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La chute

Saint Irénée

Sa vie, son œuvre
Les combats d'une vie
Les sources d'Irénée pour affirmer sa foi
La création de l'homme
La chute
La Révélation de Dieu à l'homme
Incarnation et Rédemption

Saint Irénée de Lyona) Un combat inégal


a) Un homme trop petit

Nous venons de voir qu'Irénée a souligné l'état d'enfance de l'homme au moment de la création. Pour l'évêque de Lyon, c'est cette situation qui a entraîné l'homme au péché. Trop petit, trop faible, trop candide, il a fait confiance sans se méfier. D'une certaine manière, il n'est pas responsable de ce qui se produit alors. Il a été victime d'un adversaire trop rusé pour lui alors même que rien ne l'avait préparé à subir cet affrontement. Irénée excusera toujours l'homme et ne le rendra jamais responsable de la faute. Le coupable n'est autre que le démon. L'homme, lui, est bien davantage une victime, même si Irénée ne nie pas sa part de responsabilité. C'est pourquoi Dieu s'implique tant pour le sauver.

L’homme n'était alors qu'un petit enfant, n'ayant point encore le jugement mûr : c'est d'ailleurs pourquoi il fut si facilement trompé par le séducteur. (DPA 12)

Ce qui confirme l'innocence de l'homme, c'est la réaction qu'a Adam dès qu'il prend conscience de la faute qu'il vient de commettre. Sa repentance immédiate manifeste bien qu'il n'a pas péché par volonté d'accomplir le mal mais par ignorance de celui-ci. Bien plus, pour manifester le sérieux de sa contrition, il mortifie sa chair par la confection d'un véritable silice en feuilles de figuier, lesquelles sont bien connues pour leur rugosité et les irritations qu'elles provoquent.

b) les véritables enjeux

Si le combat fut si facile pour le séducteur, on peut se demander pourquoi il s'est ainsi engagé dans une lutte qui ne lui offrait pas de gloire. En réalité, ce n'est pas à l'homme que le diable en veut, mais à Dieu lui-même. L'homme n'est qu'un moyen pour atteindre le Créateur de tout ce qui existe.
Le diable, menteur dès l'origine, est profondément jaloux de l'homme et des dons que Dieu lui a faits. C'est pourquoi il cherche à le détourner de Dieu, pour lui faire tout perdre .

[Le diable], jaloux des dons que Dieu avait accordé [à l'homme], tout ensemble se corrompit lui-même et rendit l'homme pécheur en le persuadant de désobéir à Dieu. (DPA 16)
Cet ange fut apostat et ennemi du jour où il jalousa l'ouvrage modelé par Dieu (CH IV 40, 3)

La lutte entre Dieu et le diable ainsi commencée dès la création se poursuivra jusqu'à la fin des temps, alors tout culminera dans un ultime combat (Irénée s'inspire ici beaucoup des descriptions du livre de l'Apocalypse) qui s'achèvera par la victoire définitive de Dieu et la condamnation, définitive elle aussi, du diable, des anges qui l'ont suivi et des hommes qui l'ont écouté. Quant aux justes, ils commenceront par régner mille ans sur la terre, pour se préparer au Royaume de Dieu afin de vivre pour toujours dans la Jérusalem éternelle. Cette vision millénariste (règne de 1000 ans des justes), assez répandue dans les premiers siècles de l’Église, n'a pas été conservée par la Tradition.

B) Pourquoi le péché ?

Cette partie pourrait également s'intituler « pourquoi le mal ? » Irénée ne se livre pas à des spéculations sur ce qui aurait pu arriver si l'homme avait obéi à Dieu en dépit de la tentation. Ce n'est pas pour lui la question. Il part simplement de ce qu'il constate et trouve dans l’Écriture. Et il aboutit à la conclusion que le péché a pu se produire parce que l'homme est fondamentalement libre.

a) Le respect de l'homme par Dieu

Irénée met dans la bouche d'un contradicteur imaginaire l'objection qui revient sans doute à toutes les époques :

[ Dieu ] n'aurait pas dû faire les anges tels qu'ils pussent désobéir, ni les hommes tels qu'ils devinssent aussitôt ingrats envers lui par là même qu'ils seraient doués de raison et capables d'examen et de jugement.

La réponse est immédiate :

[ Alors, les hommes seraient ] comme les êtres dépourvus de raison et de vie qui ne peuvent rien faire par leur propre volonté, mais sont traînés au bien par nécessité et par force, assujettis à une unique tendance et à un unique comportement, inflexibles et privés de jugement, incapables d'être jamais autre chose que ce qu'ils auraient été faits. (CH IV 37, 6)

Dieu ne veut pas d'une créature qui accomplisse le bien mécaniquement parce qu'elle n'a pas le choix et ne peut vouloir autre chose. Il aurait certes pu la créer, mais Il a préféré créer l'homme à son image et à sa ressemblance, c'est-à-dire doué de raison, de jugement, de libre-arbitre, de volonté. C'est un point capital pour Irénée, il y revient de bien des manières. Mais le revers de la médaille est que l'homme étant libre, il peut réaliser le bien mais aussi le mal. Et c'est parce que certains se laissent tenter que le péché existe.

b) La connaissance du péché : une nécessité pour l'homme

Irénée va plus loin encore. Il ne se contente pas d'affirmer que l'homme peut commettre le mal. Il est convaincu que la connaissance du péché, par une expérience personnelle est nécessaire à l'homme pour qu'il puisse choisir le bien.

Dieu ayant usé de longanimité, l'homme a donc connu et le bien de l'obéissance et le mal de la désobéissance, afin que l’œil de son esprit, ayant acquis l'expérience de l'un et de l'autre, fasse choix du bien avec décision et ne soit ni paresseux ni négligent à l'égard du commandement de Dieu : ce qui lui ôte la vie, c'est-à-dire désobéir à Dieu, il saura par expérience que c'est mal et il ne l'entreprendra jamais plus ; au contraire, ce qui lui conserve la vie, c'est-à-dire obéir à Dieu, il saura que c'est bien et il le gardera avec un soin scrupuleux. ( CH IV 39, 1)

De plus, si faire le bien demande un effort, cela procure par contre-coup une valeur à ce qui est ainsi choisi : ce qui ne coûte rien ne peut être réellement apprécié.

Enfin, la connaissance du bien et du mal est constitutif de la nature humaine. Sans elle, on ne peut parler d'homme en vérité :

Si tu répudies cette connaissance de l'un et de l'autre [du bien et du mal] et cette double faculté de perception, sans le savoir, tu supprimeras l'homme même que tu es. (CH IV 39, 1)

c) Liberté de l'homme et destinée éternelle

L'homme est donc libre de pratiquer le bien et le mal. Il n'est en rien l'esclave d'un destin imposé de l'extérieur par une force quelconque, divinité ou autre. Et Dieu respecte tant sa créature que sa Justice va tenir compte des actes librement posés par l'homme durant sa vie pour décider de sa destinée éternelle. Tel est le respect que Dieu porte à l'homme, telles sont la grandeur et la dignité qu'Il lui donne.

C/ Conséquences du péché

a) La mort

Il suffit de relire le récit de la création au Livre de la Genèse pour se rendre compte que la mort est la conséquence du péché. En reprenant une telle affirmation, Irénée donne à ce passage scripturaire un sens qui complète sa pensée sur l'innocence de l'homme et la bonté de Dieu envers sa créature.

En effet, pour l'évêque de Lyon, même si cela peut paraître paradoxal, la mort est moins une punition qu'un acte de miséricorde de la part de Dieu. En effet, si l'homme pécheur était immortel, il resterait éternellement enfermé dans son péché, sans aucune possibilité d'en sortir. En revanche, la mort met une fin au péché tandis que, par la résurrection (car tout ne s'arrête pas à la mort), l'homme peut enfin vivre pour Dieu, selon sa vocation propre.

Et c'est aussi pour ce motif que [Dieu] chassa [l'homme] du paradis et qu'il le transféra loin de l'arbre de vie : non qu'il lui refusât par jalousie cet arbre de vie, comme d'aucuns ont l'audace de le dire, mais il le fit par pitié, pour que l'homme ne demeurât pas à jamais transgresseur, que le péché qui était en lui ne fût pas immortel et que le mal ne fût pas sans fin ni incurable. Il arrêta ainsi la transgression de l'homme, interposant la mort et faisant cesser le péché, lui assignant un terme par la dissolution de la chair qui se ferait dans la terre, afin que l'homme, cessant enfin de vivre au péché et mourant à ce péché, commençât à vivre pour Dieu. (CH III 23, 6)

b) L'implication de Dieu

Sans être une condamnation, la mort est donc un châtiment, lequel est temporaire et connaît un terme.
De plus, Dieu s'investit dans l'histoire des hommes. Il se fait partie prenante en se déclarant le défenseur de sa créature qu'un autre, jaloux, prétend lui prendre pour la détruire. Il ne peut donc rester passif en laissant son œuvre être détruite, ce qui aurait signifié pour lui un véritable échec personnel. Et déjà, dès Adam, le salut est promis.

 

A suivre ...