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1.4. La vie monastique à Annisa

Chapitres

1. La vie de Macrine
1.1 Naissance, enfance, adolescence
1.2 Le travail de Macrine dans la maison familiale
1.3 Le caractère de Macrine
1.4 La vie monastique à Annisa
1.5 L'attitude de Macrine pendant sa maladie
1.6 La mort de Macrine
1.7 Ce que représentait Macrine pour les moniales
1.8 Les miracles accomplis par Macrine

2. La mère de Macrine

3. Les frères de Macrine

3.1 Basile
3.2 Naucratios
3.3 Pierre de Sébaste
3.4 Grégoire de Nysse

4. Deux moniales d'Anissa
4.1 Vetiana
4.2 Lampadion

5. La vie philosophique à Anissa

Sommaire histoire du monachisme

Avec un tel caractère, on comprend aisément que la soif d’absolu de Macrine l’ait conduite rapidement à vivre selon cet absolu. Macrine persuade sa mère de transformer la maison familiale en monastère, entreprise qui va être menée à bien, nous verrons comment; à la fin de la vie de la sainte, la vie monastique était établie,  organisée et vécue par de nombreuses vierges à Annisa.

Très tôt la vie de Macrine et de sa mère a été dépouillée de la vie trop matérielle. Pour correspondre plus concrètement à l’idéal de la philosophie, Macrine persuade sa mère :

A travers cela, vous remarquerez d’une part que l’on voit se dessiner ici la concrétisation de l’idéal de la philosophie, c’est-à-dire de la vie chrétienne et que d’autre part c’est le disciple (Macrine) qui persuade le maître (sa mère). Soit dit en passant, cette attitude fait ressortir l’humilité et la sainteté du maître. Ceci n’est pas sans intérêt car nous voyons peu à peu, dans la vie de Macrine, que le disciple va passer devant son maître et que le maître va devenir disciple... Nous avons du reste déjà souligné cela à propos du caractère de Macrine qui entraîne sa mère à ne pas se laisser aller au chagrin et à avoir de grands et nobles sentiments.

Macrine renonce à ses habitudes et entraîne sa mère dans ce désir d’humilité. Elle la dispose à se mettre concrètement au même niveau que le groupe de vierges et à partager avec elles comme égale. Ce partage se fait dans tous les détails exigeants de la vie commune : même table, même couche, mêmes moyens d’existence. Toute différence de rang est supprimée. Cela révèle le sérieux de la vie monastique à Annisa, où l’on vit dans le même esprit que la première communauté chrétienne. Cela permet de comprendre que l’élévation de la vie philosophique menée là, est telle, nous dit Grégoire, qu’elle dépasse toute description. (11).

Le travail, essentiel à Annisa, consiste en ceci :

Macrine n’a jamais compté sur un homme et jamais elle ne reçut de la part de l’un d’eux des ressources qui lui auraient permis de mener une vie “honorable” sans travailler. Vous remarquerez qu’en cela elle réagit contre les messaliens, nombreux dans cette région. Elle ne renvoie pas les quémandeurs ni ne se met en quête de bienfaiteurs. Dieu répond à une telle attitude en faisant croître secrètement, par ses bénédictions, comme des semences, les maigres ressources qui lui viennent de ses travaux et il les transforme en fruits abondants. Macrine vit libre : elle travaille puis s’abandonne à la Providence.

La communauté d’Annisa est appelée fraternité, comme les communautés basiliennes;  l’exemple de la vie de ces vierges  attire beaucoup de monde. En effet, ces femmes vivent comme des âmes délivrées de leur corps par la mort, c’est-à-dire loin de toute préoccupation de cette vie, de toute vanité mondaine. Leur existence est réglée de manière à imiter la vie des anges, c’est-à-dire que :

" l’on n’y voit ni colère, ni envie, ni haine, ni arrogance, que tout le désir de vanité, honneur, gloire, ambition, orgueil est banni; que leur plaisir est la continence, leur gloire : n’être connues de personne; leur fortune : ne rien posséder et avoir secoué de leur corps comme la poussière, toute richesse matérielle. "

On fuit les dispersions et on se libère du sensible, on maîtrise les passions humaines et on se trouve alors au-dessus de l’humain. A la différence d’autres ouvrages de Grégoire (De Instituto christiano en particulier), on ne trouve pas, dans la vie de Macrine le bon usage des passions. Ces vierges demeurent inférieures aux anges car elles apparaissent dans un corps, sont délimitées par une forme et vivent avec des organes sensoriels (VSM 11). Voilà qui nous en dit long sur l’anthropologie de Grégoire! Il n’en reste pas moins que ces vierges vivent la vie des anges sur la terre, comme Grégoire l’écrira ultérieurement dans son traité spirituel que l’on a appelé le De instituto christiano; leur vie n’en est pas moins dès “ici-bas” cachée avec le Christ en Dieu.

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