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Second poème du Cantique des cantiques

Le Cantique des cantiques

Introduction
Prologue
Suite du Prologue
1e poème
2e poème
3e poème
4e poème
A la lumière de Pâques
5e poème
6e poème
Epilogue

Texte du Cantique des cantiques

2ème poème : 2/8-3/5

2/8 Voix de mon Bien-Aimé,
le voici, il vient,
sautant par dessus les montagnes,
bondissant par dessus les collines.
9 Sois semblable, mon Bien-Aimé,
à la gazelle, au faon du cerf.
Le voici debout derrière notre mur
observant par les fenêtres,
guettant par les treillis.
10 Mon Bien-Aimé chante et me dit :
Lève-toi, mon amie, ma belle,
et va vers toi.
11 Car voici l’hiver passé,
la pluie s'en est allée,
elle a disparu.
12 Les fleurs se montrent sur notre terre,
la saison vient des chansons
et la voix de la tourterelle
se fait entendre sur notre terre.
13 Le figuier forme ses premiers fruits
et les vignes en fleurs
donnent leur parfum.
Lève toi, mon amie, ma belle,
et va vers toi.
14 Ma colombe,
dans le creux du rocher,
dans la cachette de la paroi,
fais-moi voir ton visage,
fais-moi entendre ta voix,
car ta voix est douce
et ton visage est beau.
15 Prenez-nous les renards,
les petits renards
ravageurs de vignes,
car nos vignes sont en fleurs.
16 Mon Bien-Aimé à moi
et moi à Lui,
il paît parmi les lis.
17 Jusqu'à ce que souffle le jour et que s'enfuient les ombres,
retourne, sois semblable,
mon Bien-Aimé,
à la gazelle, au faon du cerf,
sur les montagnes de Béter.

3/1 Sur ma couche, la nuit,
j'ai cherché celui qu'aime ma vie,
je l'ai cherché et ne l'ai pas trouvé
2 Je me lèverai donc
et je tournerai dans la ville,
dans les rues et sur les places,
je chercherai celui qu'aime ma vie,
je le cherche et ne le trouve pas.
3 Ils m'ont trouvée, les gardes
qui tournent dans la ville,
celui qu'aime ma vie,
l'avez-vous vu ?
4 Comme à peine je les avais dépassés,
alors j'ai trouvé celui qu'aime ma vie,
je l'ai saisi et je ne le laisserai pas
jusqu'à ce que je l'ai fait entrer
dans la maison de ma mère,
dans la chambre où j'ai été conçue.
5 Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
par les gazelles et les biches des champs
ne réveillez pas, n'éveillez pas l'amour
jusqu'à ce qu'elle veuille.

Belle et bonne année, que DIEU vous offre sa grâce, qu'il vous bénisse ! Nous parcourons, en ce mois de janvier, le second poème.

Ce deuxième poème est quasi monopolisé par la parole et la pensée de l'amie. C'est elle qui nous raconte l'aventure qu'elle vit, c'est elle qui nous relate les quelques paroles du Bien-Aimé. Or, cette aventure semble être un jeu de cache-cache amoureux. Les deux amants se recherchent tout en étant très proches l'un de l'autre.

 

Voyons la structure du récit :

La structure concentrique de ce passage met en valeur :

La recherche amoureuse où flambe le désir : ce passage débute par un cri de joie de l'amie : "voix de mon Bien-Aimé, le voici, il vient !" et elle raconte combien il la recherche. De fait, DIEU nous cherche. Et cela depuis la nuit des temps : "où es-tu ?" appelle DIEU en Gn 3/9. C'était un contexte négatif : l'homme se cachait de DIEU après avoir péché. Et tout au long de l'histoire sainte, ce sera ainsi : DIEU recherche le pécheur, celui-ci le fuyant, l'abandonnant, l'oubliant. Dans le Nouveau Testament, JESUS insistera beaucoup, dans son enseignement, sur cette recherche que DIEU fait de l'homme. Ainsi, les paraboles de Luc au chapitre 15 : JESUS, le Fils de DIEU, se compare à une femme qui cherche et trouve sa pièce égarée, à un père qui sort de chez lui pour chercher sur le chemin son fils prodigue, et qui quitte aussi son logis pour supplier son fils aîné d'entrer dans la joie de la fête, à un berger qui cherche la seule brebis qui se soit égarée.

D'autre part, nous cherchons DIEU, nous tendons l'oreille pour écouter sa voix (n'est ce pas ce que vous faites en lisant le Cantique ?), nous nous réjouissons de sa proximité malgré notre impression qu'il est encore "au-delà", ailleurs... Le Cantique des cantiques nous fait comprendre que ces moments, parfois douloureux, où l'on se croit à distance de DIEU, où l'on ne sent pas assez la présence de DIEU... ne sont pas forcément des temps négatifs, des ruptures d'alliance, mais au contraire, peuvent être l'occasion d'un accroissement de notre désir de DIEU pour qu'ainsi notre amour s'épanouisse au delà de ce que nous pouvons imaginer. Nous nous savons peu aimant ? Le Cantique est, pour nous, une formidable espérance : DIEU est amoureux de nous, à notre recherche, et il fait tout pour que nous le devenions en plénitude.

Le centre du texte, versets 10 à 13, spécialement cet appel deux fois réitéré : "lève-toi, mon amie, ma belle, et va vers toi". Certaines traductions ont omis de transcrire ce petit mot hébreu qui signifie : "vers toi" ou "pour toi". Soeur Chantal tenait à le traduire. Et pour cause : il rappelle l'appel d'Abraham par DIEU, le début de l'histoire sainte  : "YAHVE dit à Abram : "va pour toi (ou va vers toi), de ta terre, de ton enfantement, de la maison de ton père, vers la terre que je te ferai voir" (Gn 12/1). DIEU n'est jamais égoïste : s'il nous appelle à lui, c'est pour nous-même qu'il le fait. Tout le désir de DIEU est là : l'amie est appelée à venir à elle-même, à se trouver. Le bonheur de DIEU passe par cet épanouissement de la personne humaine revenue à elle-même et, ainsi, apte à aller, pour elle-même, vers son bonheur qui est Autrui, qui est DIEU.

La suite du récit, 3/1-5, nous montre que l'amie ne s'est pas encore levée malgré ce double appel : "lève-toi... va". Elle est toujours sur sa couche... et ce sera encore le cas à la fin du passage : "ne réveillez pas, n'éveillez pas l'amour". Malgré cela, la recherche continue. Si le récit du chapitre 2 versets 8 à 17 était basé sur lui qui cherchait son amie, maintenant, c'est surtout elle qui le cherche. DIEU nous cherche toujours en premier.

Elle le cherche tout d'abord sur sa couche : recherche moyennement courageuse à nos yeux et ne soyons pas étonnés qu'elle ne le trouve pas ! Elle prend alors un temps de réflexion : "Je me lèverai donc". Autant l'amour du Bien-Aimé semblait empressé (sautant, bondissant, debout, observant, guettant, chantant, lui disant), autant l'amie semble plus passive : il lui dit à deux reprises : "lève-toi, va" et elle reste sur sa couche. Puis, comme elle ne l'y trouve pas, elle prend le temps de réfléchir à un autre plan : "je me lèverai donc, je tournerai, je chercherai". Il n'est donc pas étonnant qu'elle ne le trouve pas mais qu'on la trouve en 3/2 !

Amour imparfait mais désir d'aimer tout de même. DIEU nous aime là où nous en sommes. Si notre amour pour lui est largement plus mou et passif que celui qu'il nous porte, sachons que lui ne nous en aime pas moins ; il saisit le moindre petit pas que nous faisons vers lui pour faire rebondir l'aventure d'amour. N'hésitons pas à poser notre petit pas en sa direction.

Ce petit pas, cette petite avancée se trouve en 3/4 : elle dépasse les gardes. Alors, elle trouve son Bien-Aimé, le saisit et veut le faire entrer au lieu où elle a été conçue. Il y a une réalité d'amour déjà présente ("je l'ai trouvé, je l'ai saisi"), mais il reste une incomplétude, un "pas encore" par trop réel marqué par des verbes au futur. Le Bien-Aimé sait et respecte le temps dont elle a besoin, dont son amour encore limité a besoin. DIEU est infiniment respectueux de chacun de nous : lui ne dénigre pas notre amour pourtant imparfait et souvent bien passif, lui ne nous condamne pas pour nos imperfections dans l'amour, il ne juge pas : il attend, infiniment patient parce qu'infiniment aimant, "jusqu'à ce qu'elle veuille."

A suivre ...

J'ai cherché Celui qu'aime mon être