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Le Baptême

Saint Cyprien

Sa vie, son œuvre
Le martyre
L'Eglise
Le baptême
L'Eucharistie
La pénitence

Saint Cyprien

1) La réception du sacrement

Cyprien a reçu ce sacrement à l'âge adulte, comme beaucoup alors. Mais le baptême des enfants commence à se répandre. L'évêque de Carthage nous en donne plusieurs témoignages. Ainsi dans cette Lettre synodale, où il répond, avec soixante-cinq autres évêques :

Il n'est possible d'établir des différences d'âge et de développement corporel qu'au regard de l'homme et non de Dieu : à moins qu'il ne faille dire que la grâce même, qui est accordée aux baptisés, est moindre ou plus grande suivant l'âge de ceux qui la reçoivent. Mais non. L'Esprit Saint est donné également à tous, non d'après une mesure proportionnelle, mais d'après une bonté et une bienveillance paternelle.
Lettres ... LXIV, II ... III.

S'il ne nous dit rien du rituel « normal » de l'administration du sacrement, nous apprenons au détour d'une lettre que les malades trop affaiblis pour se rendre à l’Église bénéficient d'un rituel qui leur est adapté.

Quand il s'agit des sacrements du salut, et qu'il y a nécessité, Dieu se montre indulgent, et tout est conféré aux croyants dans des raccourcis divins. Personne ne doit s'émouvoir de ce que les malades ne sont qu'aspergés ou arrosés d'eau, quand ils reçoivent la grâce divine.
Lettres ... LXIX, XII.

2) L'action de Dieu

Effectivement, moi aussi j'étais retenu, empêtré dans les mille égarements de ma vie précédente, dont je ne croyais pas pouvoir me défaire : c'est ainsi que j'obéissais aux vices qui faisaient corps avec moi, désespérant de m'améliorer j'encourageais mes maux comme s'ils étaient déjà mon bien propre et mes esclaves de naissance.
Mais après qu'avec le secours de l'eau qui régénère les taches de mon ancienne vie eurent été lavées et que la lumière d'en haut se fut répandue dans mon âme délivrée et purifiée, après que j'eus reçu l'Esprit venu du ciel et qu'une seconde naissance m'eut changée en un homme nouveau, ce fut merveille comme aussitôt je vis la certitude lever mes doutes, s'ouvrir les barrières, s'éclairer les ténèbres, devenir facile ce qui précédemment semblait difficile, possible à pratiquer ce que je croyais impossible.
A Donat ... 3... 4.

Nous pouvons relever ici que Cyprien fait passer l'action de Dieu avant celle des hommes. Il est important de ne pas oublier ce point essentiel lorsque nous trouvons d'autres passages qui semblent, à l'inverse magnifier les œuvres, devenant comme des mérites à faire valoir aux yeux de Dieu. Ce que nous voyons, c'est que la véritable conversion est un don de Dieu. Tous les efforts de l'homme sont vains.
« Il ne faut pas se méprendre lorsque Cyprien nous dit, au chapitre 4 de l'Ad Donatum que tout devient soudainement facile. Ce fut vrai pour lui, à la faveur de la grâce. Ce l'est pour chacun d'entre nous à la mesure de notre foi et de notre prière pour en demander le bienfait. L'auteur veut montrer à Donat qu'il est possible d'obtenir cette facilité qu'il a connue lui-même, et à la fin du traité, il l'invitera à la solliciter sans cesse de Dieu. » (A Donat ... Introduction, p. 19.)

En dehors de cette grâce de conversion, Dieu offre d'autres dons dans et par le baptême, à savoir le pardon des péchés et le salut éternel.

3) La question du « rebaptême »

Nous avons vu plus haut la naissance de schismes et d'hérésies. Tous ces hommes, qui avaient quitté l’Église, se considéraient toujours comme chrétiens. Par conséquent, ils maintenaient dans leurs communautés une vie sacramentelle. Très vite, l'Église a eu à s'interroger sur ce qu'il convenait de faire de ceux qui avaient rencontré le Christ à travers les membres des groupes dissidents, y avaient été baptisés et demandaient à présent à la rejoindre. Deux réponses furent données, et l'affrontement qui en résulta manqua d'aboutir à une nouvelle division.

Étienne, évêque de Rome, est chef de file d'une tendance. A ses yeux, un baptême, quel que soit celui qui l'administre, reste valide. Lorsque ce sacrement est donné dans une communauté hérétique et que celui qui l'a reçu demande à entrer dans l’Église, il suffit donc de lui imposer les mains, après un temps éventuel de pénitence, en signe de réconciliation.

Cyprien représente l'autre réponse. Il n'y a qu'une seule Église, à laquelle Dieu s'est lié, et il ne peut y avoir qu'un seul baptême. Par conséquent, tout ce que font les hérétiques doit être purement et simplement considéré comme étant nul et sans valeur. Leur baptême n'en est pas un. C'est donc pourquoi, lorsqu'ils veulent entrer dans l’Église, ils doivent être baptisés.

L’Église adoptera la position d’Étienne. Un baptême administré au nom du Père, du Fils et de l'Esprit est reconnu comme valide, quand bien même il est donné par un membre d'une autre confession chrétienne, voire même par un non croyant, s'il agit en voulant être conforme à ce que demande l’Église.

Sont ministres ordinaires du baptême l'évêque et le prêtre, et, dans l’Église latine, aussi le diacre. En cas de nécessité, toute personne, même non baptisée, ayant l'intention requise, peut baptiser. L'intention requise, c'est de vouloir faire ce que fait l’Église en baptisant, et appliquer la formule baptismale trinitaire. L’Église voit la raison de cette possibilité dans la volonté salvifique universelle de Dieu et dans la nécessité du Baptême pour le salut.
C.E.C., § 1256.

Pendant près d'un siècle, les Africains maintiendront leur usage de baptiser les hérétiques rejoignant l’Église catholique. Cependant, entre 345 et 348, un concile local tenu à Carthage mettra fin à cette particularité.

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