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PLAIRE A DIEU d’après les Règles de Saint Basile

Le monachisme basilien

Vie de Basile
Comment vivait-on ?

Plaire à Dieu d'après les Règles de Saint Basile

I Vouloir plaire à Dieu.
II L'ascèse.
III L'amour fraternel.

Sommaire histoire du monachisme

II. L’Ascèse

L’ascèse est le moyen que propose saint Basile pour parvenir à une vie qui plaît à Dieu.

Pour plaire à Dieu, il faut proportionner les moyens à la fin... Il en est de même de la vie d’ascèse par laquelle nous voulons plaire à Dieu en nous conformant à l’Evangile du Christ : nous ne pouvons le mener que dans l’éloignement des soucis du monde et le bannissement absolu des distractions (GR 5).

Les distractions sont occasions de tentations (PR 263). Les principaux moyens ascétiques que nous trouvons dans les Règles de Basile atteignent les lieux fondamentaux de l’être humain, en même temps qu’ils sont extrêmement concrets et pratiques. Ce sont : l’obéissance, l’humilité, le renoncement à soi-même, la garde des pensées, la tempérance, le bon combat.

1. L’obéissance

Elle est synonyme de ce qui plaît à Dieu. Dès le Prologue des Grandes Règles, Basile montre le but de l’obéissance : l’amour de Celui qui commande... la joie d’être trouvé digne de servir un Dieu si glorieux et si bon.. un moine obéissant mène une vie conforme à celle de Jésus, le Parfait Obéissant. C’est pourquoi Basile va jusqu’à dire que rien ne doit être préféré à l’obéissance à Dieu, qu’il ne faut rien préférer à la soumission à Dieu (GR 12) et il présente tout de suite un bon moyen d’obéir : prendre partout la dernière place (GR 21).

L’obéissance occupe une grande place dans les Règles basiliennes. Elle est fréquemment mise en valeur. c’est par elle que le moine plaît à Dieu. Basile apprend très concrètement à ses disciples ce qu’est un moine obéissant : il est prêt à toutes bonnes actions; c’est un instrument docile (GR 10) qui obéit de tout son cœur (GR 28, en tout (GR 41), à tous ses frères - du moment que leur ordre est conforme à la loi de Dieu (PR 114). Il n’a aucun autre souci que d’obéir à l’ordre du seigneur (PR 154). Il obéit avec un cœur humble et pur, fuyant la vaine gloire (GR 20). L’obéissance est sans limites : vouloir plaire à Dieu, c’est vouloir obéir jusqu’à la mort, à l’imitation du Maître (PR 116; 119; 152). Il s’agit de vivre l’obéissance en étant dans la disposition des enfants, alors on plaît au Père.

2. L’humilité.

Saint Basile ne fait pas un long discours sur l’humilité. Il donne, par des moyens très concrets, le sens fondamental de cette vertu : plaire à Dieu, lui obéir en devenant parfait comme le Père céleste est parfait (Mt 5, 48). Pour cela, il est nécessaire de fuir la vaine gloire (GR 20), de prendre la dernière place car ce qui est élevé parmi les hommes est en abomination devant Dieu (PR 20). La patience (PR 179; 181; 226) est la forme de l’humilité qui permet un tel labeur. Ce n’est pas une résignation mais l’espérance de la récompense dans le siècle futur (PR 181). Basile va loin dans le sacrifice de la volonté propre : on ne doit même pas faire le bien par sa volonté propre (PR 60; 227). Il s’agit de devenir fou aux yeux du monde pour trouver la sagesse de Dieu. Ceci arrive lorsque, en rejetant toute prétention à l’intelligence, le moine n’estime pas ses propres raisonnements, et, bien plus, il ne commence même pas à raisonner avant de s’être accoutumé à la Loi du Seigneur, dans le but de plaire à Dieu, soit en actes, soit en paroles, soit en pensées (PR 274).

3. Le renoncement à soi-même.

Le désir de suivre le Christ nécessite le renoncement à soi-même. Il s’agit de prendre sa croix chaque jour, de perdre sa vie (Lc 9, 23-24; GR 6: GR 8; PR 237). En voulant ainsi suivre Jésus, le moine entre dans le temps de la patience, grâce qu’il reçoit du Seigneur jour après jour et qui lui permet de travailler au désir de plaire à Dieu (PR 179). Ce renoncement à soi-même s’exprime principalement de deux façons :
a) Le sacrifice de sa volonté propre. Il s’agit de se préparer à mourir pour le Christ, de résister aux attaques lancées contre soi à cause du Nom de Jésus.
b) L’oubli complet des choses passagères. Celui-ci s’exprime dans l’abandon des choses extérieures : richesse, vaine gloire, société des hommes, attrait des bagatelles... Le grand obstacle , dans le désir de plaire aux hommes, c’est l’instabilité (PR 33). L’oubli des choses extérieures consiste aussi à ne plus tenir compte de quoi que ce soit en cette vie, que ce soit l’affection des parents et amis lorsqu’elle s’oppose au précepte du Seigneur  Si quelqu’un vient ... sans me préférer... (Lc 14, 26), ou bien la crainte des hommes quand elle détourne du vrai bien ou les moqueries dont les méchants accablent les bons. En résumé, écrit saint Basile, se renoncer, c’est transporter le cœur humain dans la vie du ciel en sorte que l’on puisse dire : notre patrie est dans les cieux (Ph. 3, 20), et surtout, c’est commencer à nous assimiler au Christ lequel s’est fait pauvre pour nous, de riche qu’il était, et à qui nous devons ressembler si nous voulons vivre conformément à l’Evangile (GR 8). Bref, se renoncer, c’est suivre le Christ avec ardeur.

4. La tempérance.

L’humilité vraie, à la suite du Christ pauvre, chaste et obéissant jusqu’à la mort, se vit par la tempérance qui est un moyen d’ascèse très efficace (GR 16) : Nul moyen n’est plus apte que la tempérance à modifier et asservir le corps. Basile nous rappelle que tous les saints ont vécu dans la tempérance, à commencer par notre Seigneur lui-même lors de sa vie sur la terre. Tous jeûnent pour voir Dieu.

La tempérance parfaite exige essentiellement que l’on impose une mesure à sa langue, des limites aux yeux et la simplicité aux oreilles (GR 16). Elle est destruction du péché, anéantissement des passions, mortification du corps jusque dans ses appétits et ses désirs (GR 17). La tempérance n’est pas négative; elle est le signe que l’on est mort avec le Christ. Elle n’est pas triste; au contraire elle engendre la joie de tout faire pour la gloire de Dieu (1 Co 10, 31); GR 17; PR 72). Elle est aussi le canal de la chasteté (GR 18).

5. La garde des pensées.

On ne peut plaire à Dieu si nos pensées changent constamment d’objet, si l’on n’a pas la conviction constante que Dieu scrute les reins et les cœurs (PR 21) car alors on ne peut pas obéir au commandement de Dieu (GR 5). Vivre sous le regard de Dieu est le remède contre les distractions (PR 295). Les pensées multiples ne plaisent pas à Dieu. En laissant notre esprit s’égarer, on manifeste que l’on ne préfère pas tout au Christ. Si, en dehors de l’heure du repas on pense à la faim sans l’éprouver physiquement, on met en évidence l’égarement de l’âme en trahissant son attachement aux choses présentes et son indolence vis-à-vis de celles qui plaisent à Dieu (PR 17).

Cette ascèse n’est pas demandée seulement au moine débutant mais elle est une pratique de toute la vie : s’exercer à se préserver de la dispersion de l’esprit, multiplier et accentuer ses efforts dans ce sens afin de plaire à Dieu et de se maintenir plus intensément et plus parfaitement recueilli dans son amour (PR 306). Saint Basile, connaissant bien la nature humaine et la difficulté de ce qu’il propose au nom de l’Evangile, donne un moyen très concret pour la garde des pensées : prier sans cesse (1 Th. 5,5; PR 306). La vie ascétique chrétienne est l’expression d’une relation personnelle avec Dieu; la rencontre d’un regard omniprésent qui stimule et attire à lui (PR 306).

6. Le silence et la solitude.

Le moine cherche à plaire à Dieu en combattant dans le silence et la solitude du monastère. Basile montre la nécessité de la solitude; il insiste même; il signale l’importance de commencer par prendre la décision d’habiter dans la retraite afin de ne pas vivre comme des étrangers aux commandements du Christ. Cette mise à l’écart favorise la prière et la méditation auxquelles il est impossible de s’adonner au milieu de la foule, source de distractions multiples et de soucis temporels (GR 6). Pour Basile il s’agit bien de la solitude du monastère; en effet, les solitaires anachorètes ne lui paraissent pas vraiment chrétiens. Dans la tradition de Basile, on vit en communauté. Quant au silence, il permet de désapprendre les usages du monde; il est essentiel à la vie monastique, ou plutôt, ce qui est essentiel, c’est de savoir manier la parole, comment interroger et comment répondre (GR 15).

7. Le travail.

A plusieurs reprises, dans les Règles monastiques, Basile insiste sur le but du travail : être agréable à Dieu (cf. par exemple GR 33). Par le travail manuel, le moine ne cherche pas à subvenir à ses propres besoins, mais il désire accomplir la Loi du Seigneur en venant en aide à celui qui a faim. C’est s’approcher de la perfection que de travailler nuit et jour pour donner à celui qui a besoin (GR 42). Le moine sait qu’il ne se procure pas à lui-même le pain quotidien mais qu’il le reçoit de Dieu (PR 252) et, tout en travaillant, son cœur est occupé uniquement à la louange divine. Cela se concrétise par la prière avant le travail et par la prière pendant le travail. La prière avant le travail pour que Dieu conduise cet ouvrage à bonne fin, qu’il le sanctifie. La prière pendant le travail : en se maintenant dans le recueillement, ainsi, petit à petit, on peut prier sans cesse.

8. Le bon combat.

Ainsi, quiconque mène le bon combat afin de plaire à Dieu, a confiance dans le Seigneur et ne se soucie pas de lui-même (PR 272); il devient libre, il est d’humeur égale, partout et toujours le même (PR 33); il lutte contre la paresse de l’âme et s’il glisse et tombe par suite des circonstances, c’est presque malgré lui (PR 81). Il se laisse, en ce cas, immerger dans la miséricorde divine. Le moine animé de ce bon zèle persévérant (PR 34) a un cœur ardent et plein d’amour pour son Seigneur et pour ses frères. C’est toute sa vie qui est ainsi transfigurée.

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