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La collecte

Les Épîtres de saint Paul aux Corinthiens

Des raisons de s'intéresser à ces Épîtres
Les Épîtres aux Corinthiens situées dans leur contexte
Les divisions dans l’Église de Corinthe
Première approche de la deuxième aux Corinthiens
Saint Paul mystique
Saint Paul pratique et réaliste
Prescriptions concernant la célébration de l’Eucharistie
La chair dans les lettres de Paul
L’hymne à la charité 1Co 13,1-13
La collecte
La résurrection des morts

Saint Paul

Retour sur la séquence précédente.

Voici quelques exemples de textes du Nouveau Testament qui lient entre eux amour de Dieu et amour du prochain.

La réponse de Jésus au scribe qui lui demande quel est le plus grand commandement dans la loi, en Mt 22, 37 (cf Dt 6,5 Lv 19,18) « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit...un second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

De même en saint Matthieu : « Quand tu vas présenter ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande. » Mt 5, 23-24

Textes de la première Épître de saint Jean

« Si quelqu'un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin, et qu'il se ferme à toute compassion, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » 1Jn 3,17.

« Si quelqu'un dit : 'j'aime Dieu', et qu'il haïsse son frère, c'est un menteur. En effet, celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne peut pas aimer Dieu qu'il ne voit pas. Voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu'il aime aussi son frère. » 1Jn 4, 20-21

I. Le contexte de la collecte

Saint Paul pourrait s'être converti aux environs de 35. Son premier voyage missionnaire a eu lieu vers 46 pour évangéliser les régions d'Antioche et du sud de l'Asie mineure. Au cours de ce premier voyage, une tendance s'est déjà dessinée : le message de Paul a plutôt suscité de l'hostilité parmi les Juifs et a été accueilli par les païens. Des problèmes se sont alors posés : fallait-il ou non contraindre les païens à judaïser pour les agréger au christianisme ? C'est le débat de l'assemblée de Jérusalem en 49, raconté en Ac 15. Paul est de ceux qui souhaitaient qu'on ne mette aucun obstacle à la conversion des païens. A l'issue de cette assemblée, il a été décidé de ne pas imposer la circoncision aux païens mais seulement quelques recommandations assez légères concernant la nourriture. Paul a continué ses voyages missionnaires au cours desquels se sont convertis essentiellement des païens.

Vers 50-52, c'est le deuxième voyage missionnaire avec l'évangélisation de la Galatie puis le passage en Europe : Macédoine, Athènes, évangélisation de Corinthe où Paul séjourne 18 mois puis rentre à Antioche.
Vers 54, au cours du 3ème voyage, Paul se rend à Éphèse où il reste 3 ans, c'est là qu'il écrit Ga, Ph, Phm, 1Co. L’Épître aux Galates est une épître très polémique qu'il écrit après avoir appris que les Galates se sont laissé influencer par des judaïsants qui les ont convaincus que la circoncision était indispensable s'ils voulaient être sauvés. Cette thèse est à l'opposé des convictions de Paul dont la position sur la question est particulièrement nette. Les "colonnes de l’Église" : Pierre, Jacques frère du Seigneur et Jean ont la même position que celle de Paul mais peut-être pas la même radicalité. Le fait est que des gens de l'entourage de Jacques ont semé le trouble sur cette question (Ga 2, 12). Le deuxième chapitre de l’Épître aux Galates se fait l'écho de frictions entre Paul et Pierre sur la question des observances juives en milieu paganochrétien.

L'Église-Mère de Jérusalem est formée de Juifs convertis qui ont généralement gardé leurs coutumes. Ceux-ci ne désirent probablement pas être assimilés aux chrétiens issus du paganisme qui ne sont pas circoncis et ne pratiquent pas les règles de pureté concernant la nourriture. Ils s'inquiètent vraisemblablement d'une possible perte de leur identité. Si on peut être chrétien sans être circoncis, qu'en est-il de leur devoir de circoncire leurs enfants ? Et s'ils ne le font pas, ils vont perdre leur identité juive et la religion chrétienne devient clairement une nouvelle religion. On perçoit qu'il y a beaucoup d'enjeux et que tout le monde n'en est pas à adhérer aux positions radicales de Paul.

Il y a là une source de tension sinon de rupture entre l’Église de Jérusalem et les Églises de la gentilité. Paul en est conscient.

La collecte a pour but de subvenir aux besoins des chrétiens de Jérusalem qui sont dans la gêne. Elle peut avoir pour effet collatéral de dissiper ces éventuelles tensions. C'est pourquoi Paul tient beaucoup à cette collecte et s'y investit fortement. Rien ne favorise autant l'unité que le partage des biens.

D'autre part, l’Église de Jérusalem est l’Église-Mère, c'est à partir d'elle que s'est faite l'évangélisation. Les Églises de la gentilité ont reçu d'elle des biens spirituels, il est normal qu'en retour elles partagent les biens matériels (Rm 15,27).

Paul a donc pris très au sérieux l'invitation qui lui a été faite de songer aux pauvres de Jérusalem (Ga 2,10). Cette invitation au partage lancée aux Corinthiens est en continuité avec son enseignement sur la charité. La question de la collecte est abordée en 1Co 16,1-4 et en 2Co 8-9 (il en est question aussi en Rm 15,25-28).

II. 1Co 16,1-4

Les saints : habituellement, c'est le nom que les chrétiens se donnent entre eux, (voir Ac 9, 13) cela signifie « consacrés » : ils sont consacrés à Dieu par le baptême, et, pour ce qui est de leur vie morale, ils sont appelés à la sainteté, en chemin vers la sainteté.

Au verset 2, nous lisons : « le premier jour de la semaine » il s'agit du dimanche, puisque le sabbat, le samedi est le septième jour. C'est le jour de la résurrection du Seigneur (Mt 28,1), les chrétiens avaient pris l'habitude de se réunir ce jour-là pour rompre le pain (Ac 20, 7), c'est-à-dire pour célébrer l'Eucharistie. C'est ce jour-là qui est choisi pour mettre de côté une petite épargne. On peut penser à l'usage des quêtes à la messe du dimanche.

C'est une affaire très importante, des hommes seront choisis par la communauté pour porter les dons à Jérusalem. Une façon pour Paul d'agir dans la transparence (voir aussi 2Co 8,20-21) Paul ne tient pas du tout à transporter lui-même cet argent. Pour plusieurs raisons. Il veut impliquer le plus possible les chrétiens issus du paganisme dans cette affaire pour faire le lien entre les Églises. De plus il veut se laver de tout soupçon d'intention de détourner une partie de l'argent à son profit.

III. 2Co 8-9

1) Chapitre 8

Paul donne en exemple les Églises de Macédoine (dont fait partie Philippe voir Ph 4,10-18) dont la générosité est exemplaire (Paul n'a jamais demandé pour lui de secours aux Corinthiens : 2Co 11, 8-9 mais il en a reçu des Philippiens)

Donner, pratiquer la générosité, c'est une grâce, c'est une source de joie. C'est une grâce car c'est l'expression de l'amour, de l'agapè dont Paul a fait l'éloge. L'agapè est ce qui lui tient le plus à cœur, ce qu'il place au-dessus de tout. Voici une occasion de rendre concret cet amour du prochain.

Nous voyons que Paul est en train d'encourager par tous les moyens les Corinthiens à donner car il semble qu'ils aient encore montré peu de zèle dans ce domaine. Ce sont pourtant eux qui ont eu l'idée de cette collecte (v 10). Les propos de Paul nous font sentir que leurs bonnes intentions sont lentes à se réaliser. Il leur envoie Tite pour les aider.

Par comparaison, les Philippiens ont montré du zèle et une grande générosité alors qu'ils sont probablement plus pauvres que les Corinthiens (v 2). Corinthe, nous l'avons vu, est une plaque tournante, favorable au commerce et à toutes sortes d'échanges. Le christianisme se recrutait plutôt en milieu modeste, mais on peut penser que, dans l'ensemble, les Corinthiens étaient plus aisés que les Philippiens. Les Philippiens se sont donnés eux-mêmes (v.5), on pense à l'obole de la veuve louée par Jésus-Christ (Lc 21,1-4)

Après les avoir stimulés par l'exemple des autres, Paul en appelle à l'exemple de Jésus. Ce qui nous vaut une de ces belles formules dont Paul a le secret : v. 9

Paul n'est pas extrémiste, il leur demande quelque chose de mesuré, à leur portée. Les Philippiens ont donné au-delà de leurs moyens, mais eux ne sont appelés à donner que ce qu'ils ont en trop (v. 13). Paul fait encore valoir le zèle de Tite. Autour d'eux, il n'y a que zèle et empressement leur fait-il comprendre. Il s'agit pour eux, qui semblent un peu traîner les pieds, de se laisser entraîner par ce mouvement.

2). Chapitre 9

Dans ce chapitre 9, Paul insinue la même ambiguïté dans l'attitude des Corinthiens. Apparemment ils sont prêts (v.2), cependant, il craint que si des Macédoniens viennent avec lui, ils ne les trouvent pas prêts (v.4).

Nouvelle formule bien frappée : « Dieu aime qui donne avec joie ». Paul rappelle aussi la Providence divine ainsi que la justice rétributive de Dieu qui ne laisse pas un bienfait sans récompense.

Le verset 13 exprime qu'un des buts de la collecte pour Paul est de montrer le sérieux de son œuvre d'évangélisation, puisqu'elle produit des fruits tangibles : ici, le partage des biens avec des inconnus pour le seul motif qu'ils sont frères dans le Christ. Ce partage va aussi créer des liens spirituels. (v. 14)

Le partage avec d'autres Églises est pour le baptisé un moyen concret de signifier son appartenance à l’Église universelle. Car il n'y a qu'une seule Église de Jésus-Christ, qui est à Corinthe, à Philippe, à Thessalonique... Le partage crée la communion entre les Églises particulières.

3). Actualisation

Nous sommes bien sûr, toujours appelés à manifester notre communion avec tous les chrétiens du monde entier, à marquer notre solidarité par le partage des biens matériels. Les moyens de communication actuels nous tiennent informés des souffrances que certains endurent, spécialement dans les Églises d'Orient.

L’Église a aussi organisé des temps forts comme la semaine missionnaire mondiale en octobre de chaque année, qui est une occasion de rendre concrète notre appartenance à l’Église universelle et notre participation à son œuvre d'évangélisation (Œuvres Pontificales Missionnaires - OPM).

Il y a aussi beaucoup d'organismes chrétiens qui recueillent des dons en faveur de ceux qui souffrent (Aide à l’Église en Détresse - AED, Œuvre d'Orient deux organismes qui soutiennent des Églises chrétiennes ; mais aussi pour le partage avec les plus démunis : Ordre de Malte, CCFD, Secours Catholique, Caritas Internationalis, ATD Quart Monde, et bien d'autres... ) Les possibilités ne manquent pas pour répondre encore aujourd'hui à l'appel de Paul.

 

NB : L'internaute qui ne dispose pas d'une Bible peut avoir accès à la traduction liturgique de la Bible à cette adresse : http://aelf.org/bible-liturgie