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Le premier verset de ce livre biblique est son titre :

Le Cantique des cantiques Prologue

Le Cantique des cantiques

Introduction
Prologue
Suite du Prologue
1e poème

 

Texte du Cantique des cantiques

Prologue

1/2 Qu'il me donne un baiser
des baisers de sa bouche,
car bonnes sont tes amours
plus que le vin.
3 Pour leur parfum, tes huiles bonnes,
une huile répandue ton Nom,
C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.
4 Tire-moi à ta suite, courons.
Le roi m'a fait entrer en ses appartements,
nous exulterons et nous réjouirons en Toi,
nous rappellerons tes amours
plus que le vin,
ils ont raison, ceux qui t'aiment.

Offrir un seul verset au titre d'un livre montre l'intérêt que les exégètes de tous temps ont donné à ce titre. Le texte sur lequel nous allons nous pencher en ces mois n'est pas un cantique entre beaucoup, il est le Cantique, le seul cantique parmi les multitudes de cantiques. C'est donc bien un cantique, un chant, un poème. Mais c'est le seul parmi tous qui puisse dignement porter ce nom. C'est dire l’extrême attention à laquelle nous sommes appelés au seuil de cette lecture.

 

En ce mois d'octobre, parcourons le Prologue : 1/1-4. D'abord le verset 2 :

PROLOGUE
V2 : Qu'il me donne un baiser
des baisers de sa bouche,
car bonnes sont tes amours
plus que le vin.

Il eut suffi de dire "Qu'Il me donne un baiser" puisqu'il est bien évident que s'il lui donne un baiser, c'est avec sa bouche ! Mais l'amie se répète : baiser, baisers, bouche. Véhément cri du désir qu'on reconnaît bien en nous, cri douloureux, car d'un désir si plein, cri du véhément désir de l’Église (tant clamé en Avent) : "Viens, Seigneur JESUS", désir qui est béance abyssale appelant le Tout : DIEU...

Mais quel est ce baiser ? Que sort-il de la bouche de DIEU ?

La sagesse, quand elle s'est mise à parler d'elle même, s'est dite "issue de la bouche du Très-Haut" (Si 24/3).

Dt 8/3 : "l'homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de DIEU". Et Matthieu reprend le verset en précisant (4/4) : "... mais de toute parole qui sort de la bouche du Très-Haut". C'est donc une question vitale pour nous que de recevoir ce don de DIEU. Et ce don est la Parole, la Sagesse, la Loi.

Un seul être humain a eu ce privilège du baiser de DIEU. Certes, l'expression n'est pas biblique mais il est question du "bouche à bouche" en Nb 12/8 : "bouche à bouche, Je parle avec lui et non pas en énigme" (à la place du face à face d'Ex 33/11). C'est donc Moïse, et il n'est pas étonnant que ce soit l'homme de la Loi.

Quand DIEU aime, il parle et crée en sa Parole ; quand DIEU aime, il parle et crée l'homme en ses commandements. C'est cela, le baiser de DIEU.

Au niveau humain, le baiser est la rencontre de deux désirs en un point de contact, et c'est un seuil concret dont découle l'acte d'aimer réciproque.

Ainsi, le désir de DIEU est là, toujours présent, sa bouche se tend vers l'homme, vers moi.

La demande de l'amie signifie : que son désir rejoigne le mien en son point de contact, , maintenant. Et ce "là, maintenant", dépend de Lui, mais Lui le veut ; et dépend d'elle, de son désir bien sûr, mais aussi de sa foi à reconnaître le désir de DIEU qui se tend vers elle en sa parole.

Le baiser est cependant l'arrêt, le dépassement des mots dans un silence dépassant les paroles.

Maintenant, l'amie parle au Bien-Aimé : "Bonnes sont tes amours plus que le vin". Ou, dans une autre traduction : "Tes amours sont plus délicieuses que le vin".

Le mot "amours", parfois traduit par étreintes ou caresses, a la même racine, en hébreu, que le mot bien-aimé : dodi. C'est donc directement l'agir du Bien-Aimé = le Bien-aimé aime et l'amie le sait, l'a déjà expérimenté : "tes amours sont plus délicieuses que le vin".

Quand on cherche le mot délice / délicieux dans la Bible, le psaume 118 est un phare : "Je trouve en tes volontés mes délices" (v16), "Ton témoignage, mes délices" (v24), "Tes commandements ont fait mes délices" (v47), "Moi, ta loi fait mes délices" (v92), "Tes commandements font mes délices" (v143), "Ta loi fait mes délices" (v174).

On a vu que le baiser de DIEU, c'est le don de sa Loi, cette Loi, qui sort de sa bouche, est sa façon de nous aimer, de nous exprimer son amour. Donner son amour, c'est donner amoureusement sa Loi comme un baiser. Et ce don nous est délicieux plus que le vin. C'est bien sa Loi, son témoignage, sa volonté qui font nos délices, qui nous sont délicieuses plus que le vin. Ce vin, pourtant symbole de joie, car créé par DIEU pour la joie de l'homme, n'est que peu de chose par rapport à cette Loi offerte en baiser par la bouche du Très-Haut.

V3 : Pour leur parfum, tes huiles bonnes,
une huile répandue ton Nom,
C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.

Autre traduction : "L'arôme de tes parfums est exquis, ton nom est une huile qui s'épanche". Le thème du parfum est récurent dans le Cantique.

Dans la Bible, il ne s’agit pas souvent du parfum de DIEU mais des hommes. Ainsi, Ex 30/23s semble le point de référence du thème : "YAHVE parla à Moïse et lui dit : "Pour toi, prends des parfums de choix : 500 sicles de myrrhe vierge, la moitié de cinnamome odoriférant : 250 sicles, 50 sicles de casse... tu en feras une huile d'onction sainte... Tu en oindras la Tente du Rendez-vous, l'arche du Témoignage, la table..." Par ce moyen des parfums précieux, Moïse consacre la Tente. Ensuite, les croyants seront invités à offrir des parfums qui monteront vers DIEU, parfums d'agréable odeur que DIEU accueillera.

Dans le Cantique, l'auteur sacré nous révèle que DIEU sent bon. Cette réalité était déjà notée implicitement en Exode 30, puisqu'il fallait que la tente soit imbibée de parfums précieux, qu'elle sente bon pour que le peuple reconnaisse la Tente comme étant le Lieu de DIEU. Mais dans le Cantique, cela est explicite, DIEU a ses propres parfums : "l'arôme de tes parfums est exquis", "Mon Bien-Aimé est un sachet de myrrhe" (1/13), "Ses joues sont comme des parterres d'aromates, des massifs parfumés.Ses lèvres sont comme des lis, elles distillent la myrrhe vierge". (5/13)

Le texte biblique le plus proche est Si 25/15, où la Sagesse fait son propre éloge : "Comme le cinnamome et l'acanthe, j'ai donné du parfum, comme une myrrhe de choix, j'ai embaumé... comme la vapeur d'encens dans la Tente." On retrouve ici la Tente de Réunion. La Sagesse embaume (donc, nous fait jouir de ses parfums) comme nos propres parfums offerts à DIEU.

Gardons donc, en notre lecture du Cantique, cet arrière plan liturgique : notre amour se passe dans la Tente de Réunion, dans le Sanctuaire. DIEU nous y fait jouir de ses parfums...

Peut-être est-ce parce que DIEU a lui-même consacré l'amie qu'elle sent si bon aussi : 1/12, "mon nard donne son parfum" ; 3/6, "quelle est celle-ci qui monte, comme... vapeur de myrrhe et d'encens et de tous parfums exotiques" ; 4/10 "l'arôme de tes parfums est délicieux plus que tous les baumes" ; 4/11, "le parfum de tes vêtements est comme le parfum du Liban" ; 4/14, "Tes jets font un verger de grenadiers, avec les fruits les plus exquis : le nard et le safran, le roseau odorant et le cinnamome, avec tous les arbres à encens : la myrrhe et l’aloès, avec les plus fins arômes"

Et aux instants de plus haute complicité amoureuse des deux amants, le lecteur du Cantique peine à discerner si le parfum vient de Lui, ou vient d'elle. La myrrhe a t-elle été déposée sur la poignet de la porte par la furtive venue du Bien-Aimé en 5/5 ? Ou bien est-ce la main de l'aimée qui transpire de myrrhe ?
Et si l'amie est un jardin parfumé, le Bien-Aimé trouve son propre parfum en l'amie : "J'entre dans mon jardin, je récolte ma myrrhe et mon baume" (5/1)... N'est-ce pas là une expérience vécue par les aimés que nous sommes ? "je vis... mais c'est le Christ qui vit en moi" (Gal 2/20). Sans aucun doute, le bon parfum du Christ est, par lui, déposé en nous.

Une huile répandue ton Nom :
Le Nom de DIEU dans la Bible, c'est sa Présence. Ainsi, quand Moïse presse DIEU de lui montrer sa Gloire, donc de Lui être présent en toute sa Splendeur, DIEU lui répond en lui révélant son Nom. Exode 33/18-19 : "Moïse dit à YAHVE : "Fais-moi de grâce voir ta gloire." Et il dit : "Je ferai passer devant toi toute ma beauté et je prononcerai devant toi le Nom de YAHVE". Ce qu'il fit ensuite (Ex 34/6) : "YAHVE passa devant lui et Il cria : "YAHVE, YAHVE, DIEU de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité..."

L'aimée du Cantique ne quête pas le Nom comme Jacob ou Moïse et comme tant de chercheurs de DIEU, elle connaît ce Nom, et elle le perçoit comme une huile qui s'épanche. Qu'est-ce à dire ? - Dans l’Écriture Sainte, l'huile est utilisée dans le Temple. En ce lieu, l'huile consacre Aaron et les prêtres, ainsi que les objets du culte. Elle est aussi une des douceurs, après le miel et le lait, de la Terre promise.

Quand l'aimée perçoit le Nom du Bien-Aimé comme une huile qui s'épanche, elle reconnaît que ce Nom se répand sur elle avec la douceur, l'onctuosité d'une huile de soin ou de beauté (l'aimée vit pleinement sa féminité en ce Cantique), mais elle se reconnaît aussi comme les prêtres et les objets du Temple : consacrée par cette huile. Le Nom du Bien-Aimé s'épanche sur elle, la caresse, et la rend sacrée, c'est à dire faite pour Lui. Ce Nom est aussi le plus grand des dons de DIEU puisqu'il est sa Présence. L'aimée devient la terre promise où DIEU donne et se donne.

"C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment" : le nom du Bien-Aimé ne se répand pas sur l'amie seule, il s'épanche, et l'on ne sait pas où. On pense ici à la parabole du Semeur : Il ne choisit pas sa terre, il sème sur toute terre. Qu'elle soit de ronces, de caillasse ou de terreau fertile, il sème à tous vents, dans l'espérance en toute terre. Ainsi, le Bien-Aimé, DIEU, s'épanche sur tout et tous. "C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment". Et l'amie n'en tire aucun ombrage, aucune tristesse, au contraire. "L'amour n'est pas jaloux", dira St Paul aux Corinthiens. La joie de l'amie, c'est que beaucoup aiment le Bien-Aimé. En amour avec DIEU, chacun a un cœur missionnaire, désirant que beaucoup aiment ce DIEU qui s'épanche sur toute chair.

Nous étudierons le dernier verset du prologue le mois prochain.

A suivre ...

Tes étreintes sont meilleures que le vin