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L’hymne à la charité 1Co 13,1-13

Les Épîtres de saint Paul aux Corinthiens

Des raisons de s'intéresser à ces Épîtres
Les Épîtres aux Corinthiens situées dans leur contexte
Les divisions dans l’Église de Corinthe
Première approche de la deuxième aux Corinthiens
Saint Paul mystique
Saint Paul pratique et réaliste
Prescriptions concernant la célébration de l’Eucharistie
La chair dans les lettres de Paul
L’hymne à la charité 1Co 13,1-13
La collecte
La résurrection des morts

Saint Paul

C’est le texte le plus célèbre de saint Paul, il est même édité dans le monde profane (par exemple sur cartes postales). Il est apprécié comme texte d’Écriture lors des célébrations de mariage et tout autant pour des funérailles. C’est un texte « populaire », au bon sens du terme. De ce fait, il peut nous paraître tellement connu qu’il n’aurait plus rien à nous dire. Ce serait ignorer que la parole de Dieu est trop riche pour qu’on en épuise jamais le sens, et que l’Esprit qui est toujours à l’œuvre peut encore nous parler à travers un texte que nous pensons connaître par cœur.

Il est situé juste après la réponse de Paul aux Corinthiens concernant les charismes. Paul valorise les charismes comme dons de l’Esprit pour le bien de tous, tout en les relativisant. Il établit une hiérarchie où le don des langues, qui paraît le plus spectaculaire, est présenté comme le moins profitable : ceux que Dieu a établi dans l'Église sont, premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs (ou les enseignants) ; ensuite ceux qui font des miracles, ceux qui font des guérisons, ceux qui servent, ceux qui gouvernent et ceux qui parlent en langues. (12,28)
Puis il les exhorte à rechercher les dons les meilleurs, et c'est ainsi qu'il leur montre cette voie la plus excellente : l'amour (ou charité, en grec « agapè »).

1) Caractéristiques rhétoriques

La première caractéristique qui s’impose à l’évidence, est que le texte est bâti autour du mot « agapè » rendu par « amour » ou par « charité » selon les traductions. Le mot apparaît 7 ou 8 fois et est encore une douzaine d’autres fois sous-entendu comme sujet de verbes.

On peut distinguer trois parties, ou trois strophes, chaque partie ayant ses caractéristiques stylistiques propres : 1-3 ; 4-7 ; 8-13.

2) Première strophe 1-3

Chaque phrase est construite sur le schéma : si je… mais n’ai pas l’amour… rien.

Paul énumère les charismes du verset 12,28 dans l'ordre inverse, c'est-à-dire en partant du moins profitable : le parler en langue, pour aboutir à une forme d'abnégation (au moins extérieure) qui caractérisait probablement les apôtres – Paul sait de quoi il parle. Eh bien, tout cela n'a aucune valeur sans l'amour. Il y a un crescendo dans les dons mis en œuvre, c’est-à-dire dans la première partie de la phrase et pourtant, à chaque fois, on n’aboutit à rien quand il manque l’amour.

Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Certainement, on peut agir de manière extérieurement irréprochable et même de façon apparemment très vertueuse, mais si c’est seulement du « paraître », si la vérité de notre être n’est pas engagée, alors c’est totalement stérile.

Faisons le lien avec ce qu’on a vu dans la séquence précédente concernant l’homme psychique et l’homme spirituel. On peut accomplir de belles actions en homme psychique qui reste au niveau de son « ego ». Pour que nos actions aient dimension d’éternité, il est nécessaire de se situer au niveau de l’homme spirituel qui agit poussé par l’Esprit donc conformément à la charité, avec un réel oubli de soi.

On peut trouver dans les Évangiles des exemples d’actions apparemment vertueuses et dont pourtant Jésus nous fait comprendre la vanité.

« Ce n’est pas en disant ‘Seigneur, Seigneur’, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les Cieux » Mt 7,21

« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses ; pourtant il en faut peu, une seule même. C’est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. » Lc 10,41-42

Dans la parabole du bon Samaritain, le prêtre et le lévite, scrupuleux observateurs de la loi, passent rapidement auprès du blessé et oublient ainsi la charité. Lc 10,30-36

A partir de ces quelques exemples, nous pouvons faire notre propre examen de conscience et débusquer les situations où nous avons privilégié les actions extérieures et formelles au détriment de la vraie compassion ou de la véritable ouverture à la volonté de Dieu. Car l’amour est inséparablement amour de Dieu et du prochain.

On a remarqué le crescendo : parler en langues, avoir le don de prophétie, toute la science, une foi à déplacer les montagnes. Il s’agit des charismes. Paul ne dévalorise pas les charismes mais il ne les met pas non plus au pinacle. Ils sont désirables mais la charité est encore plus désirable. C’est en méditant les chapitres 12 et 13 de cette Épître que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a trouvé sa vocation. Elle désirait tous les charismes, elle voulait être apôtre, docteur, prophète, martyre… pour faire connaître Jésus-Christ. La charité lui a donné la clé de sa vocation : « je compris que l’amour renfermait toutes les vocations »

Le crescendo de l’énumération se termine par des actions héroïques : distribuer tous ses biens, livrer son corps aux flammes… le martyre, donc. Quoi de plus grand ? Eh bien, ce qui compte, ce n’est pas l’action extérieure, c’est la motivation. On le voit dans le cas des terroristes qui acceptent de donner leur vie pour apporter la mort à d’autres. Ceux qui ont pris le contrôle des avions qui se sont écrasés contre les tours du World Trade Center ont livré leur corps aux flammes, cependant, leur sacrifice non seulement n’a pas de valeur mais est un mal. Ils n’étaient pas motivés par la charité mais par la haine.

Paul nous a donc mis en appétit de la charité en nous montrant qu’elle est indispensable à toute fécondité. Il nous a indiqué aussi qu’elle n’est pas toujours où l’on croit, en particulier, qu’elle n’est pas forcément dans les actes extérieurs les plus extraordinaires. Il va nous dire maintenant ce qu’elle est, comment la reconnaître.

3) Deuxième strophe 13,4-7

Dans cette strophe, la charité est le sujet de tous les verbes, et ils sont nombreux. On retrouve le procédé rhétorique de l’énumération que saint Paul affectionne, car il lui permet d’insister, de mettre en valeur. D’ailleurs, cette strophe est la strophe centrale. Placer au centre : encore une manière de mettre en valeur.

La strophe culmine dans le dernier verset où le mot « tout » est répété quatre fois. Les propositions sont courtes et percutantes. Certaines sont sous forme affirmative, d’autres, sous forme négative : une manière de cerner le sujet. Ce que la charité fait et ce qu’elle ne fait pas (sur le texte grec, il n'y a pas de verbe être, ce sont tous des verbes d'action ex : « la charité ne jalouse pas » et non « n'est pas jalouse »).

La charité est agissante, elle se concrétise en comportements spécifiques. Nous avons de nouveau une grille pour un examen de conscience. Où en sommes nous dans notre patience, notre bienveillance… nous arrive-t-il d’être envieux, de nous réjouir de l’injustice…et

Il y a matière à méditer longuement sur chacune de ces courtes sentences. Par exemple, la bienveillance. C’est promouvoir dans les autres ce qu’ils ont de meilleur, quitte à jeter un voile sur leurs défauts, les encourager dans ce qu’ils font de bien plutôt que de souligner les imperfections. En fait, c’est faire vivre l’autre.

Et encore : la charité excuse tout. Refuser de prêter aux autres de mauvaises intentions. Ou si les mauvaises intentions sont trop manifestes, leur trouver des excuses, des circonstances atténuantes... Comme le Seigneur Jésus : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font » Lc 23,34.

Telle est l’attitude de Dieu avec nous. L’amour-agapè n’est pas un amour quelconque, il n’est certainement pas un amour superficiel, il est plus que l’amitié, il est l’amour de Dieu pour nous. L’amour-agapè est une vertu théologale, « théologale » parce qu’elle est un don de Dieu qui nous relie directement à Dieu. Nous sommes appelés à pratiquer cet amour-là à l’égard de tout homme.

Les deux autres vertus théologales sont la foi et l’espérance. Mais la charité les contient toutes les deux puisqu’elle croit tout (foi) et espère tout (espérance). Paul reviendra sur les rapports entre foi, espérance et charité dans la dernière strophe.

4) Troisième strophe 13,8-12

Les deux premières strophes concernaient l'agir présent, celle-ci concerne les réalités futures : ce qu'on appelle l'eschatologie ( du grec eschaton : la fin)

Elle est introduite par une courte proposition dans le style de celles de la strophe précédente mais écrite au futur. Nous sommes projetés vers les réalités dernières, vers l'achèvement (v10 to teleion), l'heure du face à face éternel (v12)

En fait, la strophe balaie le passé (v11), le présent (v12) et le futur. Elle indique un mouvement, une croissance qui va vers un achèvement où la charité dominera tout, où il sera manifeste que seule compte la charité. Au fond, tout passe, même les charismes que les Corinthiens recherchaient exagérément (prophéties, science, langues...), seule demeure pour l'éternité la charité.

Ici l'agapè dont il s'agit est l'amour à l'égard d'autrui, mais l'amour pour autrui est inséparable de l'amour pour Dieu. Il y a de nombreux textes du Nouveau Testament qui lient ces deux amours.
On peut faire l'exercice d'en chercher quelques uns.

Nous verrons aussi dans la prochaine séquence une des manières de rendre concrète la charité.

NB : cette séquence emprunte beaucoup aux réflexions de Mère Élisabeth de Solms, Dom Claude Jean-Nesmy et Mère Cécile Miville-Dechêne dans BIBLE CHRETIENNE III* Commentaires, pages 463 à 473.

 

NB : L'internaute qui ne dispose pas d'une Bible peut avoir accès à la traduction liturgique de la Bible à cette adresse : http://aelf.org/bible-liturgie