Retour Accueil
Retour page précédente

Le Cantique des cantiques Prologue suite

Le Cantique des cantiques

Introduction
Prologue
Suite du Prologue

 

Texte du Cantique des cantiques

Prologue suite ...

4 Tire-moi à ta suite, courons.
Le roi m'a fait entrer en ses appartements,
nous exulterons et nous réjouirons en Toi,
nous rappellerons tes amours
plus que le vin,
ils ont raison, ceux qui t'aiment.

En ce mois de novembre, poursuivons notre lecture du prologue.

"Tire-moi", ou "entraîne-moi". Le désir de l'aimée est une course amoureuse. Elle sait qu'elle ne peut courir que s'il l'entraîne, s'il la tire. Elle est donc, au début de ce verset, derrière lui, consciente de la nécessité qu'elle a de lui demander de l'aide. C'est fondamentalement vrai : nous sentons combien nous ne pouvons courir vers DIEU sans sa grâce. "Entraîne-moi", "traîne-moi en toi" : belle prière que celle-ci ! Et dès la fin du verset, elle désire courir au même pas que lui, être à coté de lui, en connivence avec lui. Mais si elle désire courir avec lui, c'est qu'elle le voit courir. DIEU court-il dans la Bible ? Il est certain que DIEU est pressé : Isaïe 46/13 "mon salut, il ne tardera pas". Mais cependant, on ne voit pas DIEU courir dans la Bible sauf au psaume 147/12 : "DIEU envoie son verbe sur terre ; rapide, court sa parole". C'est le Verbe de DIEU qui court, rapide. Or, JESUS est le Verbe de DIEU ; Jean l'atteste en son prologue : "Et le Verbe s'est fait chair." Quand, dans l'évangile de Luc, Marie, portant en son sein JESUS, "se rendit en hâte vers la région montagneuse" pour y visiter sa cousine Élisabeth, on peut y reconnaître ce DIEU qui, par Marie, court vers qui a besoin.

L'amour se joue du temps et de l'espace. DIEU nous rejoint, rapide, courant sur les montagnes, bondissant sur les collines. L'amie veut le suivre, veut l'accompagner à son pas, au pas de l'amour.

"Le roi m'a fait entrer en ses appartements". Dans la Bible, il existe bien des rois qui gouvernent les nations. Mais le vrai roi d'Israël, c'est DIEU et nul autre. Cette affirmation est posée dès le 1er livre de Samuel : quand le peuple demande un roi à sa tête, DIEU explique à Samuel, "c'est moi qu'ils ont rejeté, ne voulant plus que je règne sur eux." Et quand Samuel, contraint, investira Saül comme roi, il réaffirmera "Pourtant, YAHVE votre DIEU, c'est lui, votre roi !" (1 Sa chap 8 et 12). Cette pensée rebondira au fil des textes bibliques ; les livres de Tobie, des prophètes, les psaumes l'expriment maintes fois. L'expression "mon roi et mon DIEU" devient un Nom de DIEU qui souligne toute la sécurité que l'on ressent auprès du DIEU de l'Alliance.

JESUS donnera ce titre de Roi à DIEU, son Père, dans les paraboles (ex : Mt 22 et 25), il l'acceptera pour lui-même durant sa passion : "Donc, tu es roi ? JESUS répondit : tu le dis, je suis roi" (Jn 18/37). Un des moments les plus dramatiques de la Passion est, d'ailleurs, cet instant où le peuple criera : "nous n'avons de roi que César !" (19/15), violence inouïe que cet oubli, ce rejet de DIEU comme Roi !

Dans le Cantique des cantiques, l'amie reconnaît en son Bien-Aimé le Roi, et la grâce dont elle jouit d'entrer en ses appartements. Et le bonheur n'est pas pour elle seule : "nous exulterons et nous réjouirons en Toi". Ce pronom, "nous", inclut tout homme dont le lecteur que vous êtes, que nous sommes.

"Nous rappellerons tes amours plus que le vin", ou bien, selon André Chouraqui : "mémorisons tes étreintes mieux que le vin".

Faire mémoire, se rappeler, est un acte important : notre croissance dans l'amour passe par là, notre bonheur aussi. Cela est vrai au niveau humain et plus encore dans la vie spirituelle. Il est heureux, il est bon de se souvenir de l'étreinte d'amour dont DIEU nous a gratifiés. Cet amour s'est en effet manifesté en maints événements de la vie du Peuple de DIEU dans l'Ancienne Alliance, en maints oracles : "Je t’ai aimé d’un amour éternel ; c’est pourquoi je t’attire avec bonté" (Jr 31/3) comme dans la nouvelle Alliance : "Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn 3/16). Cet amour s'est aussi manifesté en maints événements de nos vies, en maintes douceurs vécues, en maintes délivrances, en maintes libérations de nos peines, de nos fatigues, de nos obscurités, de nos moments mortifères, de nos tensions, en maintes renaissances inespérées au delà de nos larmes et de nos deuils... "DIEU a fait des choses grandes et insondables, des merveilles sans nombre" (Jb 5/9) et il est non seulement normal mais encore il est bon de s'en souvenir. La Bible nous y invite souvent : "Rappelez vous les premiers événements, ceux d'autrefois" (Is 46/9) ; "Rappelez-vous les miracles qu'il a fait" (1Ch 16/12).

C'est dans un "nous" que l'amie fait cet acte d'amour de se rappeler. Si, en effet, le souvenir des bontés de DIEU est bien un acte personnel, intime, auquel chacun de nous est convié, il est aussi un acte communautaire. Le cadre liturgique qui sous-tend ce texte est ici implicite : le Corps Communautaire, pour nous l’Église, est ce lieu où nous nous rappelons les tendresses de DIEU. Cet acte de mémoire, posé ensemble, fait grandir notre foi, attise notre amour, crée et recrée l'émerveillement des cœurs, et donc l'action de grâce. Le renouveau de nos communautés chrétiennes passe sans doute par cela : mémoriser, se souvenir, rappeler et donc célébrer les étreintes, les amours de DIEU.
En ce contexte, ne serons nous pas appelés à déclarer, joyeux : "ils ont raison, ceux qui t'aiment" ?

A suivre ...

Le roi m'a fait venir en ses intérieurs! Jubilons