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Le monachisme basilien.

Le monachisme basilien

Vie de Basile
Comment vivait-on ?

Plaire à Dieu d'après les Règles de Saint Basile

I Vouloir plaire à Dieu.
II L'ascèse.
III L'amour fraternel.

Sommaire histoire du monachisme

Saint Basile

Sous la direction de son Père, Basile reçoit une éducation soignée et une formation humaine et intellectuelle solide. Il apprend la grammaire, les mathématiques, la musique et l’astronomie; il apprend aussi l’art de bien parler : la rhétorique, et surtout, il apprend à prier et à étudier l’Ecriture Sainte.
Le jeune Basile est avide de connaissances, de découvertes du monde et il se lance dans les études avec une ardeur de poulain  comme le dira Grégoire de Nazianze dans l’Eloge funèbre qu’il fera de Basile. Il découvre la richesse de pensée des philosophes grecs et la savoure : Platon, Aristote, Plotin.

A vingt ans, Basile doit aller continuer ses études à Constantinople. Il y aura pour maître l’illustre Libanios, sophiste réputé, qui lui apprendra surtout l’art de vivre avec sagesse.

Basile a faim de connaissances intellectuelles. Il est brillant, doué, aussi désire-t-il achever ses études à Athènes, la patrie de la sagesse et des arts, la ville où l’on vient de partout. Mais comme toute ville universitaire, les chahuts, les fêtes et les distractions font partie de la vie des étudiants autant que les cours.

Basile fuit tout ce laisser-aller.Il regroupe quelques amis autour de lui; tous sont chrétiens. Parmi eux : un certain Grégoire ( le futur évêque de Nazianze) qui deviendra l’ami intime de Basile. Ce sera une indéfectible amitié, une des plus belles amitiés de l’histoire de l’Eglise. Chacun de nous faisait la gloire de l’autre. On eût dit chez l’un et l’autre une seule âme pour porter deux corps. (Eloge funèbre de Basile). C’est une amitié toute centrée sur le Christ. Cette amitié est une flamme qui brûle, éclatante et aérienne (ibid).

355 marque la fin des études universitaires de Basile. Il lui faut donc rentrer en Cappadoce où une brillante carrière de professeur l’attend à Césarée. Grégoire, lui, n’a pas fini ses études et reste à Athènes. C’est le temps de la séparation géographique des deux amis.

C’est le temps des vacances, aussi Basile se rend-il dans la grande propriété familiale d’Annisa. Sa sœur Macrine le trouve exagérément exalté par son talent oratoire, dédaigneux de toutes les dignités et exalté par la prétention au-dessus de tous les notables de la province (VSM 6). Bref, elle le trouve orgueilleux, aussi l’attire-t-elle à l’idéal de la philosophie. Plus tard, dans la lettre 223,2, Basile parlera de ce moment de sa conversion : J’ai dépensé beaucoup de temps pour la vanité (...) enfin un jour je m’éveillai comme d’un profond sommeil. Je tournai les yeux vers l’admirable lumière de la vérité évangélique. Basile demande à recevoir le saint Baptême et il décide de mener une vie ascétique, dans la mouvance d’Eustathe, l’ami de la famille. Il cherche à rejoindre ce maître, mais en vain. Eustathe est en voyage. Qu’à cela ne tienne, Basile le poursuit, mais sans succès. Il visitera ainsi les terres monastiques de Palestine, Egypte, Syrie. A son retour il se rallie au groupe des eustathiens tout en se rendant compte de la nécessité de critiquer l’inspiration de son ascèse. Ainsi,
                   - En réaction contre la rupture des liens conjugaux, le célibat pour tous, Basile va édifier sa doctrine sur la double charité de Dieu et du prochain et ne parlera pas de célibat.
                   - Convaincu qu’une réforme spirituelle était nécessaire dans l’Eglise, Basile organise des hospices, l’accueil des pauvres, etc.. dont l’initiative revient à Eustathe, dans un monde où il y avait beaucoup à dire au point de vue des inégalités sociales.
                   - Devant une certaine indifférence des eustathiens à la pratique des sacrements, Basile, dans le Traité du Saint-Esprit, insiste sur la divinité du Saint-Esprit et sur la sanctification baptismale. Dans l’Asceticon, il enracine le renoncement monastique dans le renoncement catéchuménal à Satan.
                   Basile vit dans la solitude, s’efforçant de tenir son esprit dans la tranquillité (hesychia). Voici la description enthousiaste et un peu idyllique qu’il fait de ce lieu à son ami Grégoire pour le persuader de venir l’y rejoindre (lettre XIV écrite après 360) :        

“Dieu m’a montré un endroit convenant si parfaitement à mon caractère, qu’on peut y voir en réalité ce domaine que souvent nous avions pris l’habitude d’imaginer par la pensée, à nos instants de repos et d’amusement”....”C’est une haute montagne, couverte d’une épaisse forêt, arrosée au nord d’eaux fraîches et limpides. A ses pieds s’étend une plaine inclinée, continuellement engraissée par les eaux qui suintent de la montagne. Une forêt qui a poussé d’elle-même autour de cette plaine aux arbres variés et de toutes espèces, lui tient presque lieu de clôture; aussi l’île elle-même de Calypso, qu’Homère admira évidemment entre toutes pour sa beauté, est-elle petite en comparaison. Et, en effet, il ne s’en faut pas de beaucoup qu’elle ne soit une île, car elle est entourée de défenses de tous côtés. De profonds ravins déchirent son sol de part et d’autre. Sur son flanc le fleuve, qui tombe d’un escarpement, est lui-même un mur continu et infranchissable. Des deux côtés la montagne s’étend, se joint aux ravins par des coudes en forme de croissant et interdit ainsi les voies d’accès à ses pieds. Ceux-ci n’ont qu’un seul passage, et c’est nous qui en sommes maîtres. Notre habitation s’abrite dans une autre gorge, qui dresse à côté de la cime principale un sommet élevé, si bien que la plaine s’étend aux regards et que d’en haut l’on peut voir même le fleuve qui l’entoure (...). Celui-là, le plus rapide des fleuves que je connaisse, prend un aspect quelque peu sauvage grâce à la roche voisine, sous laquelle il se répand et se roule en un profond tourbillon. Il me procure le plus agréable spectacle, à moi et à tous ceux qui le contemplent, comme il suffit très amplement aux besoins des habitants du pays, et il nourrit dans ses tourbillons une quantité inexprimable de poissons. Quel est-il besoin de parler des exhalaisons de la terre ou des brises du fleuve? Quant à la multitude des fleurs ou à celle des oiseaux chanteurs, quelqu’autre pourrait les admirer; moi, je n’ai pas le loisir d’y appliquer mon esprit. Mais le plus bel éloge que nous puissions faire de cet endroit, c’est que, naturellement capable de produire tous les fruits grâce à sa situation favorable, il nourrit le plus agréable pour moi de tous les fruits, la tranquillité, non seulement parce qu’il est éloigné du tumulte des villes, mais encore parce qu’il ne laisse pas même passer un voyageur, à l’exception de ceux qui se mêlent à nous pendant leurs chasses. En effet, outre ses autres ressources, le pays nourrit encore des animaux sauvages, non pas vos ours ni vos loups (à Dieu ne plaise!) mais des troupeaux de cerfs et de chèvres sauvages, des lièvres y trouvent leur pâture, ainsi que les autres bêtes qui leur ressemblent”.

Des amis le rejoignent. On vit en fraternité . Ces chrétiens veulent vivre ensemble leur baptême. Parmi ces amis arrive, un jour, Grégoire. Il ne restera là que quelques mois. Il faut dire que Grégoire est un indécis. On dirait aujourd’hui “discerner sa vocation”. Le Seigneur l’appelait-il à la vie ascétique en fraternité, ou au sacerdoce? Nul ne le saura jamais. Quoi qu’il en soit, la vie des deux amis à Annisa est très féconde. Ensemble ils composent un recueil des plus beaux textes d’Origène. On appellera cela la Philocalie. De cette époque datent aussi les Règles Morales : règles de vie pour tout chrétien, règles inspirées de 1542 versets du Nouveau Testament et touchant la conversion, la foi, la charité, la solidarité, le travail, le discernement spirituel, etc...

Basile arrive à faire à ce mouvement une place au sein de l’Eglise, comme cellule même d’Eglise. Le monachisme de Basile (avant que celui-ci ne soit évêque) est un monachisme d’anarchistes, de contestataires, de révolutionnaires. Il regroupe toutes sortes de gens : chrétiens aspirant à vivre à fond la vie évangélique, mais aussi esclaves, soldats déserteurs, colons fatigués du travail, fils et filles en contestation avec leurs parents, époux lassés par leurs conjoints. Autrement dit, pour le recrutement, on est dans le droit fil des disciples d’Eustathe. On ne s’engagera durablement dans ce mouvement qu’au temps où Basile sera évêque; cela purifiera, éclairera, assainira la situation.
          Dans les fraternités basiliennes, on mène une véritable vie communiste (mais pas marxiste). Où vont les biens? A l’Eglise plutôt qu’aux pauvres directement, comme chez Eustathe. D’où se crée tout un réseau d’oeuvres ecclésiastiques, hospices, monastères. Les grandes propriétés familiales passent à l’Eglise dont la propriété foncière s’accroît de plus en plus. Basile organise un système d’assurances sociales qui fera la force du Moyen-Age. Mais du coup, on ne travaille plus! (cela, c’est le problème du communisme, qu’on se souvienne des Actes des Apôtres!). Basile va rappeler la nécessité du travail consciencieux et charitable et  recommander de prendre soin des instruments de travail.

Suite.