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1) Le martyre

Saint Cyprien

Sa vie, son œuvre
Le martyre
L'Eglise
Le baptême
L'Eucharistie
La pénitence

Saint Cyprien

a)La persécution de 250

1) Le contexte

En 249, Dèce arrive à la tête de l'empire à la suite du renversement (auquel il a contribué) de son prédécesseur, Philippe l'Arabe. De plus, un peu partout aux frontières commencent à se produire les incursions barbares qui conduiront, deux siècles plus tard, à la chute de l'empire. Le pouvoir de Dèce est fragile, il n'est pas légitime aux yeux de tous, il en a conscience. Aussi cherche-t-il à affermir son autorité. Pour ce faire, il exige de tous les citoyens de l'empire l'offrande d'un sacrifice offert aux dieux de Rome. La mise en œuvre de ce sacrifice général fut progressif et se développa dans les provinces à partir de 250.

Ceux qui obéiraient recevraient un document, un libelle signé par des officiels, attestant qu'ils avaient effectivement sacrifié. Ceux qui refuseraient seraient condamnés, selon les cas, à la prison, aux mines, à la torture, à l'exil, à la confiscation des biens. Les condamnations à mort ont été rares. La plupart des victimes ont succombé sous l'effet des privations et des tortures. Origène en est un bon exemple.

Parmi les chrétiens, qui vivaient en paix depuis près de cinquante ans, la stupeur a été grande. D'autant plus que Philippe l'Arabe passait pour être favorable aux chrétiens. Les réactions ont été diverses, tant parmi les fidèles que parmi le clergé.

Lorsque la crise fut passée (Dèce fut tué au combat dès 251 et son successeur avait d'autres problèmes à régler), une grande question agita l’Église (et pas seulement la communauté de Carthage, bien que celle-ci semble avoir été particulièrement touchée) : que faire de tous ces chrétiens qui avaient apostasié et qui, à présent que la paix était revenue, demandaient (quand ils n'exigeaient pas) de retrouver leur place au sein de la communauté.

2) La réaction de Cyprien

Jeune évêque, Cyprien a opté pour la prudence. Selon son biographe, il a agi suivant une inspiration providentielle, Dieu ayant eu en vue le rétablissement de la communauté une fois la crise passée.

Cyprien lui-même ne dit rien de ses raisons profondes. On peut penser qu'il a souhaité protéger les chrétiens de Carthage en s'éloignant. En effet, en tant qu'évêque, il était une cible de choix (les élites étaient les premières visées, pour affaiblir l'ensemble) et son absence pouvait, sans certitude, limiter l'acharnement de ceux qui exigeaient le sacrifice. De plus, il était un tout jeune évêque, élu depuis quelques mois tout au plus lorsque la crise a éclaté. Contesté par une partie de son clergé qui voyait d'un mauvais œil l'élection du plus jeune d'entre eux, il n'avait sans doute pas encore acquis toute l'autorité nécessaire pour maintenir la cohésion communautaire. Mais, à ce sujet, nous ne pouvons que faire des hypothèses.

Ce qui est certain, c'est qu'il sera un acteur influent de la réunification de l’Église dans les années qui suivront, et que la persécution suivante, en 257-258, le verra confesser la foi jusqu'à la mort, en présence de toute la communauté de Carthage.

3) L'influence des martyrs et des confesseurs de foi

Sans que l'on parle encore de la « communion des saints », la ferveur populaire attribue une grande importance à l'intercession des martyrs. Ne sont-ils pas morts, n'ont-ils pas tout quitté, pour le Nom du Christ ? Comment Celui-ci, en retour, pourrait-Il ne pas accéder à leur prière ? C'est ainsi que le culte des martyrs s'est développé dans l’Église, encouragé par bien des évêques qui y voyaient là une excellente occasion de supplanter certains cultes idolâtriques qui demeuraient parmi leurs fidèles.

Depuis le lieu de sa retraite, Cyprien a envoyé de nombreuses lettres aux victimes de la persécution emprisonnées. Il les encourage, exalte le mérite de ceux qui ont déjà reçu la couronne, félicite ceux qui tiennent bon, soulignant le rôle actif du Christ pour les soutenir et leur permettre de remporter la victoire.
Dans le contexte précis de la fin de la persécution, cette influence fut considérable. D'autant plus que certains, notamment des prêtres, reprochaient à Cyprien ce qu'ils considéraient avoir été une fuite et une lâcheté, à savoir le fait que l'évêque se soit caché durant une année environ pour éviter l'arrestation. Sa crédibilité dans cette affaire se trouvait donc amoindrie. Que pouvait-il dire de légitime face à ceux qui avaient tant souffert ?

b) Conséquences de la persécution

1) État des lieux

Pour simplifier, on peut considérer que trois tendances principales s'affrontent :

2) La réaction de Cyprien

La pensée de Cyprien évoluera sur cette question. Sans être rigoriste, il commence par rester très ferme au sujet des lapsis et refuse toute réconciliation immédiate. La persécution n'est pas terminée et la paix non recouvrée. Il est à noter que, dans ses lettres, il s'en prend moins à ceux qui demandent (et obtiennent si facilement le pardon) qu'à ceux qui le leur accorde sans délai ni discernement.

Toute l'approche de Cyprien consiste à prendre son temps, non pour condamner, mais pour permettre une repentance certaine, gage de conversion et donc de guérison. Aller trop vite revient non à soigner mais à conduire à la mort.

Pour tout ce qui touche à la question de la réintégration des lapsis, Cyprien joue pleinement son rôle d'évêque en communion avec les autres évêques. Les lettres sont échangées en nombre, chacun décrit ce qu'il fait, en donne les raisons, interroge les autres sur sa propre discipline, recherche une solution commune. C'est entre Rome (à la fois meurtrie et glorifiée par le martyre de son évêque saint Fabien) et Carthage que la correspondance sera la plus abondante.

3) La décision de l’Église

Nous la connaissons à travers les Lettres de Cyprien. Le règlement de la question se fera progressivement.

Cependant, aux alentours de 253, une autre persécution semble se préparer. Les évêques africains, réunis en concile provincial, prennent alors la décision d'admettre à la communion tous les lapsis ayant prouvé par leur attitude le regret de leur faute.

La raison en est simple : Cyprien est convaincu, et les autres évêques signataires de cette lettre également, que l'homme seul ne peut tenir : il a besoin du soutien de l’Église, et surtout, il a besoin de l'aide, de la force de Dieu. Celui qui est tombé une fois le sait mieux que personne.