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La chair dans les lettres de Paul

Les Épîtres de saint Paul aux Corinthiens

Des raisons de s'intéresser à ces Épîtres
Les Épîtres aux Corinthiens situées dans leur contexte
Les divisions dans l’Église de Corinthe
Première approche de la deuxième aux Corinthiens
Saint Paul mystique
Saint Paul pratique et réaliste
Prescriptions concernant la célébration de l’Eucharistie
La chair dans les lettres de Paul
L’hymne à la charité 1Co 13,1-13
La collecte
La résurrection des morts

Saint Paul

I. Anthropologies grecque et juive.

La philosophie grecque a une conception dualiste de l’être humain. Pour Platon, les âmes sont des parcelles du divin tombées dans des corps ; pour lui, les corps et les âmes sont unies par accident, si l’on peut dire. Il y a un dualisme entre corps (matériel) et âme (spirituelle), dualisme qui est même une opposition. L’âme est prisonnière du corps et c’est un dommage pour elle. Elle doit chercher à se libérer du corps. Ce dualisme se retrouvera dans beaucoup d’hérésies par la suite, comme le manichéisme qui oppose un dieu bon, créateur des réalités spirituelles à un dieu mauvais, créateur de la matière, ou, plus tard, l’hérésie cathare. Toutes ces hérésies dévalorisent la sexualité.

Rien de tel dans la Bible. C’est Dieu qui a tout créé, les êtres spirituels et corporels. Et Dieu vit que cela était bon. Toute la création est bonne. L’anthropologie hébraïque n’est pas dualiste. L’homme est d’abord considéré comme une totalité « corps et âme ». On peut, bien sûr, distinguer en l’homme l’âme et le corps, mais sans les opposer. Et la sexualité est un bien voulu par Dieu.

Si, pour Platon, il y a survivance de l’âme, pour les Pharisiens (et, ensuite pour les chrétiens), il y a résurrection de l’homme dans sa totalité.

II. Anthropologie de saint Paul

1) Introduction

Paul possède deux cultures, hébraïque et grecque. Il est juif de la diaspora né à Tarse en Cilicie (Ac 21,39 ; 22,30). Il connaît donc parfaitement le grec et il a beaucoup fréquenté la traduction grecque de la Bible appelée LXX, qu’il cite dans ses Épîtres. D’autre part, il a étudié à Jérusalem aux pieds de Gamaliel (Ac 22,3). Il connaît aussi parfaitement l’hébreu et il a étudié la Bible directement dans l’hébreu. Il a reçu la formation d’un rabbi. Et c’est la culture hébraïque et ses origines juives qu’il revendique, bien plus que son intégration dans le milieu grec (cf.2Co 11,22 . Ph 3,5-6. Gal 1, 13-14 . Rm11,1 . Ac 26,4-5).

Sa double culture lui sera bien utile pour se faire tout à tous afin d’évangéliser (1 Co 9,19-23).
Cependant, lorsque Paul parle de la chair, il ne se situe pas dans les catégories grecques mais juives.

2) Le mot « chair » dans l’Épître aux Corinthiens

Il a plusieurs acceptions.

3) corps, âme et esprit.

a) chez saint Paul

Dans 1Th 5,23, on voit apparaître chez saint Paul une conception tripartite de l’homme : corps, âme et esprit.

b) dans nos sociétés occidentales actuelles

Beaucoup ne vivent qu’au niveau corporel et psychique. Notre culture occidentale contemporaine favorise cela. La publicité, les médias donnent beaucoup d’importance au corps, à l’apparence physique (survalorisation de la jeunesse, de la beauté physique, de la santé qui devient une préoccupation envahissante et source d’angoisse), font souvent la promotion du plaisir autocentré, de l’hédonisme (qui conduit à de nombreuses addictions). On met aussi en valeur le psychique : culte du savoir, des connaissances techniques et scientifiques (survalorisation des mathématiques dans l’éducation), de l’esthétique et du divertissement ; et aussi, tendance à « psychologiser » depuis les découvertes de Freud et les avancées des sciences psychologiques – lesquelles s’intéressent essentiellement aux deux niveaux corps et âme.

On oublie qu’il y a une troisième dimension qui, seule, peut donner sens à la vie. C’est le lieu en nous de la présence de Dieu : l’esprit, le lieu où travaille l’Esprit Saint (Rm 8,16)

Comme nous l’avons souligné, l’éducation actuelle ainsi que l’environnement poussent à se cantonner aux seuls niveaux corporels et psychiques. Si bien que lorsqu’il y a un « accident » à l’un de ces niveaux, on se trouve désarmé.

Remarque : les niveaux corps, âme et esprit sont distincts mais ne sont pas cloisonnés. Ce qui survient au plan corporel (ex. une maladie grave) retentit au plan psychique (jusqu’à la dépression parfois). Inversement, des difficultés psychologiques peuvent se traduire par des maux corporels (on somatise).
Un gros accroc au plan physique ou psychique peut orienter vers le spirituel, mais ce n’est pas automatique. En fait, c’est probablement la seule issue pour échapp er au désespoir. Malheureusement, la dimension spirituelle de l’homme est presque totalement occultée dans l’éducation et la culture dominante contemporaine si bien que les personnes dans l'épreuve trouvent difficilement l'issue. Combien de suicides seraient évités, si ces personnes avaient été éduquées à cultiver leur vie spirituelle et à évaluer leur existence et tout événement, à partir du plan spirituel.

4) Homme charnel et homme spirituel dans les Épîtres aux Corinthiens

Pour saint Paul, l’homme psychique (du grec psychè : âme) est celui qui en reste aux niveaux « corps-âme » (et non pas simplement « corps »), par exemple le jaloux, le vantard, celui qui louvoie, qui biaise, qui cherche à dominer les autres, à s’approprier les meilleures parts ou les meilleures places…

Paul l’oppose à l’homme spirituel qui cherche à faire la volonté de Dieu, qui s’efforce de voir toute chose comme Dieu la voit (1Co 2,14-15).

Le vocabulaire de saint Paul est varié pour désigner les mêmes réalités. Par exemple, en 3,1-4, Paul emploie « homme charnel » ou encore « humain » au sens péjoratif du terme, pour désigner celui qui n’a pas accédé à sa dimension spirituelle qui va le diviniser.

Au chapitre 15 de la première aux Corinthiens, Paul parle de la résurrection des morts. Il oppose le corps psychique (notre corps actuel), au corps spirituel (corps ressuscité qui a été divinisé pour devenir semblable au corps du Christ Ressuscité –l’Église l’appelle aussi « corps glorieux »). Ce qui le conduit à parler d’homme terrestre et d’homme céleste (v. 47-49).

Voyons encore dans la deuxième aux Corinthiens, le passage 2Co 4, 16-18. Il y est question de l’homme intérieur et de l’homme extérieur. Comment accepter de vieillir lorsqu’on ne vit qu’aux niveaux corporel et psychique ? En vieillissant le corps s’affaiblit et les facultés psychiques s’émoussent (on perd la mémoire, on a du mal à s’adapter aux nouveautés…) L’homme extérieur tombe en ruine. Tandis que la vie spirituelle n’est pas entravée par l’âge, au contraire. C’est donc le moment de développer cette vie spirituelle, sinon, c’est l'impasse. C’est le moment de renouveler l’homme intérieur.

Toujours dans la deuxième aux Corinthiens , en 2Co 5,17 il est fait allusion à la « créature nouvelle » et à « l'être ancien » : celui qui est uni au Christ, qui est dans le Christ, est une créature nouvelle. On peut rapprocher ce thème de Jn 3 où Jésus dit à Nicodème qu’il doit naître de nouveau, et naître d’en-haut, c’est-à-dire de l’Esprit (Jn 3,6).

Ce thème « homme ancien / homme nouveau » sera repris dans des Épîtres postérieures (Col 3, 9-10 . Ep 4,22-24 ; on trouve une description du vieil homme en Col 3,5-8).

A chacun donc de choisir d'en rester à l’homme charnel, c’est-à-dire l’homme psychique, l'homme terrestre, le vieil homme, l’homme extérieur ; ou au contraire, de faire naître en lui l’homme spirituel, l'homme céleste, l’homme nouveau, l’homme intérieur, celui qui est appelé à la divinisation.

L'homme spirituel est celui qui a découvert la voie de l'agapè (mot grec qu'on peut traduire par amour ou charité). Au chapitre 13 de la première aux Corinthiens, se trouve cette si belle hymne à l'agapè sur laquelle nous allons nous pencher dans la prochaine séquence. Le lecteur est invité à jeter déjà un premier regard sur cette hymne dont les références sont 1Co 13, 1-13. On peut chercher à y distinguer trois parties et à caractériser brièvement chacune des parties.

 

NB : L'internaute qui ne dispose pas d'une Bible peut avoir accès à la traduction liturgique de la Bible à cette adresse : http://aelf.org/bible-liturgie