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Jacob et Esaü

La fraternité dans la Bible

Caïn et Abel
Jacob et Esaü
Léa et Rachel
Joseph et ses frères
Fraternité dans l'Ancien-Testament
Marthe et Marie
Le fils prodigue
Frères en Christ
Frères dans l'Eglise

A suivre...

Jacob et EsaüL'histoire des relations entre Jacob et Esaü structure un vaste ensemble de 8 chapitres (26 à 33) du livre de la Genèse - même si ceux-ci comportent aussi d'autres thèmes et d'autres personnages. Nous ne pouvons tout voir et nous nous concentrerons sur quelques scènes.

Le problème de la fraternité (puisque problème il y a depuis Caïn) se redouble dans ce cas par le problème de la gémellité. Celle-ci induit plutôt en général un danger de relation fusionelle, mais ici ces jumeaux terribles "se heurtent" (le verbe connote une idée de bagarre) dès le ventre maternel. Et Rébecca reçoit un oracle qui pèse sur la suite des événements : "l'aîné servira le cadet". Malgré cela, nous verrons que finalement la fraternité pourra s'installer entre les deux hommes.
Pourtant deux épisodes (célèbres) compromettent leurs relations :
- Jacob rachète à Esaü, pour un bol de lentilles, son "droit d'aînesse" (en hébreu : "bekorah")
- Surtout Jacob, par ruse et tromperie, usurpe la bénédiction (en hébreu : "berakhah") que le vieil Isaac aveugle, voulait et croyait, donner à Esaü.

Jacob est obligé de s'enfuir devant la colère de son frère. Celui-ci, contrairement à Caïn, ne s'est pas jeté sur son frère pour le tuer. Il exprime son désir de fratricide, certes, mais il introduit un délai : "Proche est le temps où l'on fera le deuil de mon père. Alors je tuerai mon frère Jacob". Délai de la parole, délai du respect et peut-être de l'affection pour son père, Esaü est resté dans le monde de l'humanité et n'a pas basculé dans "l'animalité", comme Caïn - et c'est ce délai, cette distance qui permettront le retournement final. En tout état de cause, Esaü va rester près de son père, et il est toujours "l'aîné", comme le dit sa mère en 27,42. C'est Jacob qui devient un émigrant. Il l'a bien mérité !

Nous allons passer rapidement sur le séjour de Jacob chez son oncle Laban. Celui-ci lui rend en quelque sorte la monnaie de sa pièce, en substituant Léa, sa fille aînée, à Rachel, la cadette, qu'aime Jacob, lors de la nuit de noces. Peut-être met-il ainsi Jacob sur la voie sinon du repentir, du moins de la réflexion ? Jacob s'installe, a dix fils et une fille de ses quatre épouses, et s'enrichit. Pus il s'enfuit, avec sa famille et ses biens, de chez son beau-père.

Il doit donc affronter son frère, et il a peur. Aussi prépare-t-il soigneusement la rencontre, avec des cadeaux (en hébreu ici le mot "minchah"), et un dispositif savant, selon ses priorités affectives : d'abord les servantes et leurs fils, puis Léa et ses enfants, puis Rachel et Joseph. Mais auparavant, il reste seul pour passer le gué du Yabbok : c'est le "combat de Jacob". Avec qui ? Avec lui-même ? "Quelqu'un" dit le texte, ou "un homme" - mais Jacob va l'interpréter comme une lutte avec Dieu. Quoi qu'il en soit, retenons pour notre thème de la fraternité, que l'épisode marque un vrai "passage", un changement intérieur (et physique).

Le lendemain,Jacob va passer en tête de sa famille pour courageusement rencontrer son frère. Or celui-ci a lui aussi évolué. D'abord, il est également riche, il arrive avec "quatre cents hommes". Visiblement, il a pardonné à Jacob, qu'il appelle "mon frère", alors que ce dernier lui donne du "Monseigneur". Il se jette à son cou. Il refuse d'abord les cadeaux de Jacob, puis il accepte son "présent", ici le narrateur emploie le mot "berakhah" (autre sens possible du mot traduit par "bénédiction"). On peut comprendre donc qu'il accepte le "remboursement de la dette" de Jacob envers lui : le "droit d'aînesse (bekhorah) et le rapt de la bénédiction. La fraternité s'est reconstruite. Mais fort sagement, conscients sans doute de leurs différences, respectant leur altérité, les deux frères vivront séparés, l'un en Canaan, l'autre en Edom.

On pourrait dire pour conclure que Dieu avait enclenché le processus de rivalité, mais la bénédiction donnée au cadet (sans mérite de sa part, au contraire !) est le signe d'un élection particulière, qui n'empêche nullement la sollicitude pour Esaü beaucoup plus sympathique, encore qu'un peu lourdaud, et qui a réussi à dépasser la jalousie.