Retour Accueil
Retour page précédente

Le monachisme basilien.

Le monachisme basilien

Vie de Basile
Comment vivait-on ?

Plaire à Dieu d'après les Règles de Saint Basile

I Vouloir plaire à Dieu.
II L'ascèse.
III L'amour fraternel.

Sommaire histoire du monachisme

Mais comment vivait-on dans une fraternité basilienne?
D’abord le lieu :

C’est une maison commune, un coenobium, de proportion modeste, comptant non pas des centaines de moines comme dans les monastères pachômiens, mais quelques dizaines de membres. La communauté de Basile est une maison familiale sur les bords de l’Iris (sur l’autre rive duquel se trouve le monastère des moniales de Macrine et, un peu plus loin sur les bords du fleuve, l’ermitage du frère aîné Naucrate). Un toit commun, une table commune, une prière commune : une unique maison, une communauté dans laquelle le supérieur veille sur chacun des frères en particulier (ce qui vous explique le nombre limité) avec l’affection et la patience d’un père.

La sainte liturgie s’y déroule quatre fois par semaine : le dimanche, le mercredi, le vendredi et le samedi. Pourquoi ces jours-là? pour se démarquer des communauté eustathiennes. Il y a quelques prêtres, dont le supérieur (le supérieur est toujours un prêtre). Pour garder le silence, condition essentielle au recueillement, on limite le plus possible les sorties, on évite aussi les travaux d’atelier bruyants. Par contre les travaux des champs, l’exploitation forestière et celle des carrières ont la préférence. Le travail intellectuel a aussi sa part : étude et méditation de la Bible, cours au plus jeunes, etc... Écoutons Grégoire de Nazianze en parler avec nostalgie (et faisons aussi la part de la littérature!) :
    

“ Qui nous rendra ces jours où nous travaillions ensemble jusqu’au soir? où tantôt nous fendions du bois, tantôt nous taillions des pierres? où nous plantions et arrosions nos arbres? où nous traînions ensemble ce lourd chariot dont les marques nous sont si longtemps restées aux mains?... Qui nous rendra ces chants des psaumes et ces nuits passées dans les veilles, et ces pèlerinages vers Dieu par la prière! et cette vie presque immatérielle et incorporelle! et cette amitié, et cette unanimité des frères, élevés au-dessus de la nature et comme déifiés par vous!” (Lettre 9 de Grégoire de Naz. à Basile).

On vit modestement et même pauvrement. Basile donne l’exemple avec une seule tunique et un seul manteau; pour lit, une planche posée sur le sol; pour nourriture du pain, du sel et quelques légumes; pour boisson l’eau des ruisseaux de la montagne; écoutons à nouveau Grégoire :

 “ Je me souviens et me souviendrai toujours de cette cabane sans toiture ni porte, de cet âtre sans feu ni fumée, de ce pain et de ce potage, comme on les appelait, où la dent glissait entre les morceaux pour s’en retirer comme d’un ciment.”( Lettre 7 de Greg. de Naz. à Basile).

La fraternité comporte aussi une école pour recevoir les enfants orphelins, abandonnés, donnés - ou oblats, offerts par leurs parents - ou les enfants chrétiens. Ils reçoivent une éducation exclusivement religieuse (ni grammaire ni rhétorique) : on forme leur âme non leur intelligence intellectuelle, en essayant de les faire parvenir à la paix du coeur : l’apathéia (l’absence de passions). La Bible est leur livre d’instruction. On les forme dans la perspective qu’ils deviendront “moines” et s’engageront dans la communauté vers 16-17 ans.

En fait, la seule Règle de Basile est l’Ecriture Sainte (c’est pour cela que ce que l’on a appelé ses “Règles monastiques” a traversé les siècles). Il fait de l’Evangile la substance de sa pensée. Nulle part vous ne le verrez  employer le terme de religieux, moine; c’est volontaire; il n’entend en aucune façon constituer un groupe à part ou au-dessus du commun des chrétiens; l’épithète qui convient c’est chrétien .

Pour Basile, le devoir strict du chrétien, sa façon de proclamer la seigneurerie du Christ, c’est :

Aussi voit-il dans les communautés ascétiques la réalisation même de l’Eglise locale et non des communautés en opposition au monde ambiant. On vit son baptême.

Mais si tout est ordonné à la prière et à l’accueil des pauvres dans les forêts de Cappadoce, la vie de l’Eglise universelle n’est pas aussi harmonieuse et calme. L’arianisme, en effet, continue ses ravages dans l’Eglise. En 364, Basile est ordonné prêtre et appelé à être le conseiller théologique de son évêque. Basile se rend à Césarée de Cappadoce où il continuera de mener sa vie ascétique. Il visite régulièrement ses fraternités, conseille les uns, encourage les autres, et prêche très bien. .. Si bien que son évêque devient jaloux de lui. Et voilà des clans qui s’installent dans l’Eglise de Cappadoce! On excite Eusèbe contre Basile, ou au contraire, on dit que l’élection épiscopale d’Eusèbe est nulle. Basile prend conscience de tout cela. Il veut l’unité de l’Eglise. Il est consterné d’être en partie et malgré lui l’occasion de ces dissensions, alors, un jour, après avoir demandé l’avis et l’aide de son ami Grégoire, il s’enfuit dans ses forêts. Il y demeurera deux ans, visitant ses fraternités et travaillant inlassablement au développement de la vie ascétique. Il va d’une fraternité à l’autre; les frères lui posent un tas de questions pratiques, concrètes sur la vie chrétienne. Basile répond sur le champ. Cela va donner le Petit Asceticon . Cet ouvrage contient les questions des frères et les réponses de Basile. Les frères, en effet, prennent des notes et on les recopie; on se les transmet de fraternité en fraternité. C’est ce texte de Basile qu’a dû connaître Saint Benoît.

Une “seconde édition”, plus longue, du Petit Asceticon sera faite assez tôt. C’est une édition revue et complétée, qui a pris nom de Grand Asceticon. De quoi cet ouvrage est-il composé? Il contient d’une part une partie du texte du Petit Asceticon, remanié, développé et complété - touchant au cadre de la vie cénobitique; c’est ce qu’on appellera les Grandes Règles (GR); et d’autre part les Petites Règles (PR) qui sont des réponses à toutes sortes de questions variées, publiées telles quelles.
On peut résumer cela ainsi :

Nous disposons actuellement, en traduction française (Ed. de Maredsous) des Règles monastiques de St Basile, c’est-à-dire : les Grandes Règles et les Petites Règles. Grâce à la table des correspondances établie par le Père Gribomont (cf. Evangile et Eglise, éd. Bellefontaine), nous pouvons, à partir des GR et PR reconstituer le Petit Asceticon, ce qui est fort utile pour lire la Règle de Benoît.

En 363, la mort violente de l’empereur Julien, tué au combat par un javelot, vient troubler le recueillement de Basile. En effet, le nouvel empereur, Valens, est un ami des ariens qui n’avaient jamais cessé la lutte et la reprennent alors avec plus de force et soutenus par l’empereur. L’intellectuel du parti arien, Eunome, évêque de Cyzique, écrit et diffuse un exposé complet de la théologie arienne, anoméenne. Les évêques orthodoxes veulent réagir vite et bien. Ils demandent à Basile de le faire, d’où le traité Contre Eunome dans lequel Basile montre tout le caractère pernicieux de cette apologie d’Eunome. Evidemment les évêques ariens ne sont pas contents du tout et le font savoir à leur ami l’empereur. Celui-ci décide de faire une opération de force pour “convertir” à l’arianisme les évêques rebelles. Le métropolite de Césarée, Eusèbe, demande à Basile de revenir auprès de lui pour l’aider. Basile revient auprès de son évêque au printemps 365. Eusèbe trouve alors en Basile un bâton de vieillesse; Le métropolite conduisait le peuple et Basile conduisait l’évêque, dira Grégoire lors de l’éloge funèbre de Basile.

En 370, Basile devient métropolitain de Césarée. Il lutte aux côtés d’Eustathe de Sébaste contre les ariens. Les deux évêques vivent une véritable amitié qui, hélas, sera rompue avec fracas par Eustathe devenu jaloux du prestige de son disciple Basile.

La suite de la vie de Basile est entièrement consacrée à sa charge de pasteur et de défenseur de la foi orthodoxe.

A l’automne 378, un bruit court dans Césarée. Basile est mourant. Il récupère en fait un peu de forces, impose les mains à de nouveaux prêtres, puis rechute. Hiver 378, dernière nouvelle : Basile est étendu, les yeux fixés au ciel. Il vient de mourir en murmurant :  Entre les paumes de tes mains, je remets mon esprit (Ps. 30).

Grégoire de Nazianze, son ami depuis sa jeunesse écrit que Basile rendit son âme avec bonheur. Basile s’éveille à la merveilleuse lumière de Dieu. Il venait d’écrire dans son dernier ouvrage (Homélie sur l’origine de l’homme): Tu es né pour regarder Dieu. Il avait 49 ans.

 

LA PATERNITE DE SAINT BASILE

                   Il n’y a pas eu d’ordre basilien, ni même de congrégation basilienne comparable à celle de Pachôme qui était une institution centralisée. Mais le prestige et la sainteté de Basile, son esprit, vont pénétrer toutes les solitudes orientales, non seulement dans les fraternités qu’il a établies à Annisa et à Césarée, ou dans ses fondations des villes du  Pont, de Cappadoce et d’Arménie romaine, mais bien au-delà, en Syrie orientale et jusque dans le Caucase. Vers l’an 800, l’esprit basilien va rayonner au grand monastère du Stoudion, à Constantinople, grâce à l’higoumène Théodore qui avait Basile en grande estime et qui va introduire sa spiritualité dans ce monastère prestigieux dont il a la charge (cf. chapitre IX de ce cours). De là, le monachisme basilien fera la conquête du Mont Athos dès 950, puis, de l’Athos, il gagnera les pays slaves, les laures de Kiev et enfin rayonnera sur les monastères russes.

                   L’un des thèmes majeurs de la spiritualité basilienne est celui de plaire à Dieu, aussi, nous voudrions simplement en donner un modeste aperçu, dans les Règles monastiques de Basile, pour susciter le désir de faire un travail en profondeur et d’en vivre.

Lire : Plaire à Dieu d'après les Règles de Saint Basile.


Retour au sommaire du monachisme.