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L'usage des biens

Saint Cyprien

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Vie sociale, mariage et virginité
L'usage des biens

Saint Cyprien

a) La situation de Cyprien

Cyprien était issu d'une famille fort aisée. Un peu avant son baptême, il s'est dépouillé de la majeure partie de ses biens, qu'il a donné aux pauvres. Lui-même indique que cela ne s'est pas fait facilement et que c'est la grâce du sacrement qui lui a permis d'aller au bout de la démarche. Ce qu'il a conservé lui a permis ensuite de venir en aide à des personnes dans le besoin.

b) Le danger des Richesses

A lire l'apologie A Démétrien, il peut sembler que les chrétiens sont exemplaires quant au détachement des possessions terrestres.

Cependant, ce traité a un païen pour destinataire, païen qu'il s'agit de convaincre de la beauté et de la véracité de la foi chrétienne. Et, par conséquent, de la grandeur et de la noblesse de la vie de ceux qui y adhèrent. La lecture des textes destinés aux fidèles nous montre une image tout autre de la communauté de Carthage. Il y avait très probablement des fidèles mettant en pratique les commandements de l’Évangile. Mais ce n'était pas le cas de tous.

Cet attachement aux biens conduit à finir par préférer ce qui passe à ce qui ne passe pas. Autrement dit, les choses de la terre, pourtant caduques et vouées à disparaître, sont privilégiées et recherchées, au détriment des choses de Dieu.

Pour Cyprien, la persécution de Dèce, en 250, n'est rien d'autre que la sentence de Dieu pour les hommes qui L'ont abandonné, clergé en tête, car ils ne cherchaient plus qu'à s'enrichir, au détriment de la charité fraternelle.

Mais les chrétiens n'ont pas su comprendre cet avertissement. Pire, ceux qui étaient attachés à leurs richesses le sont restés à un tel point qu'ils ont préféré le reniement à la relégation et à la confiscation de leurs biens.

Cyprien ne peut que se désoler sur une telle attitude, d'autant plus vaine que ce qui est ainsi conservé ne l'est que d'une manière provisoire, la mort mettant fin à toute possession, possession qui est en réalité un véritable esclavage, d'autant plus lourd que celui qu'elle retient prisonnier consent à son état.

Et cette quête de richesse conduit à faire porter à Dieu les conséquences de l'avarice des hommes :

Tu te plains de la disette et de la famine, comme si la sécheresse contribuait plus que la rapacité à la famine, comme si ce n'était pas en profitant de l'élévation du cours des denrées et de la hausse des prix qu'on augmentait la brûlante douleur des privations ; tu te plains de ce que le ciel se ferme aux pluies, alors que comme on le voit, les greniers sont fermés sur terre ; tu te plains de ce que diminuent les productions naturelles, comme si celles qui existent étaient offertes à ceux qui sont dans le besoin. A Démétrien X 2.

L'abandon de malades par des descendants pressés d'hériter montre que les liens familiaux eux-mêmes ne sont pas épargnés par la cupidité.

Les conséquences d'une telle attitude se font aussi sentir pour la vie éternelle :

Tandis que tu es attentif à ne pas laisser s'amoindrir tes biens, tu ne t'avises pas que c'est toi qui t'amoindris en donnant plus d'amour à Mammon qu'à ton âme, et dès lors, tandis que tu redoutes la perte d'un patrimoine au lieu de la tienne, tu te perds toi-même pour ce patrimoine. La Bienfaisance ... 10.

De tout ce qui précède, on pourrait penser que Cyprien condamne en bloc toute forme de possession. Ce qui n'est pas le cas. Ce qu'il rejette et considère comme non chrétien, c'est cet accaparement par quelques uns au détriment des autres. En revanche, il encourage fréquemment ses fidèles au partage, ce qu'ils font en organisant une collecte pour racheter des chrétiens faits prisonniers au cours d'une razzia et vendus comme esclaves.

Cependant, ce ne devait pas toujours être le cas puisque l'évêque s'est senti obligé de rédiger un traité intitulé De la bienfaisance et des aumônes.

A temps et à contre-temps, Cyprien rappelle l'importance du partage. Outre les côtés néfastes de la possession égoïste, qui ont été évoqués ci-dessus, il use de deux séries d'arguments.

Se basant notamment sur Matthieu XXV et la présentation du Jugement dernier que fait le Christ, Cyprien dit et redit que, à travers les pauvres, c'est Jésus, donc Dieu, qui reçoit l'aumône.

Il imagine aussi toute une mise en scène, le diable venant provoquer le Christ, en lui montrant, par défi, tout ce que les hommes font pour lui, alors que lui, en retour ne fait rien pour eux. Tandis que le Christ, Lui qui a tout donné, ne reçoit rien, ou si peu.

Autre argument : celui qui se montre généreux se rend service à lui-même car Dieu ne se laisse pas vaincre en générosité. A celui qui donne, Il donne en retour, et des dons sans commune mesure, au plan matériel mais surtout au plan spirituel où les récompenses promises ont une valeur qui dépasse infiniment tout ce que l'homme peut donner ou abandonner en ce monde.

Cette récompense est le salut offert à tous, par deux moyens. Le premier est le baptême, mais celui-ci ne peut être reçu qu'une fois. Mais que faire pour ceux qui pèchent ensuite ? La réponse est donnée dans l’Écriture, c'est l'aumône, qui peut purifier de tout péché, toutes les fautes, même les plus graves, celles qui touchent au reniement.

Le fruit de cette aumône peut être pour soi ou pour l'un des membres de sa famille, ce qui retire tout prétexte à ceux qui arguent d'une descendance pour ne pas se montrer généreux.

Pour Cyprien, seul a de la valeur ce qui doit durer éternellement. Il ne cesse d'opposer ce qui passe à ce qui demeure, autrement dit, la vie avec Dieu pour toujours.

FIN