Retour Accueil
Retour page précédente

LA FOI DE JACOB


Jacob et Esaü

Télécharger au format pdf.

Franchir la porte de la foi avec la Parole de Dieu

Abraham
Jacob
Moïse
Ruth
David
Amos
Marie
Pierre

 

Nous ne pouvons passer en revue tous les personnages de la Bible. Jacob est l'un des plus "riches", des plus complexes, des plus proches de notre commune humanité ! Il parait à des années-lumière de ce que nous vivons, mais en fait il nous ressemble. Jacob, tout d'abord est un jumeau, faux-jumeau dirions-nous aujourd'hui, il naît en "tenant le talon de son frère" (c'est le sens de son nom), symboliquement il le "talonne" et cherche à le dépasser. Dès avant leur naissance, la concurrence est installée entre eux. La prophétie faite à Rébecca annonce que le cadet supplantera l'aîné, sans qu'il y ait de raisons objectives à cette "préférence" de Dieu - contrairement aux hommes, car Esaü est le préféré d'Isaac à cause de ces talents de chasseur.

Le logo de l'année de la foi

Logo de la foi
Bordure

L'icône de l'année de la foi

Christ Pantocrator | Année de la foi
Bordure

Chaque mois franchir la porte de la foi avec

La Parole de Dieu
Credo
Porta Fidei
La foi de l'Eglise face aux hérésies

Pour creuser ...

Le Credo
Quizz.: Testez vos connaissance sur la foi.

A vrai dire, Jacob n'apparaît pas comme très sympathique. Certes, Esaü semble un benêt mal dégrossi, cf. sa réflexion après une journée de chasse : "Voici que je vais mourir, à quoi me servira le droit d'aînesse ?" Mais Jacob se comporte comme un calculateur ambitieux. Il va "voler" la bénédiction paternelle ; sa mère le manipule, mais ils est complice, et menteur : "Isaac dit : Qui es-tu, mon fils ? Jacob dit à son père : Je suis Esaü, ton premier-né."

Et la foi, dans tout ça ? Nous sommes choqués par le gros mensonge et surtout par l'affirmation éhontée qui suit : "C'est que le Seigneur ton Dieu m'a été propice." Est-ce là la foi de Jacob ? Comble de l'hypocrisie ? Blasphème ? Ou...vérité ? Effectivement, Dieu est du côté de Jacob, et peut-être Jacob a-t-il foi, une foi naïve, dans la "préférence" de Dieu, dans l'élection dont il est l'objet : "l'aîné servira le cadet" Même avec un droit d'aînesse acheté à bas prix, Jacob reste "le cadet", mais il sera "le béni", celui qui reçoit et va transmettre à ses fils la Bénédiction d'Abraham. A vrai dire, sans cette bénédiction, Dieu serait plutôt absent de cette histoire très humaine : il laisse agir les hommes - et les femmes. Mais il veille, et il envoie à Jacob un songe, celui de l'échelle, irruption de Dieu dans la vie de Jacob, renouvellement de la promesse faite à Abraham : terre et descendance. Jacob croit, il affirme : "Le Seigneur était en ce lieu et je ne le savais pas..." et il bâtit un autel. Mais il continue en exprimant une foi conditionnelle, bien païenne : "Si Dieu est avec moi, et me garde en la route...si je reviens..." et finalement cette histoire de "dîme". Autrement dit : si tu donnes, je donne, c'est le "do ut des" des cultes idolâtriques. Jacob a du chemin à faire jusqu'à la foi sincère et la relation vraie avec Dieu.

 

Ensuite, le récit s'attarde sur les naissances des 11 fils. Dieu accomplit la promesse de fécondité, mais à sa manière, en comblant Léa, celle "qui n'était pas aimée", l'aînée et non la cadette, juste retour des choses ! Remarquons que les deux femmes, comme Jacob lui-même, relient explicitement ces engendrements (ou ces non engendrements) à l'action divine : "Le Seigneur a vu ma détresse...Le Seigneur a entendu...Est-ce que je tiens la place de Dieu qui t'a refusé la maternité ? ". Dans la mentalité de l'époque, la vie ne peut venir que de Dieu, tout vient de Dieu, et la foi, sous cet aspect, est totale - même si on a recours à des expédients humains, "mères porteuses", ou "achat" d'une nuit avec l'époux (apparemment, si Léa n'a plus d'enfant, c'est que Jacob ne "collaborait" plus). Puis, c'est la naissance de Joseph : "Dieu se souvint de Rachel, il l'exauça et le rendit féconde...", elle peut donc dire : "Dieu m'a enlevé ma honte..."

 

Les histoires de troupeaux qui suivent nous mettent mal à l'aise. Pas parce que nous ne croyons plus depuis longtemps à cette théorie de l'"imprégnation", mais parce que Jacob ne montre guère ici de confiance en Dieu. Pour Laban, il est béni, et Laban est béni à travers lui, mais il ne s'appuie guère sur cette bénédiction et "magouille" une histoire de baguettes à rayures. Cependant, Dieu veille toujours sur lui, et lui parle, comme il a parlé à Abraham : "Sors de ce pays et retourne au pays de tes pères..." Et Jacob va obéir, comme Abraham, en affirmant à Rachel et Léa : "Le Dieu de mon père a été avec moi...Il n'a pas permis qu'il (Laban) me fasse du tort..." Il exprime ainsi sa foi en un Dieu qui guide et qui protège, un Dieu qui donne. Mais Jacob a encore une étape à accomplir.

 

Jacob doit passer le gué du Yabboq. C'est l'épisode de la lutte nocturne avec "quelqu'un" (il n'est pas question d'"ange" dans ce passage). Jacob est resté "seul", dit le texte, et pourtant "quelqu'un lutta avec lui jusqu'à l'aube". Son double, une part de lui-même ? On peut imaginer des choses, surtout à la lumière des lectures psychologiques actuelles. Mais on sait deux choses : cet être mystérieux n'a pu vaincre Jacob et est obligé de le blesser pour se libérer, mais Jacob lui demande sa bénédiction, comme à plus grand que lui. Il reçoit alors un nom nouveau, et même s'il n'est pas exaucé dans son désir d'avoir la révélation du nom de ce quelqu'un, il le nomme lui-même : "il donne à ce lieu le nom de Pénouel, car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face et je ne suis pas mort". Il s'agit bien de Dieu : un Dieu qu'on affronte, qui blesse (la hanche), mais qui bénit. Mystérieuse nuit qui va transformer Jacob à jamais.

 

La preuve en est qu'ensuite, même s'il a préparé son entrevue avec son frère (on ne sait jamais), c'est lui qui passe en avant, au lieu de se cacher derrière les siens, pour affronter son frère et découvrir...qu'il n'y aura pas d'affrontement ! Dans le fond, Esaü n'a guère pâti des manœuvres douteuses de son frère, il est devenu riche et apparemment c'est un adulte paisible et équilibré.
Pour en revenir à la foi de Jacob nous terminerons en 48, 15-16, avec la bénédiction que Jacob transmet à Joseph : "Que le Dieu devant qui ont marché mes pères, que le Dieu qui fut mon pasteur depuis que je vis jusqu'à maintenant..." Nous sommes loin des "si...si" de Béthel, nous sommes devant une affirmation de foi et d'action de grâces. La foi de Jacob n'est pas admirable, comme celle d'Abraham, mais elle s'est purifiée, avec le temps, comme la nôtre, en apprenant la gratuité dans sa relation avec Dieu.


Retour haut de page