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2) L'Eglise

Saint Cyprien

Sa vie, son œuvre
Le martyre
L'Eglise
Le baptême
L'Eucharistie
La pénitence

Saint Cyprien

A) L'Unité

1) Le schisme de Novatien et de Novat

Prêtre romain, Novatien espère être élu évêque de Rome après la mort de Fabien, tué lors de la persécution de 250. Mais c'est Corneille qui est choisi. Ce dernier est partisan, comme Cyprien, d'accorder le pardon aux lapsis, pourvu qu'ils aient montré par leur conduite et leur patience, qu'ils regrettaient leur chute. Novatien, lui, refuse le pardon aux coupables et veut une Église de purs, de parfaits. Il finit par établir sa propre communauté dont il se fait élire évêque. Il est rejoint par Novat, prêtre de Carthage, s'opposant à Cyprien. Il est, lui, favorable au retour sans condition des lapsis. Novat et Novatien s'unissent alors que tout les sépare, sauf leur rejet de l’Église.
C'est à partir de cette crise que Cyprien va déployer toute son énergie au service d'une conviction : il n'y a qu'un seul Dieu et qu'une seule Église.

2) La réponse de Cyprien : l'unité de l’Église

1) Unité de Dieu et unité de l’Église

Cyprien fonde son ecclésiologie sur sa théologie. Pour lui, si l’Église est une, c'est qu'elle trouve son origine et son fondement en Dieu, qui est Un.

Celui qui brise la paix et la concorde du Christ agit contre le Christ, celui qui amasse ailleurs que dans l’Église dilapide l’Église du Christ. […] Celui qui ne garde pas cette unité ne garde pas la loi de Dieu, ne garde pas la foi au Père, au Fils, ne garde pas la vie et le salut.
L"Unité ... 6.

L'unité vient de Dieu. Elle ne dépend donc pas des hommes, qui ne peuvent que l'accueillir et la maintenir, et non la rompre à leur gré. Ensuite, elle est donnée aux hommes par le Christ. Enfin, ceux qui ont revêtu le Christ, par le baptême, sont ceux qui, unis entre eux, constituent l’Église. Ceux qui s'en sont séparés ne peuvent en aucun cas s'en revendiquer.

2) Les fondements de l'unité

Pour Cyprien, l'unité se base sur quatre éléments essentiels : l'union à Dieu, l'unité des croyants autour de leur évêque, l'unité des évêques entre eux et enfin, unité des évêques autour de Pierre et de ses successeurs.

Pierre est celui à qui le Christ a confié son Église. Ses successeurs reçoivent la même mission. C'est en étant uni à lui que les évêques peuvent assumer chacun leur tâche, auprès du peuple qui leur est confié.

L'unité des évêques entre eux est également primordiale. Nous possédons de nombreuses lettres envoyées ou reçues par Cyprien qui font mention de l'élection épiscopale de tel ou tel et demandant ou accordant la reconnaissance du nouvel élu par ses pairs. De même, ils se consultent régulièrement, soit par lettre ou messager, soit en se réunissant en conciles locaux, pour réfléchir ensemble et prendre en commun les décisions importantes. Car tous sont unis en Dieu. Tous puisent ensemble à une même source, reçoivent la même lumière, qu'ils ont pour mission de diffuser à leur tour. Qu'ils se coupent de la source, qu'ils se séparent de la lumière, et ils se tarissent, ils s'étiolent et ne peuvent plus rien transmettre à leur peuple. Leur unité vient de leur source commune. Quitter l'unité revient à quitter la source.

Cyprien rappelle régulièrement la nécessité de se tenir unis autour de l'évêque. Ce n'est qu'alors que tous sont en sécurité. C'est l'évêque, en effet, nous venons de le voir, qui est le garant de cette unité tant prônée. Et l'unité est la meilleure garantie qui existe pour tenir bon dans les épreuves.

Enfin, il est capital de rester uni à Dieu, au Christ et à l’Église qui est son épouse fidèle. Quant à celui qui se sépare de l’Église de son plein gré, ce n'est pas l’Église qui renvoie l'un de ses fils. Ceux qui sont marqués pour le Royaume sont appelés à y entrer. Mais celui « qui s'unit à l'adultère » doit en assumer les conséquences. Il ne peut plus rester avec celle qui est fidèle. Il se sépare alors de Dieu.
L'évêque de Carthage met ici en parallèle, et le rapprochement en fait quelque chose de très fort, la paternité de Dieu et la maternité de l’Église. L'une ne peut exister sans l'autre. Quiconque refuse l'une se prive du même coup de l'autre.

Pour Cyprien, celui qui brise l'unité, qui se sépare de l’Église, se fait agent du diable et se sépare de Dieu. De ce fait, il quitte l’Église et sa communion. Il se trouve donc par le fait excommunié.
Mais Cyprien va plus loin. A ses yeux, ceux qui se sont éloignés de l’Église, et donc de Dieu, ne peuvent plus rien espérer en cette vie tant qu'ils ne se seront pas repentis, ne seront pas revenus à l’Église et n'auront pas fait une humble pénitence. Ils sont privés de tout espoir de salut, quand bien même, dans une persécution, ils confesseraient le nom du Christ jusqu'à la mort.

Il va trop loin. L’Église ne l'a pas suivi jusque là. Certes, tous les théologiens reconnaissent la présence active de Dieu au sein de son Église. Mais ils ne la limitent pas à l’Église. De plus, le vingtième siècle, qui a été par excellence celui des martyrs, a connu, au cœur des persécutions, un œcuménisme des camps qui a transcendé toutes les limites ecclésiales. Aucun théologien aujourd'hui se permettrait de prétendre que ces hommes et ces femmes, morts pour leur attachement au Christ ne sont pas pour l'éternité auprès de Dieu, quelle que soit leur Église ou communauté ecclésiale d'appartenance.

A suivre ...