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La Pénitence

Saint Cyprien

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Saint Cyprien

Comme pour toute l’Église dans l'Antiquité, celle de Carthage connaît des pratiques de pénitence. Celle-ci est rude, et longue. Elle est cependant exigée pour toute faute grave, même si certains refusent de s'y soumettre et tentent de passer outre. Durant tout ce temps, le pénitent possède un statut à part dans la communauté, tout en en restant membre dans une certaine mesure. Il est notamment privé de l'Eucharistie.

1) Les causes

Une personne est mise en pénitence pour cas de faute grave. Dans les textes de Cyprien, nous trouvons notamment le cas du reniement dans la persécution (qui concerne les lapsis) et celui du passage à une secte hérétique. Si ce sont les situations les plus mentionnées, elles ne sont pas uniques. Cependant, ce sont là des problèmes qui se sont multipliés dans les années d'épiscopat de Cyprien. De plus, elles possédaient un caractère propre qui demandait des solutions nouvelles. Il y avait certes eu des hérésies et des reniements dans le passé, mais pas en de telles proportions, ni aussi rapidement. La multiplication des écrits concernant ces problèmes montre d'ailleurs que tous les évêques étaient concernés et qu'ils recherchaient ensemble une solution commune.

D'autres cas sont mentionnés : vierges ou diacres se conduisant mal, prêtre ayant accepté de servir de tuteur à un orphelin, adultère, assassinat. Mais ce ne sont que des allusions, il semble que, pour ces personnes, les choses soient claires et qu'il n'y a pas à discuter sur la sentence. Toutes ces situations concernent ce que nous pourrions appeler la « pénitence canonique », celle qui, faute d'avoir lieu, provoque une séparation d'avec l’Église.

Mais, pour Cyprien, tout homme est fondamentalement pécheur. Tout homme a donc besoin de faire pénitence.

Que personne, se flattant de posséder un cœur pur et sans tache, ne se confie en son innocence et ne s'imagine que ses blessures n'ont pas besoin de traitement. […] Si personne ne peut être sans péché, et si tout homme qui se déclare sans faute est un orgueilleux ou un insensé, combien alors est nécessaire et combien secourable la bonté de Dieu qui, sachant que les hommes rendus à la santé ne sont pas à l'abri de toute blessure ultérieure, leur a donné pour soigner à nouveau et guérir leurs blessures des remèdes salutaires.
La Bienfaisance ... XVII, II, 1.

Pour encourager son peuple à faire pénitence, et pas seulement les grands pécheurs, Cyprien multiplie les exemples de personnages bibliques qui, a priori, étaient des justes et, de ce fait, n'avaient nul besoin de se livrer à une telle mortification.

Les trois enfants captifs à Babylone, Ananias, Azarias, Misael confessaient leurs fautes à Dieu au milieu des flammes d’une fournaise ardente. Malgré le témoignage de leur conscience, malgré la grâce divine qu’ils avaient méritée par leur obéissance et leur fidélité, ils étaient toujours humbles et, au sein de leur glorieux martyre, ils ne cessaient de satisfaire à Dieu. Écoutez l’Écriture : Azarias debout au milieu des flammes, commença sa prière et fit avec ses compagnons la confession de ses fautes.
Dn III.
Voilà ce qu’ont fait ces âmes simples et innocentes pour se rendre Dieu favorable.
Des lapsis ... 16.

Voilà donc, en substance, ce que doivent faire les chrétiens qui veulent vivre d'une manière qui soit digne du nom qu'ils portent.

2) Le but

Ce que cherche Cyprien en soumettant une personne à la pénitence, ce n'est pas la punir. Il ne s'agit en aucun cas d'un acte de pure autorité, pour humilier et sévir. Au contraire, appeler à la pénitence revient pour lui à permettre la guérison. Car le péché est considéré comme une blessure, une maladie, qu'il convient de soigner si on ne veut pas que tout s'envenime et aboutisse à la mort.

Et c'est bien pour cette raison que, comme cela a été vu plus haut, Cyprien s'emporte si violemment contre ceux qui offrent la réconciliation si facilement : ils croient aider en évitant une étape douloureuse mais ils provoquent bien plus de mal que de bien car ils ne permettent pas une saine prise en charge.

Cette approche du péché comme blessure ou maladie est encore très présente dans les Églises d'Orient.

3) Son déroulement

Il y a d'abord la pénitence pendant un temps déterminé, puis la confession après l'examen de la vie du pénitent, et celui-ci n'est admis qu'après que l'évêque et le clergé lui ont imposé les mains.
Lettres ...

Quant aux modalités propres de la pénitence, Cyprien les développe un peu plus. Elles se partagent entre prière, ascèse (très rude) et charité envers ceux qui sont dans le besoin. Autrement dit, la pénitence permet de se décentrer de soi pour se tourner davantage vers Dieu et vers autrui.

Il est important de noter que le pénitent est ipso facto excommunié. Cependant, le mot n'avait pas le même sens alors qu'aujourd'hui. Dans l'Antiquité, la personne excommuniée était privée du sacrement, mais elle faisait toujours partie de la communauté, elle avait sa place en son sein et des rites particuliers lui étaient dédiés. Et le pasteur se préoccupait d'elle, de son attitude, de sa pleine réintégration.

L'imposition des mains est le signe de la réconciliation du pénitent avec l’Église. Donner la paix et recevoir dans la communion (non au sens sacramentel) était deux expressions synonymes. Une fois ce geste significatif posé, la personne peut reprendre toute sa place parmi le peuple de Dieu.

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