « la remplir l'âme en paix »(31,17) « sans tristesse »(35,3-4;53,18-20;66,5). Il y a une hiérarchie des valeurs fondée sur  l'Évangile. Voir les recommandations faites à l'abbé en 2,33-36.Ce sens des priorités se retrouve au chapitre 57 sur les artisans du monastère: le bien spirituel d'un frère passe avant le profit matériel du monastère . La recommandation de l'honnêteté dans les transactions, a aussi un fondement biblique et spirituel. La conclusion résume l'état d'esprit.  Ce qui est en jeu, ce n'est pas le marketing pour élargir la clientèle, mais la  « gloire de Dieu » à laquelle peuvent contribuer des comportements économiques et commerciaux. Bien sûr les modalités concrètes ont évolué depuis le VI° siècle.

Le principe de partage

Ce principe, qu'avec toute la tradition monastique, Benoît tire des Actes des Apôtres, évoquant la vie de l 'Église primitive (Ac 2,44-45) s'exprime selon deux axes:  « Que tout soit commun à tous »; ensuite : « On partage à chacun selon ses besoins » et non selon ce qu'il apporte. La mise en commun intégrale des biens comme expression de la charité ne peut se pratiquer que dans des communautés à taille réduite et entre volontaires. La tentative de l'imposer de force, à grande échelle, en contexte athée, a donné naissance au XX° siècle, aux régimes communistes totalitaires avec les horreurs que l'on sait. Mais dans les sociétés démocratiques et libres le partage prend la forme de la solidarité.
St Benoît est très radical sur ce point (ch.33).Les moines ne doivent rien avoir en propre;tout doit être reçu de l'abbé. Et pourquoi? Parce qu'ils ont fait le don total d'eux-mêmes à Dieu et «il ne leur est même plus licite d'avoir à leur disposition ni leurs corps ni leurs volontés ». Au chapitre 34 St Benoît aborde le corollaire:  « Tous doivent-ils recevoir le nécessaire de manière égale ? ». Non, car il faut tenir compte des besoins différents, des infirmités, sans faire de préférences arbitraires. Toujours réaliste, il prévoit les répercussions dans les cœurs, les risques de jalousie, et il y pare.

Questions

Citations

Bien gérer :

St Benoît veille au soin des choses car cela joue un rôle dans le climat des relations entre les humains; nous ne le savons que trop. Il a horreur de la négligence et du gaspillage. Cela ne s'explique pas d'abord par la pénurie matérielle engendrée par la guerre qui sévissait alors. Ses motifs sont plus profonds.

Dans la « maison de Dieu » qu'est le monastère