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La création de l'homme

Saint Irénée

Sa vie, son œuvre
Les combats d'une vie
Les sources d'Irénée pour affirmer sa foi
La création de l'homme
La chute
La Révélation de Dieu à l'homme
Incarnation et Rédemption

Saint Irénée de Lyona) La création

La création a été voulue par Dieu. Elle ne peut donc qu'être bonne.

 

 

Dieu a fait de rien toutes choses comme il l'a voulu, afin qu'elles soient, en se servant de sa volonté et de sa puissance. (CH II 10, 2)

Irénée revient souvent sur cette vision du Dieu Créateur. Il précise à de nombreuses reprises, dans la lignée de Saint Paul, que cette création s'est faite par le Fils.
Cette création, parce qu'elle correspond au dessein divin, est destinée à demeurer éternellement, même si la forme sous laquelle elle existe est destinée à changer. De plus, cette création a un sens, une finalité. Ce n'est pas au hasard qu'elle a été faite, mais pour une créature bien précise : l'homme, lequel est appelé à tout dominer, y compris les anges (texte 8) :

La création est dépensée au service de l'homme, car ce n'est pas l'homme qui a été fait pour elle, mais elle pour l'homme. (CH V 29, 1)

B/ La création de l'homme

Lorsqu'Irénée parle de la création de l'homme, il insiste particulièrement sur l'un des versets du récit du livre de la Genèse : « Alors YHVH Dieu modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant » (Gn II 7). Le verbe « modeler » ou « pétrir » a particulièrement inspiré l'évêque de Lyon qui y revient à de multiples reprises, tant pour parler de la création d'Adam que pour expliquer la croissance spirituel de tout homme.

a) Le modelage originel : la création d'Adam

Irénée décrit rapidement la création de l'ensemble de l'univers. Il s'attarde un peu sur celle des anges, mais c'est surtout l'homme qui retient son attention. L'acte divin de modelage est pour lui la manifestation de l'attention particulière que Dieu accorde à cette créature, le soin unique qu'Il lui apporte. L'homme est un être précieux pour Dieu, Irénée en a conscience, et il fait tout pour que son interlocuteur en soit lui aussi persuadé. C'est sans doute aussi pourquoi, malgré tout le respect qu'il éprouve pour les Écritures et le soin qu'il apporte à les respecter, il n'hésite pas à surenchérir en détails sur le texte biblique :

Quant à l'homme, c'est de ses propres mains que Dieu le modela en prenant, de la terre, ce qu'elle avait de plus pur et de plus fin et en mélangeant, dans la mesure qui convenait, sa puissance avec la terre. D'une part, en effet, il revêtit de ses propres traits l'ouvrage ainsi modelé, afin que même ce qui apparaîtrait aux regards fût de forme divine : car c'est après avoir été modelé que l'homme fut placé sur la terre. D'autre part, pour que l'homme devînt vivant, « Dieu insuffla sur sa face un souffle de vie » (Gn II 7), de telle sorte que, à la fois selon le souffle et selon l'ouvrage modelé, l'homme fût semblable à Dieu. » (DPA 11)

b) Les deux Mains de Dieu

Irénée parle parfois des Mains de Dieu, parfois de la Main. Quand le mot est au pluriel, il désigne le Fils et l'Esprit. Au singulier, le Fils seul. Lorsque l'évêque de Lyon décrit l'action des deux Mains de Dieu, ce n'est donc pas un anthropomorphisme. C'est une réalité théologique retrouvée aujourd'hui dans le monde catholique. A travers ces Mains et par Elles, c'est le dessein divin qui se réalise. C'est vrai pour la création de l'homme à l'origine :

L'homme est un mélange d'âme et de chair, et d'une chair formée selon la ressemblance de Dieu et modelée par les Mains de celui-ci, c'est-à-dire par le Fils et l'Esprit. (CH IV Pref. 4)

Mais c'est également vrai pour tout homme au sujet de sa croissance spirituelle. L'homme est ainsi invité à se laisser modeler par Dieu tout au long de sa vie pour devenir en vérité celui qu'il est destiné à être. C'est que l'homme, comme nous allons le voir ensuite, est appelé à grandir, à passer de l'état d'enfant à celui d'adulte. Et Irénée conjugue bien l'action de Dieu et l'action de l'homme. C'est le premier qui agit, mais le second doit collaborer, ne serait-ce qu'en se laissant faire. Il est à noter que ce texte est profondément trinitaire puisque nous y trouvons le Père, Dieu, l'Artiste, le Fils, la Main et l'Esprit, l'Eau en l'absence de laquelle tout est vain puisque nous nous desséchons, rendant ainsi le modelage impossible :

Si donc tu es l'ouvrage de Dieu, attends patiemment la Main de ton Artiste, qui fait toutes choses en temps opportun. Présente-lui un cœur souple et docile, et garde la forme que t'a donnée cet Artiste, ayant en toi l'eau qui vient de lui et faute de laquelle, en t'endurcissant, tu rejetterais l'empreinte de ses doigts. En gardant cette conformation, tu monteras à la perfection, car par l'art de Dieu va être cachée l’argile qui est en toi. Sa Main a créé ta substance ; elle te revêtira d'or pur au dedans et au dehors, et elle te parera si bien que le Roi lui-même sera épris de ta beauté. Mais si, en t'endurcissant, tu repousses son art et te montres mécontent de ce qu'il t'a fait homme, du fait de ton ingratitude envers Dieu tu as rejeté tout ensemble et son art et la vie : car faire est le propre de la bonté de Dieu et être fait est le propre de la nature de l'homme. Si donc tu lui livres ce qui est de toi, c'est-à-dire la foi en lui et la soumission, tu recevras le bénéfice de son art et tu seras le parfait ouvrage de Dieu. (CH IV 39, 2)

C/ La vocation de l'homme

a) L'état d'enfance

L'homme a été créé faible et imparfait. C'est son statut de créature qui est cause de cette situation. Dieu seul, parce qu'Il est Incréé, est parfait .
C'est précisément en ceci que Dieu diffère de l'homme : Dieu fait, tandis que l'homme est fait. Celui qui fait est toujours le même tandis que ce qui est fait reçoit obligatoirement un commencement, un état intermédiaire et une maturité. (CH IV 11, 2)

Cet état n'est pas destiné à durer. Il est provisoire. Mais il est nécessaire à l'homme de prendre le temps de grandir. Ceci n'est pas dû à la faute d'Adam mais se trouve dès l'origine dans le dessein de Dieu. L'homme étant un être créé, il ne peut que connaître une croissance.

b) Appelé à grandir

La croissance de l'homme se fait par étapes. Si Irénée semble parler pour l'humanité en général, il est tout aussi vrai qu'il décrit la situation de chaque homme. Chacun est invité à grandir, d'autant plus que le terme de cette croissance est la vie avec Dieu. Ce qui ne peut se recevoir qu'individuellement et librement.

Quant à l'homme, il fallait qu'il vînt d'abord à l'existence, qu'étant venu à l'existence il grandît, qu'ayant grandi, il devînt adulte, qu'étant devenu adulte il se multipliât, que s'étant multiplié il prît des forces, qu'ayant pris des forces il fût glorifié, et enfin qu'ayant été glorifié il vît son Seigneur : car c'est Dieu qui doit être vu un jour, et la vision de Dieu procure l'incorruptibilité, et l'incorruptibilité fait être près de Dieu. (CH IV 38, 3)

 

 

A suivre ...