Retour Accueil
Retour page précédente

4e poème du Cantique des cantiques

Le Cantique des cantiques

Introduction
Prologue
Suite du Prologue
1e poème
2e poème
3e poème
4e poème
A la lumière de Pâques
5e poème

Texte du Cantique des cantiques

 

4ème poème : 5/2-6/3

5/2 Je dors, et mon cœur s'éveille.
Voix de mon Bien-Aimé, il frappe :
"Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma parfaite,
car ma tête est pleine de rosée,
mes boucles des gouttes de la nuit."
3 J'ai enlevé ma tunique, comment la vêtirais-je ?
J'ai lavé mes pieds, comment les salirais-je ?
4 Mon Bien-Aimé a passé la main par l'ouverture,
et mes entrailles ont frémi à cause de Lui.
5 Je me suis levée, moi,
pour ouvrir à mon Bien-Aimé,
et mes mains ont ruisselé de myrrhe,
mes doigts de myrrhe débordante,
sur la poignée du verrou.
6 J'ai ouvert, moi, à mon Bien-Aimé,
et mon Bien-Aimé s'est détourné, il est passé,
ma vie fut bouleversée de sa fuite
je l'ai cherché mais ne l'ai pas trouvé,
je l'ai appelé mais il n'a pas répondu.
7 Les gardes m’ont rencontrée,
qui font la ronde dans la ville,
ils m'ont frappée,
ils m'ont blessée,
ils m'ont enlevé mon manteau.
8 Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
si vous trouvez mon Bien-Aimé,
que lui annoncerez-vous ?
Que je suis malade d'amour.
9 En quoi ton Bien-Aimé est il plus qu'un bien-aimé,
belle entre les femmes,
en quoi ton Bien-Aimé est il plus qu'un bien-aimé,
pour que tu nous conjures ainsi ?
10 Mon Bien-Aimé est clair et rouge
remarquable dans un grand nombre.
11 Sa tête d'or, d'or pur,
ses boucles, des palmes, noires comme le corbeau,
12 Ses yeux, des colombes,
sur le courant des eaux,
se baignant dans le lait,
posées sur les plénitudes.
13 Ses joues, comme des terrasses
de plantes aromatiques,
des tours de parfums,
ses lèvres, des lis,
ruisselant de myrrhe débordante
14 Ses mains, des anneaux d'or,
sertis de pierres de Tarsis,
son ventre, une plaque d'ivoire,
couverte de saphirs.
15 Ses jambes, des colonnes d'albâtre
fondées sur des socles d'or pur,
Son aspect, comme le Liban,
sans rival comme le Cèdre.
16 Ses discours, la douceur même, et tout en lui est désirable.
Tel est mon Bien-Aimé,
tel est mon Ami,
filles de Jérusalem.

6/1 Où est allé ton Bien-Aimé,
belle entre les femmes ?
Où s'est tourné ton Bien-Aimé ?
Nous le chercherons avec toi.
2 Mon Bien-Aimé est descendu dans son jardin
vers les terrasses d'aromates,
pour faire paître dans les jardins
et pour cueillir des lis.
3 Je suis à mon Bien-Aimé,
et mon Bien-Aimé est à moi.
Il paît parmi les lis.

En ce mois de mars, nous parcourons le quatrième poème.

Ce poème rappelle le second (2/8-3/5) : il y a dans les deux récits la voix du Bien-Aimé qu'elle entend. Il l'invite mais elle résiste. Ensuite, elle le cherche et le trouve. Mais ce quatrième poème est tout à fait original puisqu'il est le seul à être l'écrin d'une description du Bien-Aimé.

1- Quête mutuelle : 5/2-8 + 6/1-3

Certes, le quatrième poème a la même structure que le second. Cependant, il existe une belle progression entre les deux textes : au second poème, l'amie avait tardé à se lever malgré la demande instante du Bien-Aimé (2/10-3/2) ; au quatrième, le Bien-Aimé ne dit que quelques mots, elle résiste un instant par un alibi stupide, puis se lève dès qu'elle voit la main du Bien-Aimé passer par la fente de la porte. Elle lui ouvre et, comme il a fuit, elle se jette sans réflexion à sa recherche. On la reconnaît donc beaucoup plus empressée désormais.

Si l'amie avait prétexté, un instant, la propreté de ses pieds pour ne pas se lever aussitôt, c'est qu'elle souhaitait se faire désirer. C'est un jeu de l'amour que de stimuler celui de l'autre. Cependant, elle n'a pas assez écouté les mots du Bien-Aimé : « ma tête est pleine de rosée, mes boucles, des gouttes de la nuit » (5/2). Il a passé des heures dehors, en pleine nuit, pour elle. Elle n'avait pas besoin de se faire désirer puisqu'elle était désirée depuis de longues heures nocturnes.... DIEU nous désire depuis la nuit des temps !

A l'instant où l'amie ouvre la porte, le Bien-Aimé a fui, et cela provoque une immense émotion en elle : « ma vie (ou mon cœur ou mon être, selon les traducteurs) fut bouleversée ». La traduction de sœur Chantal a le mérite de mettre en lumière l'intensité de l'émotion de l'amie. D'autres ont mis en relief la sortie de soi, l'extase, que le mot hébreu véhicule : la fuite du Bien-Aimé la sort d'elle-même, la jette hors d'elle-même, et cela est si fort qu'elle est littéralement propulsée dans une folle recherche : ce n'est pas rien de courir dans la ville alors qu'il fait encore nuit, d'être frappée, blessée, dénudée de son manteau. Pourtant, elle dépasse l'épreuve et continue sa quête en appelant, à son aide, les filles de Jérusalem.... On est loin du climat du second poème, son amour a décuplé : le Bien-Aimé ayant su, par son geste et par la distance créée, éveiller une insondable capacité d'aimer, en elle.

A cet instant, il nous est bon d'admirer l'amie, et d'admirer tous ceux qui, à sa suite, cherchent follement leur Bien-Aimé Seigneur. On pense à ces croyants d'hier et d'aujourd'hui qui ont connu l'épreuve et l'on dépassée, sans faillir dans leur recherche. On pense à tous ces chrétiens persécutés d'Orient, à tous ceux qui, à travers le monde, connaissent brimades, violences, déshonneur. Il n'est pas facile d'être croyant, de chercher DIEU, de le suivre. De très jeunes enfants l'expérimentent dès leur scolarisation. Rappelons-leur, rappelons-nous, quand vient l'épreuve, que cela peut faire partie intégrante de la recherche spirituelle, que ce peut être l'occasion d'une découverte de nos capacités à aimer.

La quête reprend, au chapitre 6, par une de ces ouvertures dont le Cantique est friand : les filles de Jérusalem interrogent l'amie afin de le chercher avec elle. La ferveur de l'amie mène autrui à le désirer. Que notre ferveur à chercher DIEU soit ainsi l'occasion, pour autrui, de débuter sa propre quête de DIEU.

Ce poème s'achève et s'apaise en un merveilleux temps d'intimité (6/3) dont nous reparlerons ultérieurement.

2-Le Bien-Aimé :

Ce passage, 5/10-16, nous dépeint le Bien-Aimé. Les différentes parties de son corps y sont listées : sa tête, ses boucles, ses yeux, ses joues, ses lèvres, ses mains, son ventre, ses jambes, ses pieds. Ensuite, ses discours.

« ses yeux, des colombes sur le courant des eaux, se baignant... » L'image suggère la vie, la liberté... l'émotion aussi (ils sont humides), la douceur.

Ses joues sont associées à quantité d'aromates (terrasses de plantes aromatiques, tours de parfum). C'est dire qu'il sent vraiment bon ! De même, ses lèvres sont comme lis ruisselant de myrrhe débordante : surabondance de parfums les plus précieux. On se souvient donc du Prologue au verset 3, et des harmoniques bibliques qui le sous-tendent : la Tente, le Sanctuaire sentent bon car DIEU sent bon.

Sa tête d'or, d'or pur : C'est le livre de l'Exode qui, dans la Bible, est le plus chargé d'or : 103 occurrences, spécialement aux chapitres 25 et 37 qui décrivent le mobilier du Sanctuaire, 28 et 39 qui dépeignent les vêtements du grand-prêtre. Dans le poème qui nous intéresse, l'amie ne dit pas que le Bien-Aimé est paré d'or comme le grand-prêtre, mais que sa tête est d'or, et d'or pur. L'amie a une haute idée du Bien-Aimé.

Ses mains, des anneaux d'or : les anneaux sont des attributs fort présents dans le mobilier du Sanctuaire. Ils parent aussi le costume du grand-prêtre (Ex 25, 28, 36, 39). Mais les anneaux d'or semblent encore trop communs, l'amie rajoute, à cette splendeur, des pierres de Tarsis.

Autre richesse luxueuse : l'ivoire. « Son ventre, une plaque d'ivoire couverte de saphir »

A ce stade, je vous invite à lire le deuxième livre des chroniques, au chapitre 9, qui conte la gloire de Salomon : bien des mots s'y retrouvent : or, en quantité colossale, aromates, ivoire, Tarsis. Le Bien-Aimé du Cantique n'est il pas un autre Salomon en sa gloire ? Certes, le Cantique est attribué à Salomon, et l'auteur invite les filles de Sion à venir le contempler en 3/11 ; cependant, des mots sont propres au Cantique : les anneaux, mais aussi le saphir. Cette image est impressionnante lorsqu' on songe au livre de l'Exode, terreau dont se nourrit notre texte. Citons Ex 24/10 : « Moïse, Aaron et les 70 Anciens d'Israël virent le DIEU d'Israël. Sous ses pieds, il y avait comme un pavement de saphir, aussi pur que le ciel même... Ils contemplèrent DIEU, puis mangèrent et burent. » C'est donc à l'un des moments les plus exceptionnels de l'Histoire Sainte que se rattache ce passage du Cantique, à l'instant où Moïse et les Anciens contemplèrent ce DIEU qui concluait l'Alliance avec son peuple.

C'est sans doute en référence à ce texte que le saphir sera une des pierres ornant le pectoral du grand-prêtre (Ex 28/18 et 39/11), que le saphir sera fondation de la Jérusalem eschatologique (Is 54/11), qu'il sera le matériau du trône de DIEU, dans la fantastique vision d’Ézéchiel : « je vis quelque chose qui avait l'aspect d'une pierre de saphir en forme de trône » (Ez1/26).

Le Bien-Aimé est dépeint par les parfums, les parures, les richesses que les auteurs bibliques attribuent au Sanctuaire de DIEU, et même à DIEU lui-même (car parler du trône de DIEU, c'est parler de DIEU). Le Cantique des cantiques nous parle donc bien de l'amour de DIEU avec son peuple, de l'Alliance qu'il désire et conclut avec l'homme. La tendresse divine pour l'homme y est superbement révélée..

Cela n'élimine pas la possibilité, au lecteur, d'y lire l'amour humain entre un homme et une femme, celle-ci regardant son bien-aimé comme étant beau comme DIEU, lui révélant DIEU. Le livre de la Genèse nous affirme que l'homme est créé à l'image de DIEU (Gn1/26,27). Le mariage chrétien invite chacun des époux à donner DIEU à l'autre, à être pour l'autre comme une icône de DIEU, à être canal pour l'autre de l'amour de DIEU... Cette réalité est d'ailleurs vraie en toute relation humaine : l'autre est le lieu où je rencontre DIEU.

La description du Bien-Aimé continue : « ses jambes, des colonnes ». Ce mot est utilisé pour désigner soit la colonne de nuée ou de feu qui accompagnait les Israélites dans leur pérégrination, soit les colonnes du Sanctuaire. Les références sont très nombreuses dans le livre de l'Exode. Dans le Cantique, les colonnes sont en albâtre qui est une roche translucide que l'on peut polir. L'utilisation de ce terme est rare dans la Bible. On le trouve en 1Ch 29/2 où David dit : « De toutes mes forces, j'ai préparé la Maison de mon DIEU : l'or pour ce qui doit être en or, l'argent pour ce qui doit être en argent, le bronze pour ce qui doit être en bronze... des cornalines, des pierreries à enchâsser, des escarboucles et des pierres multicolores, toutes sortes de pierres précieuses et quantité d'albâtre. » L'albâtre est donc lié au Temple.

Détail éloquent pour les chrétiens que nous sommes : on retrouve l'albâtre auprès de JESUS, notre Seigneur : « Une femme s'approcha de lui, avec un flacon d'albâtre contenant un parfum très précieux, et elle le versa sur sa tête. » (Mt26/7) Il est DIEU, il est le Bien-Aimé de DIEU (Mc1/11) et il reçoit d'une femme le parfum précieux du flacon d'albâtre.

Ces jambes-colonnes sont fondées sur des socles d'or pur (v15) alors que celles du Sanctuaire étaient de bronze ou d'argent (Ex 26, 27, 36, 38). On ne peut dépeindre plus somptueusement le Bien-Aimé !

La description est à son sommet, le Bien-Aimé est donc sans rival, comme le plus renommé des pays bibliques, comme le plus bel arbre de ce plus beau pays.

Le récit s'apaise sur ces mots si vrais quand il s'agit de DIEU, de sa Parole, de son Verbe de Vie : « ses discours, la douceur même et tout en lui est désirable ».

 

 

A suivre ...

son sein est douceur, son tout désirable