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Prescriptions concernant la célébration de l’Eucharistie. 1Co 11, 17-34

Les Épîtres de saint Paul aux Corinthiens

Des raisons de s'intéresser à ces Épîtres
Les Épîtres aux Corinthiens situées dans leur contexte
Les divisions dans l’Église de Corinthe
Première approche de la deuxième aux Corinthiens
Saint Paul mystique
Saint Paul pratique et réaliste
Prescriptions concernant la célébration de l’Eucharistie
La chair dans les lettres de Paul
L’hymne à la charité 1Co 13,1-13
La collecte
La résurrection des morts

Saint Paul

I. Contexte historique

Dans les Actes des Apôtres, on l’appelle « fraction du pain », saint Paul dit « repas du Seigneur », aujourd'hui nous disons le plus souvent « Eucharistie » et nous célébrons habituellement ce Sacrement dans une église ou une chapelle. A l'époque de saint Paul les bâtiments « églises » n’existaient pas. On se réunissait dans des maisons particulières, chez des chrétiens dont la maison était assez grande, donc relativement aisés. Les Corinthiens avaient la coutume d’unir le rite à un vrai repas, ce qui conduisait à des difficultés. Saint Paul va d’ailleurs leur demander de séparer du repas alimentaire le rite du « repas du Seigneur » (versets 22 et 34).

En fait, aucune maison particulière, même d’une personne très riche, ne pouvait accueillir toute la communauté chrétienne qui pouvait compter plusieurs centaines de membres, si bien qu'il y avait plusieurs lieux de rencontre ; ce qui peut expliquer, pour une part, le manque d’unité (v.18). Les grandes maisons ne pouvaient pas non plus accueillir, dans les mêmes conditions, tout le monde, quand il y avait plusieurs dizaines de personnes. Les pièces donnaient sur un atrium central, cour partiellement couverte, qui permettait d’accueillir une quarantaine de personnes. A l'intérieur de la maison, il y avait aussi une salle avec des banquettes sur lesquelles on pouvait manger allongé. On imagine aisément les disparités. Les plus aisés quittaient leurs occupations quand ils le souhaitaient et pouvaient arriver tôt, prendre les meilleures places dans la salle à manger. Les serviteurs, les esclaves, arrivaient quand ils avaient terminé leur travail, donc bien plus tard. Ils avaient les plus mauvaises places, et les premiers arrivés avaient déjà fait bombance entre amis et il n’y avait plus rien pour les dernier (v.21).

Paul va donc rappeler le vrai sens du Repas du Seigneur. Ce qui nous vaut le récit le plus ancien de l’Institution de l’Eucharistie.

II. Récit de l’Institution par saint Paul : 1Co 11,23-26

Le v.23 nous indique que saint Paul est témoin d'une pratique liturgique qu’il a reçue (probablement de l’Église d’Antioche). Suit le récit de l'Institution de l'Eucharistie.

On peut comparer son récit à celui des évangélistes (Mt 26, 26-29 . Mc 14, 22-25 . Lc 22, 15-20) en repérant les éléments communs et les différences.

Les différences montrent qu’il y avait des variantes dans les formules liturgiques, dès les premières décennies de la vie de l’Église. Ces variantes ne touchent pas les éléments essentiels qui se retrouvent dans tous les récits : parole sur le pain « ceci est mon corps », parole sur le vin « alliance » « sang ». Paroles simples, sobres et claires, mais d’une portée considérable. On peut être sensible à la sobriété de Paul et des évangélistes pour introduire et exposer un mystère aussi immense.

Spécifique à saint Paul et saint Luc, la consigne : « faites cela en mémoire de moi ».

Les formules liturgiques actuelles font une synthèse de celles qui sont données dans ces quatre textes.

Nous l'avons dit, la version de Paul est la plus ancienne, elle date de l'année 55 environ. Il est émouvant de penser que son récit ne se situe qu'à une vingtaine d'années des événements, alors que la plupart des témoins sont encore en vie.

III. Le Corps du Christ

A partir du v 26, il s’agit probablement d’un commentaire de Paul à l’adresse des Corinthiens, suivi d’une mise en garde. Le v 26 concentre en une formule synthétique tout le mystère pascal : mort, résurrection et retour glorieux (cf. les anamnèses dans nos célébrations). Paul souligne le lien très fort qui unit Eucharistie et Passion/Résurrection.

Il y a peut-être des Corinthiens qui mangent et boivent le pain et le vin consacrés comme une nourriture quelconque, en les profanant d’une certaine manière. Ils ne discernent pas le Corps. A cela, deux interprétations possibles :

IV. Une communauté à éduquer

On voit que Paul a du souci avec les Corinthiens : il y a des problèmes de discipline et des problèmes de doctrine. Le désordre dans l’assemblée est un problème de discipline, de même, le fait d’unir la célébration de l’Eucharistie à un banquet où l’on se repaît, est un problème de discipline. Mais ne pas discerner le Corps est un problème doctrinal (on verra aussi avec la question de la résurrection un autre point doctrinal qui n’était pas bien assimilé par certains).

On se rend compte que la communauté de Corinthe était assez turbulente et a donné du fil à retordre à saint Paul qui n’en éprouve que plus d’affection envers ses convertis.

Le v 30, peut nous choquer, nous sembler dur. Il faut le replacer dans son contexte. Il y a un principe herméneutique général : une parole ne doit jamais être interprétée isolément mais toujours à la lumière de l’ensemble des Écritures, en particulier des autres textes qui traitent de la même question. Paul ne généralise pas : il ne dit pas que lorsqu’on est malade, c’est toujours le résultat de notre péché, ce serait intolérable et en contradiction avec les Écritures.

Le livre de Job est tout entier une réflexion sur la souffrance innocente. Job accablé de maux n’a pourtant commis aucune faute grave. Jésus renchérira au sujet de l’aveugle-né : ni lui, ni ses parents n’ont péché. Jésus sera l’exemple parfait de la souffrance innocente.

Cependant il y a tout de même des cas où nous sommes responsables des maux qui nous surviennent (au moins en partie). Comme Dieu est la source de tout bien, tout ce que nous faisons qui nous éloigne de Dieu ou qui va à l’encontre de ses lois ne peut qu’être source de malheur à court ou long terme. C’est ce cas que saint Paul veut pointer ici. Il veut stimuler les Corinthiens à se ressaisir. Mais il n’affirme en aucun cas qu’être malade est signe qu’on a péché. Il énonce seulement la réciproque : pécher est source de malheur (malheur qui peut se concrétiser en maladie ou en mort).

Paul lui-même souffre dans son corps et le Seigneur ne lui a pas dit que c’était à cause de ses péchés, Il lui a dit : « ma grâce te suffit… » 2Co 12,1-10. Vivre dans la communion avec Dieu, vivre selon son projet, permet d’assumer autrement les maladies, les souffrances, les morts qui nous surviennent, c’est-à-dire de les assumer en communion avec le Seigneur, ce qui leur donne une tout autre signification.

Saint Paul veut faire comprendre que, dans les conditions où ils les pratiquent, les réunions eucharistiques qui devraient leur être source de grâces, font du mal aux Corinthiens.

Paul connaît la fragilité des Corinthiens, c’est pourquoi il leur demande de séparer le rite de l’Eucharistie, du repas alimentaire – et c'est ce qui se pratique depuis lors.

V. Actualisation :

Comment vivons-nous aujourd’hui cette cohérence à laquelle nous appelle la communion eucharistique que saint Paul appelle « Repas du Seigneur ».

Dans les gestes de Jésus que le rite rappelle, il y a le geste du partage. Comment vivons-nous le partage ? Il y a la quête, ce n'est pas rien mais cela ne suffit pas. Nous sommes appelés à d’autres générosités. Jésus est allé jusqu’au don de lui-même « la nuit qu’il fut livré ». Il y a un appel au don de soi qui implique ascèse voire sacrifice, passages obligés pour vivre la charité. Ce que Paul a en vue par-dessus tout, c’est la charité : on s’approche du ch 13. Et c’était déjà le fil conducteur du problème des idolothytes.

 

NB : L'internaute qui ne dispose pas d'une Bible peut avoir accès à la traduction liturgique de la Bible à cette adresse : http://aelf.org/bible-liturgie