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Frères dans l'Eglise

La fraternité dans la Bible

Caïn et Abel
Jacob et Esaü
Léa et Rachel
Joseph et ses frères
Fraternité dans l'Ancien-Testament
Marthe et Marie
Le fils prodigue
Frères en Christ
Frères dans l'Eglise

A suivre...

Les premiers chrétiens

A vrai dire, pour cet épisode conclusif, nous trichons un peu : il n'y sera qu'indirectement question de la Bible, et nous regardons en fait la fraternité dans les premiers siècles chrétiens et chez les Pères de l’Église. Pour cela deux « patronages » : d'abord les livres du Père Michel DUJARIER sur l'Église-Fraternité, au Cerf ; et surtout l'article « Fraternité » dans le Dictionnaire de Spiritualité (Beauchesne, 31 vol. ,1937-1995), ainsi qu'un petit livre, Frères dans le Christ (Cerf, 2006) – les deux parus sous la signature de... Joseph RATZINGER, bien avant qu'il soit Benoît XVI (ce livre étant une traduction ). Nous tenterons un petit résumé de ces trois études.

Rappelons d'abord que les Pères de l’Église, les premiers écrivains chrétiens, écrivaient soit en grec soit en latin. « Fraternitas », en latin, signifie comme en français, deux choses : l'amour du frère, et la communauté des frères (le groupe). Alors qu'en grec, nous avons deux mots différents : « philadelphia » (le sentiment) et « adelphotes » (la communauté). Ce qui va nous intéresser, c'est surtout la seconde acception, ; la première est plus courante et dure encore, alors que la seconde n'est quasi plus employée au V° siècle, au point que saint Jean Chrysostome et saint Augustin vont faire campagne pour la remettre en honneur.

 

La notion de « fraternité » au II°et III° siècles :

Pour saint Irénée, martyr vers l'an 200, évêque de Lyon, mais né en Orient et écrivant en grec, « adelphotes » est quasi équivalent à « Église », et surtout « Église locale ». Par exemple, il évoque des miracles de résurrection des morts, dont les hérétiques sont incapables alors que c'est arrivé « plus d'une fois dans la fraternité  ... l’église locale tout entière l'avait demandé » (Contre les Hérésies V, 7,2).

Saint Cyprien, le grand évêque de Carthage, lui aussi mort martyr, vers 258, emploie 59 fois le mot dans l'ensemble de ses écrits. Il faut dire qu'il est particulièrement préoccupé par l'unité de l’Église, sur laquelle il écrit un Traité. Lui écrit en latin, mais il est facile de comprendre quand « fraternitas » signifie « communauté des chrétiens », désignant soit l’Église locale soit même l’Église universelle : « Mais comment peut-on s'entendre avec un autre si on ne s'entend pas avec le Corps de l’Église même et avec la fraternité universelle ? » (De unitate, 12,18). On ne peut citer tout le monde, mais mentionnons Tertullien (mort après 220), Africain et 1er écrivain chrétien en latin, ou Clément de Rome qui écrivait (en grec) aux Corinthiens : « Vous étiez en combat jour et nuit en faveur de toute la fraternité »

Avec Grégoire de Nysse, l'un des trois grands Cappadociens, nous changeons de siècle. S'il voit toute l'économie du salut dans la parole de Jésus Ressuscité à Marie de Magdala (« Va trouver mes frères... »), il fait de la « fraternité » liée au baptême, l'objet d'une réflexion plus théologique, moins axée sur les rapports concrets dans la communauté.

 

Rétrécissement de la notion de fraternité

Dès le IV° siècle, le titre de « frères » est réservé par les évêques à leurs collègues dans l'épiscopat. Mais bien sûr, il est reporté sur les communautés monastiques, considérées par là-même comme les vrais représentants de la vie ecclésiale. Aussi Jean Chrysostome tonne en faveur de la solidarité fraternelle dans toute l’Église. Saint Augustin plaide même pour une fraternité universelle, encore embryonnaire et que les chrétiens ont à répandre : « Nous sommes tous parents au point de vue de la naissance, mais nous sommes frères d'une autre manière, et par l'espérance de l'héritage céleste... Nous avons donc des frères cachés dans ces hommes qui ne sont point encore enfants de l’Église... » (Discours sur le Psaume 25). Mais peu à peu, la notion s'endort... les inégalités se creusent dans les communautés chrétiennes, comme dans la société .

Le grand retour : Vatican II

Les documents conciliaires consacrent le retour de la notion de fraternité fondamentale entre baptisés (il ne s'agit pas de la hiérarchie des ministères,qui n'est pas en cause ici). Citons seulement deux textes. D'abord Lumen Gentium n°28 : les prêtres « rassemblent la famille de Dieu, fraternité qui n'a qu'une âme... » Puis Gaudium et Spes n°32 : « Dans sa prédication, [Jésus] a clairement affirmé que des fils de Dieu ont l'obligation de se comporter entre eux comme des frères...Premier-né parmi beaucoup de frères, après sa mort et sa résurrection, par le don de son Esprit, il a institué, entre tous ceux qui l'accueillent par la foi et la charité, une nouvelle communion fraternelle : elle se réalise en son propre corps qui est l’Église. »

Mais cette fraternité ecclésiale doit déboucher, comme chez saint Augustin, sur la fraternité universelle : « Cette solidarité devra toujours croître, jusqu'au jour où elle trouvera son couronnement : ce jour-là, les hommes, sauvés par la grâce, famille bien-aimée de Dieu et du Christ, leur frère, rendront à Dieu une gloire parfaite. » (Gaudium et Spes 32,5). On comprend que cette fraternité n'est pas l'unité de l'espèce humaine en tant que telle, mais une tâche à accomplir, une mission confiée aux chrétiens. Le futur Benoît XVI ajoute un développement passionnant sur la notion « d'élection », en particulier chez les « frères ennemis » bibliques que nous avons vus tout au long de l'année, où l'  « élu » ne l'est qu'en fonction de l'autre. Il développe : « ...autant il importe pour l’Église de parvenir à l'unité d'une fraternité unique, autant il est nécessaire qu'elle reste consciente de n'être que l'un des deux fils, un frère près d'un autre frère, et que sa tâche ne consiste pas à condamner le frère dans l'erreur, mais à le sauver. » (Joseph Ratzinger, Frères dans le Christ).

 

C'est sur cette ouverture et cet envoi au monde que nous conclurons cette étude et cette année fraternelle. Puisse-t-elle nous aider à vivre Diakonia 2013 !