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Épilogue du Cantique des cantiques

Le Cantique des cantiques

Introduction
Prologue
Suite du Prologue
1e poème
2e poème
3e poème
4e poème
A la lumière de Pâques
5e poème
6e poème
Epilogue

Texte du Cantique des cantiques

 

Epilogue

8/5 Qui est celle-ci montant du désert,
appuyée sur son Bien-Aimé ?
Sous le pommier je t'ai réveillée,
là où ta mère te conçut,
là où te conçut celle qui t'a enfantée.
6 Pose-moi comme un sceau sur ton cœur,
comme un sceau sur ton bras
car fort comme la mort l'amour,
violent comme le shéol la jalousie,
ses traits des traits de feu, une flamme de YAHVE.
7 Les grandes eaux ne peuvent éteindre l'amour
ni les fleuves le submerger.
Si quelqu'un donnait toute la richesse de sa maison pour l'amour,
de mépris il serait méprisé.

9 Notre sœur est petite : elle n'a pas encore les seins formés. Que ferons-nous à notre sœur, le jour où il sera question d'elle ? Si elle est un rempart, nous élèverons au faîte un couronnement d'argent ; si elle est une porte, nous dresserons contre elle des ais de cèdre.
10- Je suis un mur, et mes seins en figurent les tours. Aussi ai-je à leurs yeux trouvé la paix.

11 Salomon avait une vigne à Baal-Hamön. Il la confia à des gardiens, et chacun devait lui remettre le prix de son fruit : mille sicles d'argent. 12 Ma vigne à moi, je l'ai sous mes yeux : à toi Salomon les mille sicles et deux cent aux gardiens de son fruit.

13 Toi qui habites les jardins,
les compagnons sont attentifs à ta voix,
Fais-la moi entendre !
14 Fuis, mon Bien-Aimé,
sois semblable pour toi
à une gazelle,
ou au faon des cerfs,
sur les montagnes embaumées !

En ce mois de juillet, parvenus à la fin de nos rencontres, parcourons ensemble l'épilogue.

 

En première lecture, on peut être surpris, voir gêné ou déçu, par cette finale du Cantique des cantiques. Nous percevons, en effet, un manque d'unité : les versets 5, 13 et 14 font suite au dernier poème : l'amie y était endormie. Maintenant, le Bien-Aimé l'éveille (v5), l'invite à parler (v13), ce qu'elle fait (v14). Rien de très original ! Entre ces versets, une ode à l'amour (v6, 7), et deux petites anecdotes (v9 à 12), ici écrites en prose, pour marquer leur singularité.

Ce très schématique résumé se révèle caricatural et cache toute la saveur du texte. D'ailleurs, il ne correspond pas à la réalité de celui-ci. C'eut été trop simple ! Or, ce texte ne l'est pas.

Le premier verset, v 5ab, ne comporte pas de difficulté : l'épilogue du Cantique se présente, avant tout, comme une sortie du désert. La symbolique de ce lieu est riche : le peuple y a vécu 40 ans, il y a été nourri, désaltéré par DIEU lui-même, a été aidé, porté par son DIEU : « Tu l'as vu aussi au désert : YAHVE ton DIEU te soutenait comme un homme soutient son fils, tout au long de la route que vous avez suivie jusqu'ici » (Dt1/31). Certes, le désert fut un lieu d'épreuve : « Comprends donc que YAHVE ton DIEU te corrigeait comme un père corrige son enfant » (Dt 8/5), mais l'épreuve est vécue comme temps initiatique préparant au bonheur, DIEU y agissant par amour : « N'oublie pas YAHVE ton DIEU qui t'a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude : lui qui t'a fait passer à travers ce désert grand et redoutable, pays des serpents brûlants, des scorpions et de la soif ; lui qui, dans un lieu sans eau, a fait, pour toi, jaillir l'eau de la roche la plus dure ; lui qui, dans le désert, t'a donné à manger la manne, inconnue de tes pères, afin de t'humilier et de t'éprouver pour que ton avenir soit heureux ! » (Dt8/14-16). Au désert, l'Alliance de DIEU avec son peuple fut scellée (Dt4/13 et 5/2), condition, promesse et prélude au bonheur plénier de l'homme. L'entrée en Terre-Promise est la réalisation de cette félicité.

Le prophète Osée résumera toute cette aventure humaine et spirituelle, en contant le fol amour de DIEU qui séduit, au désert, son épouse infidèle, pour faire alliance avec elle. On peut relire, à ce propos, le merveilleux passage d'Osée 2/16 à 22.

Cette mention du désert dans le Cantique étonne : l'amie n'est pas présentée comme infidèle. Sa faute et ses conséquences sont à peine évoquées en tout début du premier poème : elle n'avait pas gardé sa vigne et s'était retrouvée servante des vignes de ses frères. Ce temps est passé : l'amie est au désert, mais celui-ci est lumineux et elle y est séduite, recherchée, épousée par son Bien-Aimé. L'amour n'est pas toujours facile : ils se cherchent, ils se désirent ardemment, ils se perdent et se retrouvent, ils s'enlacent et se recherchent à nouveau... Mais l'épreuve est toute emplie d'amour et de tendresse, et les fait croître. Même la fin du dernier poème s'achève sur une parole gorgée d'un amoureux respect du repos de l'autre. L'Alliance est donc scellée, et l'amie passe du désert, à la Terre-Promise offerte par l’Époux divin.

L'amie franchit cette étape, appuyée sur son Bien-Aimé. Auparavant, en 2/6 et 8/3, il la soutenait, « son bras gauche sous ma tête », comme une mère tient la tête de son nourrisson, encore trop petit, pour qu'il ait la force de la porter seul. Maintenant, elle s'appuie sur son Bien-Aimé, accomplissant ainsi un bel acte de foi et d'amour. La racine hébraïque du mot « appuyé » se trouve dans le Cantique en 3/10 : «  Il a fait ses colonnes d'argent » ; colonnes ou piliers ou appuis, selon les traducteurs. Nous avons donc ici une notion de solidité : elle s'appuie totalement sur lui.

L'épilogue se présente aussi comme un réveil de l'un par l'autre. Le lieu de cet éveil est important : « sous le pommier, là où ta mère te conçut, là où te conçut celle qui t'a enfantée ». C'est donc un lieu originel, ce qui explique pourquoi des commentateurs ont vu dans ce pommier, l'arbre de Genèse 2. En tous cas, la mention de la mère, et du lieu d'engendrement donne à penser qu'il s'agit, en ce réveil, d'une profonde renaissance.

Mais qui parle en ce verset 5 ? Est ce lui qui la réveille ou le contraire? Nul ne le sait car les manuscrits divergent. Les traducteurs sont donc condamnés à choisir féminin ou masculin selon ce qui leur apparaît le plus probable.

L'amour fait naître les amants. Cependant, nul ne peut savoir, en ce verset 5, qui éveille l'autre. Choisir entre l'une ou l'autre interprétation me laisse insatisfaite. Il me semble donc préférable de respecter le texte tel qu'il est, peu compréhensible, et d'en profiter pour éveiller plus encore notre curiosité, pour nous ouvrir à davantage d'horizons possibles.

Une prière est maintenant formulée : « pose moi comme un sceau sur ton cœur, sur ton bras ». Le sceau est un objet qui désigne la personne à qui il appartient. Ainsi, on appose le sceau royal sur une lettre pour signifier que telle décision a été prise par le roi lui-même. Or, ici, l'amie veut être l'objet que le roi (ainsi nommé au chapitre 1, v4), son Bien-Aimé, garde contre lui, sur son cœur, sur son bras, et qui symbolise sa personne, à lui ! Elle veut être ce qui l'identifie, lui ! Prière extraordinaire car incroyablement intime, osée ! Vraie prière, car DIEU se laisse nommer par rapport à nous : il est le DIEU de nos Pères, notre DIEU, le DIEU d'Israël, le DIEU de tendresse et de miséricorde, donc forcément orienté vers nous... Même le Nom révélé à Moïse : « Je suis celui qui est » contient, en hébreu, une notion de mouvement, faisant pressentir que DIEU est tourné vers nous. Posée ainsi contre le cœur, le bras du Bien-Aimé Seigneur, identifiée à lui, et lui à elle, l'union est totale et ne peut se rompre. Nous vivons de cette union !

Une ode à l'amour, bel écrit de Sagesse, est ensuite proclamé, qui dit l'impétuosité, la formidable force de l'amour. Celui-ci est inébranlable. Comme un aboutissement, jaillit l'expression ultime : « flamme de YAH ! ». Tous traduisent bien évidemment par YAHVE, mais cette abréviation du Nom divin par l'auteur sacré donne une virulence à l'expression, c'est comme un cri de révélation, l'écrivain est subjugué ! Et de fait, tout le Cantique, toute la force de l'amour chantée en ses poèmes, s'explique par ces mots : l'amour est de YAHVE, toute forme d'amour est de DIEU, c'est pourquoi l'amour est si fort, si impétueux, si fervent, c'est pourquoi l'amour véritable ne peut passer, ne peut être englouti par les épreuves...

A ce propos, notons que le mot : flamme, se trouve, dans la Bible, au livre de l'Exode (3/2), quand le Seigneur « se fit voir à Moïse dans une flamme de feu au milieu du buisson ». Le Cantique trouve sa clef de compréhension dans un des événements les plus merveilleux et les plus fondateurs de toute l'Histoire Sainte. L'amour est feu divin qui brûle nos cœurs sans les consumer, en les respectant infiniment !

Après ce sommet de révélation, nos esprits s'apaisent en deux petites anecdotes :

Aux versets 9 et 10, la jeune fille que l'on veut protéger se révèle femme, et l'épisode s'achève sur la paix, ce qui est en effet un bel aboutissement de nos croissances humaines et spirituelles. Ces deux versets peuvent être un résumé du Cantique des cantiques : celui-ci est une ode à l'épanouissement spirituel de tout un chacun. Nous sommes simplement invités à aimer, et cela aboutit à la paix.

Aux versets 11 et 12, le thème biblique de la vigne réapparaît : jadis, DIEU avait fulminé, par ses prophètes, contre les dirigeants qui ne gardaient pas sa vigne, Israël, et la mettait ainsi en danger. Aujourd'hui, l'amie, qui, en effet, ne l'avait pas gardée en 1/6, l'a devant ses yeux, la garde. Jadis, DIEU avait crié sa déception devant l'infécondité de sa vigne (Is5). Aujourd'hui, comme en Isaïe27, elle porte fruit et l'amie remet à Salomon ce qui lui revient, aux gardiens, ce qui leur revient. La justice et la paix sont donc accomplies. Le drame qui sous-tend toute l'Histoire Sainte est résolu : le don est désormais le mode de relation entre DIEU et les hommes, entre les hommes et DIEU.

En final, le Bien-Aimé prétexte l'envie d'autrui, pour inviter l'amie à parler. Et cette parole est troublante de liberté : «  Fuis, mon Bien-Aimé, sois semblable pour toi à une gazelle, ou au faon des cerfs, sur les montagnes embaumées ! »

L'amour, mené à sa plénitude, n'a plus peur de perdre ; venant de DIEU, il retourne à DIEU dans une gratuité, une chasteté, une générosité totales ; il offre à l'autre un horizon immense, un espace infini où l'autre se sent absolument libre et heureux.

Ainsi s'achèvent nos rencontres, sur cet espace qui s'ouvre... JESUS, le Bien-Aimé du Père et notre Bien-Aimé, appelle cet espace de liberté, d'amour, de vie : LE ROYAUME DE DIEU.



Que tu es belle ...

 

Merci de m'avoir accompagnée, tout au long de ces mois, en cette ballade, au creux du Cantique des cantiques.