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Grégoire le Thaumaturge

Comme des étincelles allumées en mon âme, mon amour s’enflamma à l’égard de celui qui dépasse tout pour sa beauté indicible: le Verbe de Dieu1.


Aux sources de l’evangelisation de la Cappadoce

Une sainte famille

Image Dans une grande maison familiale enfouie au cœur de la forêt, dans la Province du Pont au Nord-Est de l’Asie Mineure2, une dizaine de jeunes enfants écoutent une vieille femme leur raconter comment, avec son mari, elle a dû fuir la persécution déclenchée par l’empereur Galère, puis par l’empereur Maximin Daïa, entre l’an 306 et l’an 313. Toute la famille, avec quelques serviteurs fidèles, a vécu cachée dans les bois et s’est nourrie des produits de la chasse et de la pêche, pendant sept ans.
Les enfants sont captivés par les récits de leur grand-mère, Macrine l’Ancienne. Ils savent bien que la persécution a laissé des traces dans la famille. En effet, leur grand-père a été mis à mort parce que, par sa foi, il a provoqué la colère de l’empereur. Et toutes leurs propriétés ont été distribuées à d’autres maîtres. Ils sont émus et fiers de cet ancêtre mort martyr pour le Christ. Tout cela s’est passé environ 25 ans auparavant. Depuis, le nouvel empereur, Constantin, a fait la paix avec l’église et cette famille, comme beaucoup d’autres, a pu revenir sur ses terres et retrouver ses biens. Image
Basile l’Ancien est un brillant professeur de grammaire et de littérature; il est célèbre en Cappadoce. Il a épousé Emmelie et de leur union sont nés dix enfants. Neuf sont réunis ce soir-là au coin du feu pour écouter leur grand-mère à la veillée, le dixième étant mort peu après sa naissance. Voici une grande et belle famille, une famille d’amis de Dieu: en effet, plusieurs enfants deviendront des saints.
L’aînée est une fille, Macrine, sainte Macrine. Elle porte le nom de sa grand-mère. L’un de ses frères, Grégoire, qui sera plus tard évêque de Nysse, écrira sa vie. À la mort de leur père, Macrine dirigera avec douceur et fermeté l’ensemble de la tribu. Que deviendront ces enfants?
Hormis Macrine, on ne connaît rien des filles, mais on sait que Basile avait des neveux auxquels il écrit. Ce ne sont pas les enfants de Grégoire. Or aucun autre fils ne s’est marié. C’est donc que l’une ou l’autre de ses sœurs était mariée. Les quatre l’ont sans doute été et elles ont mené une vie paisible, sinon, nous l’aurions su!

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Pour bien comprendre le sens de leur vie, effectuons un retour en arrière, aux origines de l’évangélisation de la Cappadoce.

Les origines de l’Église en Cappadoce

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Vers l’an 213, en Cappadoce3, un petit garçon, Théodore, naît dans une famille de haut rang. Intelligent, il étudie le droit et l’art de bien parler. Il se prépare à partir avec son frère en Phénicie, une province voisine, pour y continuer ses études.
Théodore a une sœur. Le mari de celle-ci vient d’être nommé au poste de gouverneur impérial de la Palestine. C’est la période des vacances, elle invite ses deux frères à venir chez elle à Césarée de Palestine, la Césarée de l’évangile. Ils se promènent et visitent la grande bibliothèque d’Origène. Cette bibliothèque deviendra plus tard très célèbre par les trésors littéraires qu’elle abrite. Théodore est enthousiasmé par ce qu’il voit. Un soir d’été, pour se distraire, il va écouter le Maître, Origène, qui prononce son cours habituel; il s’agit d’une leçon de théologie dans le cadre de l’École catéchétique. Séduit, il revient le soir suivant, puis tous les soirs jusqu’à la fin des vacances: c’est le tournant de sa vie; il écrit:

" Telle une étincelle lancée au milieu de nos âmes, voici que s’allumait et s’embrasait en nous l’amour du Verbe sacré, tout aimable, qui par son ineffable beauté attire à lui tous les hommes, et l’amour de cet homme, son ami et son interprète. Profondément blessé par cet amour, je me laissai persuader de négliger toutes les affaires et études qui semblaient nous convenir, entre autres mes belles lois elles-mêmes, ma patrie, mes parents, ceux d’ici, pour qui nous étions partis. Une seule chose m’était chère et aimée, la philosophie et son guide, cet homme divin.4"

Théodore demande à recevoir le saint baptême. Désormais, il s’appellera Grégoire.
À la fin des vacances, les deux frères décident de rester à Césarée-Maritime chez leur sœur, afin de pouvoir suivre le cours complet d’Origène. Ils demeureront là cinq ans! La veille de leur départ, Grégoire remercie Origène. Ce discours d’adieu a été soigneusement conservé5.
De retour en Asie mineure, Grégoire dépense toute son énergie à faire connaître le Christ dans sa province de Cappadoce. Quelques années plus tard, l’évêque d’Amasée (capitale de la province voisine) consacre Grégoire comme premier évêque de Néo-Césarée de Cappadoce. Grégoire prêche avec tant de zèle que la plupart des habitants de Cappadoce deviennent chrétiens. Il meurt vers 263, et très vite après sa mort on le vénère comme un saint. Des miracles se réalisent sur son tombeau, d’où son nom de Grégoire le Thaumaturge, faiseur de miracles.
C’est par lui que la théologie d’Origène passe en Cappadoce. Basile, le fils de Macrine l’ancienne, le père des dix enfants, l’époux d’Emmelie, est un disciple de Grégoire le Thaumaturge que toute la famille vénère.

 

SV

1 Grégoire le Thaumaturge, Remerciements à Origène, 6, 83 (SC 148), Paris, Cerf, 1969, p. 129.

2C’est-à-dire dans l’actuelle Turquie.

3La Cappadoce recouvre la région de l’Anatolie, au centre de l’actuelle Turquie.

4Grégoire le Thaumaturge, Remerciement à Origène, IV, 83-84 (SC 148), Paris, Cerf, 1969, p. 129.

5Ibid.