Retour Accueil
Retour page précédente

1. 6. La mort de Macrine

Chapitres

1. La vie de Macrine
1.1 Naissance, enfance, adolescence
1.2 Le travail de Macrine dans la maison familiale
1.3 Le caractère de Macrine
1.4 La vie monastique à Annisa
1.5 L'attitude de Macrine pendant sa maladie
1.6 La mort de Macrine
1.7 Ce que représentait Macrine pour les moniales
1.8 Les miracles accomplis par Macrine

2. La mère de Macrine

3. Les frères de Macrine

3.1 Basile
3.2 Naucratios
3.3 Pierre de Sébaste
3.4 Grégoire de Nysse

4. Deux moniales d'Anissa
4.1 Vetiana
4.2 Lampadion

5. La vie philosophique à Anissa

Sommaire histoire du monachisme

La fièvre de Macrine ne fait qu’augmenter. Grégoire comprend qu’elle en est à son dernier jour. Elle voit la mort en face, avec réalisme et sans aucun sentiment d’étrangeté. Elle ne craint pas de quitter cette vie et, jusqu’à son dernier souffle, elle médite avec une sublime intelligence sur ce qui, dès le début, a fait l’objet de son choix dans sa vie sur la terre: le divin et pur amour du Christ, la vie philosophique. Elle ressemble à un ange, sans attache dans la vie charnelle. En effet, sa pensée demeure dans l’impassibilité, l’apathéia;  la chair ne l’entraîne pas dans ses passions. La vie philosophique de Macrine est libération des passions;  qu’est-ce à dire ?

C’est être crucifiée avec le Christ, clouer sa chair par crainte, purifier son âme pour être divinement pure et sans tache. (VSM  ).

Ainsi Macrine court vers son amant sans qu’aucun des plaisirs de la vie ne détourne à son profit son attention.

Plus Macrine sent que la fin est proche (vers la fin de la journée), plus elle a hâte d’aller vers son Bien-Aimé. Son lit est tourné vers l’orient. C’est à l’orient que les premiers chrétiens plaçaient le paradis ; c’est de l’orient que l’on attend non seulement le retour du Christ mais aussi la venue des anges qui accueillent l’âme des justes et la conduisent au paradis. Pachôme voit à l’orient l’âme d’un frère emporté vers les anges. Macrine contemple davantage la beauté de l’époux, les yeux incessamment posés sur lui. Jaillit alors de son cœur et de ses lèvres sa prière magnifique. Tout en disant cette prière, elle trace une croix sur sa bouche, ses yeux et son cœur, protection de tout son être contre les démons. Puis elle manifeste le désir de dire la prière de l’eucharistie du lucernaire. Elle le fait par gestes et dans son cœur, ne pouvant plus parler tant elle est fiévreuse. Cette prière s’achève par une signation tandis qu’en un profond soupir  cessent sa prière et sa vie. (25). Nous admirons particulièrement cette mort de Macrine qui signifie bien que toute sa vie était devenue prière. Toute sa vie était liturgie. La vie de Macrine nous est présentée par Grégoire comme une liturgie eucharistique : Macrine prépare le pain, se oint les mains pour les choses sacrées, offre les autres et elle-même, fait mémoire des magnalia Dei,  appelle la sanctification (épiclèse), et elle meurt pendant l’eucharistie du soir. On sait que cette forme de mort, fin de prière et fin de vie, est un lieu commun tout à fait habituel dans les récits chrétiens de ce temps (cf. Grégoire de Nazianze, lors du décès de son père, de sa mère et de Gorgonie, sa sœur).

Quelques phrases  de Grégoire nous expliquant l’harmonie du corps mort de sa sœur, traduisent combien l’auteur veut nous montrer la sainteté de Macrine (VSM 25) :

Ses yeux n’avaient en effet besoin d’arrangement : comme dans le sommeil naturel, leurs paupières les couvraient avec grâce. De même ses lèvres étroitement closes, ses mains convenablement posées sur sa poitrine, tout son corps enfin, qui avait pris de lui-même une attitude harmonieuse, rendaient superflus les soins de la toilette funèbre.

En effet, Lampadion, une vierge du monastère, aide Grégoire à revêtir Macrine. Or Macrine est en blanc, resplendissante comme une fiancée parée pour son époux (Ap. 21). Pour bien montrer que son rayonnement ne tient pas à son vêtement mais à elle-même, Lampadion convainc Grégoire de la revêtir d’un manteau sombre, ce qui est fait. Même dans ce manteau sombre, la sainte resplendit et ressemble exactement à la vision qu’en a eue Grégoire avant sa visite (VSM 15). En fait, ce manteau sombre appartenait à Emmelie et il était de coutume de revêtir les défunts avec des habits de saints personnages morts avant eux (cf. Vie de Mélanie 69; cf. aussi Paul de Thèbes enseveli dans le vieux manteau qu’Athanase avait reçu d’Antoine). Macrine est devenue Lumière, comme son Créateur. Sa vie n’a été qu’une ascension vers le Christ. Le but de la course : un Visage, celui du Bien-aimé.

Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu!

Macrine ainsi préparée, le convoi funèbre se met en marche vers l’Eglise sise à environ un kilomètre et demi, là où reposent les parents de la défunte. De ce convoi on sait essentiellement que la foule, très grande, était gênante : on mettra toute la journée pour accomplir ce petit parcours; trajet accompagné de psalmodie. Il s’agit d’une vraie procession liturgique, avec diacres, clercs inférieurs, céroféraires et autres. Au moment de l’ouverture du tombeau, une vierge, puis plusieurs, se mettent à crier; la confusion s’ensuit. Finalement Grégoire demande le silence, le chantre invite à la prière et le peuple se recueille.

Pour l’ensevelissement, notons une coutume biblique pratiquée alors : afin que l’on ne découvre pas la nudité des parents (morts depuis très longtemps!) - les grecs répugnaient à voir de tels spectacles-, on recouvre leurs corps (ce qu’il en reste!) d’un linceul neuf (cf. Gen. 9,25; Lev. 18,7) et l’on dépose Macrine près de sa mère, selon leur volonté commune.

Suite