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La résurrection des morts

Les Épîtres de saint Paul aux Corinthiens

Des raisons de s'intéresser à ces Épîtres
Les Épîtres aux Corinthiens situées dans leur contexte
Les divisions dans l’Église de Corinthe
Première approche de la deuxième aux Corinthiens
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Saint Paul pratique et réaliste
Prescriptions concernant la célébration de l’Eucharistie
La chair dans les lettres de Paul
L’hymne à la charité 1Co 13,1-13
La collecte
La résurrection des morts

Saint Paul

I. Introduction

Les questions des Corinthiens font surgir un problème doctrinal. Il semble qu'il y en ait parmi eux qui ne sont pas convaincus que les morts puissent ressusciter. En revanche, ils ne paraissent pas mettre en doute la résurrection du Christ. La controverse porte sur la résurrection des morts.

Il est vrai qu'on a pensé au tout début – saint Paul lui-même l'a pensé – que le retour du Christ (Parousie) et la résurrection finale étaient imminents (cf. 1Th 4,13-18). Paul a toutefois toujours reconnu qu'il en ignorait la date (1Th 5,1 cf. Mt 24,36). Mais les années passent, le Christ n'est toujours pas de retour. Ils sont nombreux maintenant les baptisés qui sont morts et leurs corps se sont décomposés dans la terre. Avec quel corps vont-ils ressusciter ? Seront-ils désavantagés par rapport à ceux qui seront encore en vie à la Parousie ? Tout cela soulève des questions auxquelles il faut donner une réponse.

Le problème est évoqué dans les deux épîtres aux Corinthiens : 1Co 15 et 2 Co 4,7-15,10.

II. 1 Co 15 : un exposé doctrinal

1) Le credo de Paul

Avant d'aborder la question posée par les Corinthiens, Paul réaffirme les fondements de la foi. Il expose un « credo », 1Co 15,3-4.

Le contenu du credo que nous livre Paul est très simple : Christ est mort et ressuscité pour nous sauver de nos péchés. On remarque la répétition de « selon les Écritures » qui produit un effet d'insistance. Les prédications relatées par les Actes des Apôtres témoignent aussi de ce souci de montrer que Jésus a entièrement accompli les Écritures (Ac 13,14-41 . 17,2-3 . 18,28 . 28,23). C'est une thèse chère à saint Paul : le christianisme est l'accomplissement du judaïsme.

Les versets 5-8 insistent sur la réalité de la Résurrection en détaillant les apparitions (ces précisions montrent d'ailleurs que tout n'est pas raconté dans les Évangiles).

Paul émaille volontiers ses épîtres d'éléments autobiographiques, c'est ce qui les rend si vivantes. Et c'est souvent l'occasion de donner un enseignement de grande portée : ici, au sujet de la grâce de Dieu qui est toujours première, qui précède et accompagne les actions des hommes qui, sans elle sont stériles (verset 10). Les pécheurs convertis sont certainement plus que d'autres sensibles à cette primauté de la grâce (cf. saint Augustin)

Après avoir rappelé le cœur de la foi chrétienne sur lequel tous sont censés être d'accord, Paul va pouvoir aborder le problème posé par certains Corinthiens. Est-il bien certain que les morts ressuscitent ? En fait, c'est la question inverse que Paul va poser :

2) Est-il pensable que les morts puissent ne pas ressusciter ?

Aux verset 13 à 20, Paul va faire une démonstration par l'absurde. Il va donc supposer que les morts ne ressuscitent pas pour voir quelles en seraient les conséquences. « Si les morts ne ressuscitent pas, alors le Christ non plus n'est pas ressuscité. » On peut comprendre le raisonnement sous-jacent de deux façons.

Première interprétation : si aucun mort ne ressuscite, alors le Christ non plus. Mais on peut alors objecter que le Christ pourrait être une exception du fait de sa condition divine.

Deuxième interprétation, plus intéressante : à quoi bon pour le Christ de prendre chair pour mourir et ressusciter, s'il ne ressuscite que pour lui seul ? De cela il n'avait aucun besoin ; s'il l'a fait, c'est qu'il y a bénéfice pour nous. Quel autre bénéfice pourrait-il y avoir pour nous sinon de nous avoir ouvert le chemin de notre propre résurrection.

Reprenons le raisonnement de Paul qui est en train de tirer toutes les conséquences de la non résurrection des morts. Alors tout est vanité et mensonge : lui-même Paul est en cause, il fait partie des faux-témoins. Il ne reste rien du message de l’Évangile. La conclusion qui s'impose est particulièrement percutante : nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes ! Nous aboutissons à la ruine de tout le message chrétien, tout l'édifice s'effondre. C'est l'impasse. Paul ménage son effet. Mais il ne va pas laisser longtemps les Corinthiens dans cet accablement. Car il y a une issue : le Christ est ressuscité et les morts ressuscitent (verset 20).

La victoire du Christ sur les puissances du mal est complète. Elle sera manifeste à la fin des temps, absolument plus rien ne pourra nuire à ceux qui sont au Christ. Tout appartiendra au Christ et, à travers lui, au Père. Notre communion avec Dieu sera totale, telle que nous ne pouvons actuellement l'imaginer. L'enseignement de Paul vient de culminer dans cette affirmation « Dieu sera tout en tous » ( v. 28).

3) Autres arguments

Paul ajoute deux arguments supplémentaires dont le premier s'appuie sur une pratique sacramentelle. On ne sait pas bien en quoi consiste cette pratique du baptême reçu en faveur des morts qui a été très tôt abandonnée, mais elle est à rapprocher des traditionnelles prières pour les morts (cf 2Mc12, 43-45). A quoi bon prier pour les morts, s'ils sont définitivement perdus ?

Autre argument : le témoignage existentiel de Paul lui-même. Pourquoi accepte-il si paisiblement de risquer sa vie à toute heure ? C'est un signe probant de sa foi en la résurrection. S'il n'y a que cette vie qui compte, ceux qui préconisent de jouir au maximum de la vie présente ont raison : « mangeons et buvons car demain nous mourrons ! » (cf. Sg 2,1-8 . Is 22,12-14) C'est l'attitude logique de ceux qui pensent que la mort est une plongée dans le néant. Mais c'est une attitude qui fait tomber très bas. Alors Paul réveille tout d'un coup ses lecteurs, il les secoue pour qu'ils n'aient pas de tel comportement.

Il y a des voies qui sont à écarter définitivement et radicalement d'une vie qui se veut chrétienne.

4) Le mode de la résurrection

Le problème qui se pose aux Corinthiens n'est pas celui de la foi en la résurrection du Christ. C'est le problème de la résurrection de la chair de tout un chacun. Car le Christ est ressuscité avant que son corps ait connu la corruption, la continuité entre son corps terrestre et son corps ressuscité est facile à établir. Mais il n'en va pas de même de ceux qui sont morts ces dernières années. Leur corps s'est décomposé, alors, avec quel corps vont-ils ressusciter ? C'est à cette question que Paul va répondre (versets 35 à 58). Il prend la comparaison de la graine semée en terre qui commence par mourir avant de germer.

L'image du grain de blé est assez pertinente car la plante qui en résulte constitue une surprise en comparaison du grain qui l'a produite. Paul ne se hasarde donc pas à décrire le corps ressuscité, au contraire, il suggère que le résultat dépasse notre imagination (il ne s'agit certainement pas d'un simple retour à une vie semblable à celle que nous connaissons actuellement). Il suggère également que si Dieu est assez puissant pour transformer une misérable graine en une belle plante, il l'est assez aussi pour nous rendre un corps de gloire alors que notre corps terrestre est décomposé.

Les versets 39-40 expriment que la diversité du créé, la splendeur des astres du ciel sont aussi une indication de la puissance créatrice de Dieu et nous persuadent qu'Il n'est pas à court pour nous recréer un corps qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Cette diversité manifeste aussi qu'il n'y a pas uniformité et confusion. La résurrection n'est pas une fusion, une dissolution de notre personnalité dans le « Grand Tout » ; nous garderons notre identité, nous aurons un corps glorifié personnel qui nous sera propre et nous permettra de nous reconnaître les uns les autres.

La qualité du corps spirituel est incommensurable avec celle du corps terrestre. Paul utilise de nouveau le procédé de l'énumération avec antithèses pour le faire saisir (versets 42-44).

Aux versets 45-49, il est question du corps psychique et du corps spirituel. Lorsque nous avons traité de l'anthropologie selon saint Paul, nous avions rencontré ce passage. Notre corps spirituel se prépare dès ici bas, en ne vivant pas uniquement selon la dimension psychique de notre être, en accédant déjà à notre dimension spirituelle, en nous conformant à Jésus-Christ « l'Adam céleste », en marchant dans la voie du don de soi, de l'oubli de soi, de l'amour véritable.

Précisons que corps spirituel ne veut certainement pas dire corps fantomatique. Le corps ressuscité de Jésus nous donne une idée de ce qu'est le corps spirituel : un corps qui permet d’être reconnu, un corps qui n'est pas assujetti aux contraintes terrestres (Jésus entre toutes portes closes : Jn 20,19) qui n'a plus de besoins physiologiques (manger, boire, dormir... même si Jésus par amitié partage encore des repas avec ses Apôtres), c'est surtout un corps qui permet la relation.

La religion chrétienne ne professe pas une simple survivance de l'âme qui est insuffisante pour dire l'importance de la relation, relation que permet le corps ressuscité. On retrouve ici la spécificité de l'anthropologie hébraïque par rapport à l'anthropologie grecque qui accentue la dualité corps-âme en dévalorisant le corps. Pour les Hébreux, il y a unité de la personne, le corps n'est pas dévalorisé, il est appelé à être glorifié.

III. 2 Co 4,7- 5,10

Le lecteur est invité à travailler le passage de la deuxième aux Corinthiens qui s'étend du verset 7 du chapitre 4 au verset 10 du chapitre 5, à partir des questions ci-dessous.

Repérer et noter la liste les couples de contraires en 4,7-12. Sur quel couple se conclut-elle avec insistance? A quel événement fondamental cela renvoie-t-il ?

On remarquera qu'en 2Co 4,7-5,10, Paul est moins doctrinal qu'en 1Co 15. Il s'appuie davantage sur son vécu, son expérience d'une existence faite de passages de la mort à la vie ; mais le fond de son enseignement est très semblable. Il y témoigne de sa foi indéfectible en la résurrection corporelle, fondée sur sa foi en la Résurrection de Jésus.

Nous voici au terme de notre itinéraire. Nous avons revisité les éléments-clés de notre vie chrétienne en compagnie de ce grand évangélisateur que fut saint Paul. Qu'il nous obtienne l'Esprit en abondance afin que nous soyons à notre tour témoins de notre foi dans le monde d'aujourd'hui.

 

NB : L'internaute qui ne dispose pas d'une Bible peut avoir accès à la traduction liturgique de la Bible à cette adresse : http://aelf.org/bible-liturgie