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Saint Paul, pratique et réaliste

Les Épîtres de saint Paul aux Corinthiens

Des raisons de s'intéresser à ces Épîtres
Les Épîtres aux Corinthiens situées dans leur contexte
Les divisions dans l’Église de Corinthe
Première approche de la deuxième aux Corinthiens
Saint Paul mystique
Saint Paul pratique et réaliste
Prescriptions concernant la célébration de l’Eucharistie
La chair dans les lettres de Paul
L’hymne à la charité 1Co 13,1-13
La collecte
La résurrection des morts

Saint Paul

Les repas et la question des viandes sacrifiées aux idoles
(cette question occupe les chapitres 8 à 10 de la première aux Corinthiens)

I. Le problème qui se pose

Paul part d’une question des Corinthiens : peuvent-ils manger des viandes sacrifiées aux idoles (ou idolothytes) ?

La communauté de Corinthe, comme toutes les communautés fondées par lui, est formée de convertis issus du paganisme et issus du Judaïsme. Pour les Juifs, l'interdit concernant les viandes provenant des sacrifices faits aux dieux païens est très fort et, même après leur conversion, il n'est certainement pas question de manger de ces viandes.

En revanche, les chrétiens issus du paganisme ont pendant longtemps participé à ces sacrifices et mangé ce genre de viande. Convertis au Dieu de Jésus-Christ, ils sont désormais bien convaincus qu'Il est le seul vrai Dieu et que les dieux multiples qu'ils honoraient auparavant ne sont que néant. Or, dans ce cas, si l'on y réfléchit bien, la viande issue des sacrifices à ces faux dieux n'est plus qu'une viande comme les autres. Et il est facile de s'en procurer à bon marché, alors pourquoi ne pas continuer à manger de cette viande ?

Dans le monde gréco-romain de cette époque, les temples étaient les principaux lieux d’abattage d’animaux de boucherie. Des particuliers offraient des sacrifices aux dieux, ils apportaient leur bête qui était tuée dans les dépendances du sanctuaire. Une partie était brûlée en offrande au dieu, une autre était consommée par les prêtres et le reste était vendu au bénéfice des prêtres. Cette viande pouvait être vendue sur le marché ou bien vendue et consommée sur place dans les salles à manger attenantes. C’était l’occasion de rencontres et de convivialité autour d’un repas partagé en l’honneur du dieu. Cela faisait partie de la vie normale des personnes relativement aisées. Les Corinthiens convertis pouvaient donc être amenés soit à être invités par leurs anciennes connaissances à de tels repas, soit à acheter ces viandes sur le marché par solution de facilité lorsqu’ils souhaitaient se procurer de la viande. Mais est-il permis à un chrétien de consommer ces viandes ?

II. La réponse de Paul

Elle est pleine de nuances et de bon sens.

Souvent, avant de résoudre une question, saint Paul commence par poser un principe. Ici, le principe est : la charité est au-dessus du savoir (1Co 8, 1). Maintenant, il va appliquer son principe à la situation concrète.

Il est vrai que certains – les « forts » – peuvent sans danger pour eux-mêmes manger des viandes immolées aux idoles car ils savent que les idoles ne sont rien. Mais ils mettent en péril d’autres qui sont plus faibles, c’est pourquoi ils doivent s’en abstenir. Le Christ est mort pour nous sauver, nous pouvons bien nous abstenir de viande pour ne pas détruire l’œuvre Christ.

1) L'exemple de Paul

Paul est conscient de demander aux forts un effort. Alors, il va se donner lui-même en exemple, pour convaincre et encourager les forts à faire ce sacrifice. C'est tout l'objet du ch 9.

Pour évangéliser, c’est-à-dire pour que le salut puisse rejoindre tous les hommes, Paul a renoncé à bien des choses : en particulier à avoir une épouse et aussi, à se faire entretenir par les communautés qu’il évangélisait (et il en aurait eu le droit). Tout cela pour ne pas risquer de rendre moins efficace son ministère. Car, ce qui est premier, c’est d’en sauver le plus grand nombre. Paul est tout entier donné à sa mission.

2) La nécessité de l'ascèse

Les versets 24-27 donnent l'exemple des courses du stade. Il y avait à Corinthe un équivalent des jeux olympiques : les jeux isthmiques, tenus tous les deux ans au printemps. L’image devait parler à ses correspondants. Ce que Paul veut signifier, c’est qu’on ne fait rien de grand sans ascèse. Même pour obtenir une gloire éphémère, il faut une ascèse. A fortiori pour obtenir une gloire éternelle en participant à l’œuvre du salut. Le thème de l’ascèse ou du renoncement, comme constitutif de la vie chrétienne, est sous-jacent à tout le passage.

3) L'exemple du Peuple au désert

Paul, au ch 10, semble s’écarter de son sujet ; pourtant, nous verrons qu’il ne l’a pas perdu de vue. Paul veut insister sur les dangers de l’idolâtrie. Il donne l’exemple du peuple d’Israël au désert. Paul fait des épisodes de l’Exode une lecture spirituelle et morale. Au désert, le Peuple disposait de la présence du Christ sous la forme du rocher ; il avait en quelque sorte reçu le baptême par le passage de la mer Rouge, et la manne lui tenait lieu d'Eucharistie ; et pourtant, il est tombé dans l'idolâtrie. Paul veut montrer que, même avec les Sacrements et la présence du Christ, on peut encore chuter si l'on n’y prend pas garde. Et la chute prend finalement toujours la forme d’une idolâtrie.

Fuyons donc tout ce qui peut être source de tentation et provoquer notre chute. Manger des viandes sacrifiées aux idoles peut être source de tentations y compris pour celui qui se croit fort : le risque demeure de retomber dans l'idolâtrie.

4) Est-ce compatible avec la participation au Repas du Seigneur ?

Paul va faire réfléchir les Corinthiens sur le vrai sens du repas en évoquant le Repas par excellence, Celui du Seigneur. Participer à la table du Seigneur exclut de participer à celle des idoles que Paul identifie aux démons (les idoles ne sont rien dans le meilleur des cas, mais elles peuvent aussi être des démons). Il ébauche aussi une théologie de l’Eucharistie, signe efficace de l’unité de l’Église Corps du Christ.

5) Des conseils pleins de sagesse et de nuances

La primauté de la charité est sans cesse affirmée (v. 24). En même temps, Paul nuance maintenant ce que ses consignes précédentes avaient d’intransigeant. Il ne s’agit pas d’absolutiser l’interdit. Il ne s’agit pas de faire une traque aux viandes immolées aux idoles. Si l'on ne nous dit rien de la provenance, ne demandons rien et mangeons en toute sérénité. La viande immolée aux idoles ne contient aucun poison, elle n’a aucun pouvoir en elle-même. L’abstinence se fonde uniquement sur la charité, du fait du risque de faire tomber les faibles.

La conclusion résume tout : tout faire pour la gloire de Dieu et chercher l’intérêt des autres.

II. Actualisation

Aujourd'hui nous ne sommes plus confrontés au problème des viandes sacrifiées aux idoles mais les occasions ne manquent pas, pour le chrétiens, d'avoir à pratiquer un discernement. Il y a d'autres tentations d'idolâtries : les horoscopes et divers genres de superstitions, le consumérisme, l'exaltation de la sexualité... par rapport auxquelles nous pouvons nous sentir plus ou moins forts, plus ou moins détachés. Il est difficile de s'abstraire totalement de ces éléments qui envahissent notre société moderne. Mais nous pouvons nous comporter de manière à ne pas en être captifs et à aider aussi les autres à rester libres.
Saint Paul nous demande de tout faire pour la gloire de Dieu et de chercher l'intérêt des autres.

 

NB : L'internaute qui ne dispose pas d'une Bible peut avoir accès à la traduction liturgique de la Bible à cette adresse : http://aelf.org/bible-liturgie