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6e poème du Cantique des cantiques

Le Cantique des cantiques

Introduction
Prologue
Suite du Prologue
1e poème
2e poème
3e poème
4e poème
A la lumière de Pâques
5e poème
6e poème
Epilogue

Texte du Cantique des cantiques

 

6ème poème : 7/1-8/4

7/1 Reviens, reviens la Sulamite !
Reviens, reviens, que nous te regardions !
Pourquoi regardez-vous la Sulamite,
dansant comme en un double chœur ?
2 Que tes pieds sont beaux dans tes sandales,
fille de prince !
La courbe de tes hanches, comme un collier,
œuvre des mains d'un artiste !
3 Ton nombril, profonde coupe,
que le vin ne manque pas.
Ton ventre, un monceau de blé,
entouré de lis,
4 Tes deux seins, comme deux faons
jumeaux d'une gazelle,
5 Ton cou, une tour d'ivoire,
tes yeux, les bassins de Heshbön,
près de la porte de Bet-Rabim,
ton nez, comme la tour du Liban
sentinelle vers Damas,
6 Ta tête sur toi, comme le Carmel,
Tes cheveux de ta tête, comme la pourpre,
un roi lié dans tes boucles.
7 Que tu es belle, que tu es charmante,
amour, fille de délices !
8 Dans ton élan, tu ressembles au palmier,
tes seins, les grappes.
9 J'ai dit : je monterai au palmier,
je saisirai les régimes.
Qu'ils soient, tes seins, des grappes de raisins,
le parfum de ton souffle, comme les pommes,
10 Ton palais, comme le bon vin ;
il va à mon Bien-Aimé dans la droiture
comme il coule sur les lèvres des dormeurs.
11 Je suis à mon Bien-Aimé
et vers moi son désir.
12 Viens, mon Bien-Aimé, j
allons aux champs.
Nous passerons la nuit dans les villages,
13 nous nous lèverons tôt pour les vignes,
Nous verrons si les ceps bourgeonnent,
si les pampres fleurissent,
si les grenadiers sont en fleur.
Alors, je te donnerai mon amour.
14 Les mandragores donnent leur parfum.
A nos portes sont tous les meilleurs fruits
les nouveaux comme les anciens,
mon Bien-Aimé, je les ai réservés pour toi.

8/1 Que n'es-tu donné comme frère pour moi,
allaité au sein de ma mère ?
Te rencontrant dehors,
je pourrai t'embrasser,
sans qu'il y ait de blâme sur moi.
2 Je te conduirais,
je te ferai entrer dans la maison de ma mère,
tu m'enseignerais,
je te ferais boire un vin parfumé,
une liqueur de grenades.
3 Son bras gauche sous ma tête,
sa droite m'étreint.
4 Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
ne réveillez pas,
n'éveillez pas l'amour
avant qu'elle le veuille.

En ce mois de juin, nous parcourons le sixième poème.

 

Le cinquième poème s'achevait sur un instant de folie douce, marquée par le mouvement. Maintenant, nous restons dans un climat de vie, d'allant : Reviens, reviens, la Sulamite ! Reviens, reviens que nous te regardions. Ce verset est encore plus beau, plus rythmé lorsqu'on lit le texte en hébreu : « Shouvhi, shouvhi, shoulamite, shouvhi, shouvhi.... ». Ces mots sont comme une danse, vive, légère...

Cependant, le terme shouvhi, traduit par : reviens, et qui pourrait aussi signifier : retourne-toi, est le mot que la Bible utilise pour parler de la conversion. On pourrait donc traduire : « convertis-toi, convertis-toi... ». C'est un mot très présent durant le carême, et notre esprit le charge d'une connotation bien pesante : on parle du labeur de la conversion. Revenir à une conduite plus juste, plus évangélique peut nous sembler difficile, lourd ; et vous n'êtes pas le seul, si vous craignez le temps du Carême ! Mais si nous changions de regard, d'ambiance intérieure ? Si la conversion qui nous est demandée, devenait, réellement, un retournement vers notre Bien-Aimé, un pas de danse gorgé d'énergie et de beauté, un volte-face vif et harmonieux, vers celui qui nous aime et nous désire ? Puissions-nous multiplier de tels pas de danse répondant à la multitude des appels de DIEU : « Reviens, reviens... Reviens, reviens ».

Le nom de l'amie, Sulamite, est une forme féminine dérivée du nom Salomon, qui signifie : paix. On pourrait donc traduire le nom de l'amie par : celle qui appartient à Salomon ; ou bien : la pacifiée. Ne sommes nous pas tous, par notre baptême, des personnes qui appartiennent à DIEU ? L'auteur de la lettre aux Romains l'affirme : « Dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur » (Rm14/8) . Ne sommes nous pas des pacifiés, participant à la paix que donne le Christ JESUS ? « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix » nous assure JESUS en Jn14/27.

Après cette introduction, le poème donne la parole au Bien-Aimé qui, comme toujours, ne cesse de dire à l'amie combien elle est belle. Puisqu'elle danse, il regarde déjà ses pieds et la dépeint du bas vers le haut : tes pieds, tes hanches, ton nombril, ton ventre, tes seins, ton cou, tes yeux, ton nez, ta tête, tes cheveux dont tes boucles enchaînent un roi. Le regard s'élève donc, offrant une impression d'allant, de hauteur. Au verset 9, l'amie est d'ailleurs comparée au palmier, arbre très élancé. Il saisira donc les régimes. Mais l'image ne suffit pas : sur cet arbre, pourtant fécond par nature, le Bien-Aimé désire les grappes de raisins, l'odeur des pommes, et le bon vin. Il trouve donc en elle une surabondance de fruits.

Certes, il est bon de ne pas oublier notre indigence, notre petitesse d'être humain, et nos faiblesses. On se souvient d'ailleurs que l'amie avait pris acte de sa noirceur et de sa faute au tout début du Cantique (1/5) : «  Noire, moi, et belle,.. Ma vigne à moi, je ne l'ai pas gardée ». Cependant, il est aussi nécessaire de dépasser ces sentiments négatifs, d'abandonner nos impressions d'être vide, infécond, pauvre, car DIEU ne nous voit pas ainsi : il admire la surabondance de notre fécondité !

Le verset 10 est étonnant : « Ton palais, comme le bon vin ; il va à mon Bien-Aimé dans la droiture ». Sœur Chantal a traduit ce verset en ajoutant un point virgule, permettant de bien entendre la première partie, qui est une parole du Bien-Aimé, et la seconde, qui en est une de l'amie. La Bible de Jérusalem élargit la rupture en préférant un point d’exclamation entre les deux parties de cette phrase. Mais d'autres traducteurs, tel André Chouraqui, ne marquent aucune séparation : « Ton palais, tel un vin, le bon, va à mon amant aux rectitudes ». La parole coule de l'un à l'autre sans aucune coupure, les mots de l'amie découlent de ceux du Bien-Aimé.

Ce verset peut nous aider à prier : prendre ses mots à Lui, le Seigneur, les mots de L’Écriture Sainte, ou même n'en prendre qu'un ; et l'intérioriser, se l'approprier, pour qu'il devienne notre propre prière offerte au DIEU que nous aimons. Vivre cela tout naturellement, un seul courant de vie passant de l'un à l'autre sans heurt, sans obstacle ni rupture. Que l'Esprit nous enseigne !

Cette connivence mutuelle aboutit à un sommet de communion entre les deux amants : « Je suis à mon Bien-Aimé et vers moi se tourne son désir ». Remarquons la progression qui s'est effectuée tout au long du Cantique :

Ces trois versets nous rappellent, bien évidemment, les mots de l'Alliance qui court tout au long de l'Histoire Sainte, et s'exprime justement par cette appartenance mutuelle : « Vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre DIEU » (Ex6/7, Jr30/22). Chrétiens, nous vivons avec DIEU cette appartenance mutuelle, ce don mutuel en JESUS le Christ, qui a voulu renouveler l'Alliance en son corps livré, en son sang versé : « Et JESUS leur dit : Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui va être répandu pour une multitude. » (Mc14/24). L'ardent amour de DIEU s'exprime pleinement en ce don total.

Maintenant, l'amie appelle son Bien-Aimé à venir. Ce verbe est un mot important dans la Bible et l'on songe à cette foule de priants qui ont appelé leur DIEU tout au long des temps : « viens vite, répond moi,Seigneur » (ps 143/7). Toute la Bible s'achève par ce verbe : « L'Esprit et l’Épouse disent : viens ! Que celui qui entend dise : viens !... amen, viens Seigneur JESUS ! » (Ap22/17,20)

Puis, l'amie rêve d'un amour qui pourrait s'exprimer plus simplement, devant tous, sans que cela ait pour conséquence un regard négatif d'autrui. S'il était comme un frère, elle pourrait le faire entrer dans la maison de sa mère, en son lieu d'intimité, lui donner du bonheur...

Chrétiens, nous sommes interloqués par ces mots. Quelle intuition les a fait naître ?

Quelques centaines d'années après la mise en forme de ce cantique, le Bien-Aimé, DIEU, s'est fait notre frère. C'est une des plus belles découvertes de l’Église naissante, un des points centraux de la révélation chrétienne, découlant du mystère de l'Incarnation. Relisons ces mots que JESUS adresse à l'amie : « Va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon DIEU et votre DIEU » (Jn20/17). Le seul évangéliste qui prête ce mot à JESUS est Saint Jean, lui qui est tout pétri de sa lecture du Cantique. (On pourra relire la page d'avril à ce propos). La réflexion théologique portera très vite sur ce point : « Ceux que d'avance le Père a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l'image de son Fils, afin qu'il soit l’aîné d'une multitude de frères » (Rm8/29), « JESUS ne rougit pas de les nommer frères, quand il dit : j'annoncerai ton nom à mes frères », « Il a dû devenir en tout semblable à ses frères » (Hb2/11,12,17). JESUS, le Fils de DIEU, le Bien-Aimé, s'est fait notre frère, notre proche, notre intime, pour que nous puissions l'aimer très simplement.

Mais que penser des versets concluant ces sommets d'intimité ?

8/3,4 : « Son bras gauche sous ma tête, sa droite m'étreint. Je vous en conjure, fille de Jérusalem, ne réveillez pas, n'éveillez pas l'amour avant qu'elle le veuille. »

Ils sont la reprise du premier poème (2/6-7), et nous avions lu, en ces mots, le désir du Bien-Aimé de soutenir l'amie, de l'étreindre, de lui offrir le repos, et l'immense respect qu'il a d'elle, de sa volonté, du temps dont elle a besoin ; l'amour se réveillera quand elle le désirera.

Cependant, nous lisons maintenant le sixième poème, et durant les quatre derniers, nous avons reconnu la croissance du désir de l'amie : son amour se décuplait ! Alors, n'est-elle pas décevante, cette finale sous le sceau du sommeil, reproduisant une étape que l'on croyait dépassée ?

Il est des temps où notre vie spirituelle semble replonger dans une léthargie que nous vivons comme bien peu louable. La déception, la tentation de découragement peuvent alors naître. Nous avions cru que nous étions capables de tout donner, de nous donner par amour. Et d'un seul coup, alors que tout semblait aller bien, nous expérimentons notre faiblesse, notre incapacité à aimer, qui nous semble un 'retour à la case-départ'. Oui, notre amour dort !

Au lieu de soupirer « Rien de nouveau sous le soleil » (Qo1/9) et de nous lamenter sur nos limites, souvenons-nous du désir du Bien-Aimé et de sa sollicitude qui soutient et étreint, et de son infini respect de notre liberté, garant du plus pur amour. S'il est vrai que nous dormons, que la tristesse ne nous abatte pas, mais reposons dans la confiance, sûrs qu'il agira....

Suite et fin de notre parcours le mois prochain.

A suivre ...

Que tu es belle ...