Retour Accueil
Retour page précédente

CAIN ET ABEL

La fraternité dans la Bible

Caïn et Abel
Jacob et Esaü
Léa et Rachel
Joseph et ses frères
Fraternité dans l'Ancien-Testament
Marthe et Marie
Le fils prodigue
Frères en Christ
Frères dans l'Eglise

A suivre...

Cain et AbelLa "fraternité" dans la Bible commence mal ! Mais cet échec a justement quelque chose à nous dire. Qu'il apparaisse dès le début de l'histoire humaine significatif : les relations fraternelles n'iront jamais de soi, mais Dieu y est à l'oeuvre.


Avant les frères, les parents.
La relation fraternelle se greffe sur une relation parental, d'emblée problématique. Ève "enfanta Caïn , et elle dit : "J'ai acquis un homme avec AdonaÏ" Triple problème : elle acquiert (jeu de mots hébreu avec le nom de Caïn), elle possède son fils ; elle désigne celui-ci non comme un bébé mais comme un homme ; elle évoque le don de Dieu, ce qui n'est pas mauvais, mais du coup, elle évacue Adam, le prive de sa paternité. Ce pauvre Caïn débute mal dans la vie, sans un père pour couper un cordon ombilical maintenu serré ! "Puis elle continua à enfanter son frère Abel.". De lui, elle ne dit rien : d'ailleurs son nom signifie "buée...brouillard...", quelque chose d'inconsistant, bien incapable de briser la relation fusionnelle entre Ève et Caïn.

Le sacrifice
Il existe des milliers de commentaires, dans le christianisme comme dans le judaïsme, pour justifier l'attitude de Dieu qui "considéra Abel et son offrande, tandis que Caïn et son offrande, il ne considéra pas." Dieu ne peut être injuste, il doit y avoir une faute cachée chez Caïn, un vice de forme dans l'offrande. Ou bien le Seigneur veut-il réparer l'injustice en se préoccupant du méprisé, du "brouillard" ? Mais on peut comprendre aussi autre chose. Qui dit à Caïn que Dieu ne "considère pas " son offrande ? A quoi l'a-t-il vu ? Rien n'est dit, comme si en fait, tout se passait à l'intérieur de Caïn, dans son regard jaloux. Rien objectivement ne peut justifier cette jalousie : c'est lui le "chouchou" de sa mère ! Ne serait-ce pas une façon de suggérer que tout enfant est en relation de rivalité envers ses frères et sœurs, et qu'il va falloir faire avec.

Dialogue avec Dieu
Dieu se préoccupe de Caïn, ce n'est pas avec Abel qu'il dialogue. Il lui propose un une décision à prendre : dominer l'animalité qui est en lui, "tapie" à l'entrée de son cœur. Le texte est ici difficile à comprendre, mais il semble qu'il y ait derrière un référence au serpent du chap.3, qui a insufflé en Ève la "convoitise", le désir de ce qu'elle n'a pas. Dieu offre le dialogue, la parole comme antidote à cette animalité, mais Caïn s'y refuse. Il ne parle pas non plus à son frère, dans le texte original. il passe aux actes, et à la violence.
Après le fratricide, Dieu n'abandonne pas Caïn. Celui-ci parle pour la première fois, pour nier, et même refuser toute responsabilité envers son frère. Illusion, car Dieu, lui, est le "gardien" d'Abel, et il pousse Caïn à sortir de lui-même et à "écouter" le sang de son frère. Dieu ne maudit pas Caïn, mais constate qu'il est "maudit", marqué par la mort, du fait de la mort donnée. Le "signe" qu'il met sur lui a pour rôle de le protéger d'éventuelles vengeances (de qui ? on ne voit pas bien, mais l'important est que ce premier meurtre ouvre la porte à d'autres, et que Dieu veut la vie). Caïn sera "errant et fugitif" : celui qui a éliminé l'autre, son frère, pour occuper toute la place, ne peut se trouver lui-même ; il a refusé sa place dans la fratrie, il n'a plus de place nulle part.

Que tirer de ce rapide survol pour nous-mêmes ?
Quelle que soit la situation familiale, le texte dénonce un chemin de mort, celui qui consiste à laisser dominer en soi l'envie, la jalousie, l'esprit de concurrence, profondément ancré en chacun, mais "maitrisable". Ce que Dieu veut nous faire comprendre, c'est que c'est la relation à l'autre - et d'abord au premier "autre" semblable et différent, qu'est le frère ou la sœur -, qui permet à l'être humain de dépasser le rêve de la toute -puissance, et devenir ce qu'il est, en acceptant que l'autre soit "autre", et en cherchant la complémentarité.