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La place de la prière

Saint Cyprien

Sa vie, son œuvre
Le martyre
L'Eglise
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L'Eucharistie
La pénitence
Le combat spirituel
La prière
Vie sociale, mariage et virginité
L'usage des biens

Saint Cyprien

1) La prière chrétienne

Quand Cyprien parle de la prière, il commente le Notre Père, la prière que le Christ Lui-même a enseigné à ses disciples. Ce qui permet à présent au chrétien de prier avec les mots mêmes de Dieu. Fondamentalement, la prière chrétienne fait entrer le croyant dans la vie trinitaire. Par l'Esprit et avec les mots du Fils, le chrétien peut entrer en relation vraie avec le Père.

2) L'exemple du Christ

Cyprien a donné plusieurs exemples de priants, notamment celui des trois enfants dans la fournaise, du Livre de Daniel, d'Anne mère de Samuel, de Tobie … Mais le grand modèle de priant est le Christ Lui-même. Et c'est Lui qui nous apprend à prier à notre tour.

Dieu ne s'est pas contenté de nous apprendre à prier en paroles, mais aussi par ses actes. Nous le voyons souvent en prière, il nous fournit l'exemple qu'il nous faut suivre.
La Prière ... 29.

3) Ce qui est demandé dans la prière

1) Faire la volonté de Dieu

La prière est par excellence le lieu du combat spirituel. C'est là que le chrétien demande à Dieu la force de lutter pour demeurer fidèle. Or, sans l'aide de Dieu, obtenue dans et par la prière, tout le reste est voué à l'échec.
[Nous demandons à Dieu] que sa volonté s'accomplisse en nous ; mais pour qu'elle s'accomplisse, il est besoin de secours. Personne n'est fort par ses propres ressources, mais sa force est dans la bonté et dans la miséricorde du Seigneur.2

Cette volonté de Dieu est réalisation de la vocation chrétienne pour le salut du croyant. Elle est donc profondément bonne.

La volonté de Dieu est celle que le Christ a faite et enseignée. L'humilité dans la conduite, la solidité dans la foi, la modestie dans les paroles, la justice dans les actes, la miséricorde dans les œuvres, la discipline dans les mœurs, ne pas faire de préjudice, supporter celui qu'on nous fait, garder la paix avec les frères, aimer Dieu de tout son cœur,[...] ne rien préférer au Christ, puisqu'il nous a préférés à tout, adhérer inviolablement à sa charité, nous tenir sous la croix avec courage et confiance […]. Voilà ce que signifie vouloir être cohéritier du Christ, accomplir le précepte de Dieu, faire la volonté de Dieu.
La Prière ... 15.

2) Le pain

Ce pain peut être le pain matériel, la nourriture nécessaire pour vivre chaque jour. Pour Dieu, le chrétien a renoncé à toute forme de possession terrestre. Par conséquent, il dépend de Dieu pour la vie en ce monde. Il est donc alors normal de Lui demander ce dont on a réellement besoin. Il n'est pas question de se servir de la prière pour demander à Dieu ce qui est inutile et néfaste, à savoir des richesses matérielles.

Mais il existe un autre pain, dont le croyant a au moins autant, sinon davantage, besoin que le premier. Il s'agit du Christ Lui-même, comme il est indiqué au chapitre VI de l'évangile de Jean. Et ce Pain est lui aussi à demander pour chaque jour. Sans Lui,le chrétien ne saurait vivre.

4) La prière : une œuvre en « nous »

Un point important de la spiritualité de Cyprien est à relever. Lui qui avait un sens très aigu de l'unité de l’Église ne conçoit la prière que comme communautaire. Même celui qui prie seul le fait en Église. Il ne le fait donc pas pour lui mais pour tous. Car il n'y a qu'un seul Corps.

Notre prière est publique et communautaire, et quand nous prions, nous ne prions pas pour un seul mais pour tout le peuple, car avec tout le peuple nous sommes un. Le Dieu de la paix et le maître de la concorde qui nous enseigne l'unité, a voulu que chacun prie pour tous comme lui-même nous a tous portés en un.
La Prière ... 8.

5) Comment prier

Cinquante ans auparavant, Tertullien insistait sur la manière physique de prier : orientation du corps vers l'est, position debout, mains levées… Nous ne trouvons rien de tel chez Cyprien. Il est vraisemblable que l'évêque se soit davantage arrêté aux conditions intérieures, permettant une prière authentique. Et ces conditions relèvent de la pure cohérence entre ce qui est demandé et ce qui se vit.

Ainsi en est-il demandé au sujet du pardon. Comment est-il possible de demander à être pardonné si on ne pardonne pas soi-même ? Mais si nous agissons ainsi, alors, nous sommes assurés de recevoir la miséricorde de Dieu à notre endroit. Dans le même ordre d'idée, il est essentiel que la prière soit accompagnée par des œuvres à l'égard du prochain. Nous trouvons là le réalisme spirituel de Cyprien qui lie inséparablement amour de Dieu et amour du prochain. C'est pourquoi les œuvres sont demandées. Elles remplacent les sacrifices de l'Ancienne Alliance.

6) Les temps de la prière

Conformément à ce qui se pratique dans l'antiquité, Cyprien rappelle les heures de la prière. Il ne faut pas absolutiser ce qui est ici présenté, mais se rappeler que la journée des Romains faisait 12 heures (de durée variable en fonction de la période de l'année) et se divisait en 4 parties, de trois heures chacune. Les temps de prière proposés aux chrétiens correspondaient au début de chacune des portions de la journée. Ils rythmaient donc comme naturellement le temps. C'est aussi une manière de faire entrer l'ensemble de la journée et toutes ses activités dans la prière. Invitation à la prière continuelle.

Ces heures sont donc le matin et le soir, l'heure du coucher, ainsi que la troisième, la sixième et la neuvième heure du jour. La liturgie monastique en a conservé le souvenir avec les offices de Laudes, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies.