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« Frères en Christ, frères du Christ »

La fraternité dans la Bible

Caïn et Abel
Jacob et Esaü
Léa et Rachel
Joseph et ses frères
Fraternité dans l'Ancien-Testament
Marthe et Marie
Le fils prodigue
Frères en Christ
Frères dans l'Eglise

A suivre...

Les premiers chrétiensNous avons vu que les membres du peuple d'Israël se percevaient comme « frères », et ceux qui se convertissent au Christ continuent naturellement à le faire. Par exemple, Paul à Antioche : « Frères, vous les enfants d'Abraham... » (Ac 13,26). Les premiers disciples du Christ sont issus du judaïsme, il est donc normal de trouver dès le début des Actes : « Pierre se leva au milieu des frères... » c'est-à-dire de la communauté des disciples de Jésus. Mais dès le chapitre 15, l'expression « les frères les renvoyèrent... » désigne les disciples d'Antioche, c'est-à-dire des pagano-chrétiens.

Les Actes étant un livre relativement tardif, allons voir le plus ancien écrit du Nouveau Testament, à savoir la 1ère Lettre aux Thessaloniciens (aux alentours de l'an 50). Dès les premiers mots, nous trouvons : « ...frères aimés de Dieu... » (1,4) et tout au long de son message, Paul donne à ses nouveaux coreligionnaires, issus du paganisme, le nom de « frères ».
La 1ère Épître de Pierre va plus loin. En 2,17, la traduction Bible de Jérusalem dit « aimez vos frères », mais le texte grec dit :  « aimez la fraternité », « adelphotes », sur adelphos, « frère », c'est-à-dire non pas le sentiment fraternel, ni la vertu morale, mais la communauté des frères. C'est encore plus clair en 5,9 : « c'est le même genre de souffrances que la communauté des frères (littéralement : la fraternité), répandue dans le monde, supporte... » L'auteur désigne ainsi la totalité des communautés ecclésiales, réunies moralement en une « fraternité » qui subit les mêmes persécutions. Il existe un autre mot, employé dans la littérature grecque pour dire « l'amour fraternel » : « philadelphia », mais on ne connaît aucun emploi pré-chrétien d' « adelphotes » (ni d'ailleurs dans le reste du Nouveau Testament, mais il sera beaucoup repris ensuite dans les premiers siècles, nous en reparlerons).

 

Les racines de la fraternité chrétienne

a) la parole de Jésus :

Dans les Évangiles, Jésus considère explicitement ses disciples comme des « frères » entre eux, cf le Sermon sur la Montagne, dans la lignée des textes législatifs de l'Ancien Testament que nous avons vus. Prenons comme simples exemples Mt 5,22-26 : « Quiconque se fâche contre son frère... », ou Mt 7,1-5, « la paille et la poutre » Mais on peut surtout citer Mt 23,8 : « Vous n'avez qu'un seul Maître et vous êtes tous des frères... ». Les Chrétiens sont frères parce que disciples d'un unique Rabbi. Même quand est évoquée une future « hiérarchie », ou du moins la mission particulière confiée à Pierre, Jésus maintient le lien d'abord fraternel : « Toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères... » (Luc 22,32)

b) Frères de Jésus

La Fraternité des chrétiens s'enracine dans le lien fraternel que Jésus instaure avec eux, ou pour mieux dire, avec tous les hommes, en particulier les plus petits : « dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de mes frères le plus petit, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25,31-46) : cette fraternité avec Jésus va même jusqu'à identification aux plus petits. Nous pouvons voir aussi Rm 8,14-30, en particulier 8,29 : « Car ceux que d'avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à être l'image de son Fils pour qu'il soit l'aîné d'une multitude de frères. » Il ne s'agit pas, bien sûr, d'une prédestination au ciel ou à l'enfer ! Nous sommes « prédestinés » au salut par la conformité au Christ, la fraternité avec lui.

Nous ne pouvons multiplier les exemples, arrêtons-nous sur le passage sans doute le plus explicite, Hébreux 2,5-18. « Voulant conduire à la gloire une multitude de fils... » C'est le dessein de Dieu qu'il accomplit, en unissant les hommes à son Fils unique dont il a fait « le chef et guide de leur salut », et qu'il a rendu « parfait par ses souffrances ». Cela n'est pas facile à comprendre, et il faut se référer à Heb 5,7-10, pour saisir que Jésus rejoint les hommes jusqu'au fond de leur condition, y compris la détresse et la mort, pour transformer celles-ci en moyen de guérison. Comment ? Par le lien fraternel entre lui est eux  : « Car le sanctificateur et les sanctifiés ont tous même origine. C'est pourquoi il ne rougit pas de les appeler « frères »... ». Les versets 13-18 développent cette solidarité de Jésus avec les hommes, ils ont en commun « la chair et le sang », il a dû devenir « en tout semblable à ses frères ». Par sa Croix, il a partagé notre mort, mais il l'a traversée, dépassée, par sa Résurrection, qui nous donne la Vie. Ce qui explique aussi sans doute que, dans les Evangiles, Jésus n'appelle ses disciples ses « frères » qu'après Pâques, cf. Mt 28,10 : « Allez annoncer à mes frères... », et,plus explicite encore, Jean 20,17 : « Va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père... »

 

Comment vivre en frères

Nous n'allons pas dresser ici un programme de vie fraternelle chrétienne, vous le connaissez et il « suffit » de lire saint Paul et les Évangiles (et de les mettre en pratique!). Nous relèverons seulement quelques points :

D'abord l'égalité. Cela paraît évident, mais ne l'était pas dans la société antique, fortement hiérarchisée, où naissait le christianisme,. Or, le baptême nous rend tous fils du Père, profondément égaux, au-delà de toute différence sociale, ethnique, sexuelle. La fracture esclave/homme libre était pourtant fondamentale, mais saint Paul s'y attaque en douceur, sans chercher la révolution. Ainsi dans la Lettre à Philémon, auquel il renvoie son esclave en fuite, qu'il a baptisé, il demande qu'il soit reçu « non pas comme un esclave, mais bien mieux qu'un esclave, comme un frère très cher... ». Il écrit aussi dans la 1ère à Timothée, en parlant des esclaves envers leurs maîtres : « qu'ils n'aillent pas les mépriser sous prétexte que ce sont des frères... ». Nous sommes choqués, c'est un autre monde que le nôtre, mais le nôtre, la société occidentale, avec son égalité foncière entre tous les humains est né, lentement, et dans la douleur, de cette affirmation : « ce sont des frères ».

Ensuite le pardon, bien sûr. Mais nous n'allons pas développer. Regardons quelque chose de plus original, voire paradoxal : la « correction fraternelle ». Nous vous renvoyons ici à la Lettre de Carême 2012 du Pape Benoît XVI, lequel s'appuie, entre autres, sur Mt 18,15-17. Il ne s'agit pas d'aller faire des reproches avec suffisance et orgueil, mais de ne pas se taire devant un péché objectif, dans une vraie « sollicitude pour le bien du frère », comme une marque d'amour (cf. Lévitique qui lie : « Tu n'auras pas dans ton cœur de haine contre ton frère. Tu dois réprimander ton compatriote...Tu aimeras ton prochain comme toi-même ») Il s'agit surtout de témoigner simplement des valeurs découlant de notre foi, même si elles s'opposent aux valeurs dominantes.

Enfin, une dernière remarque (mais nous avons conscience d'avoir à peine effleuré le sujet!). Deux passages du Nouveau Testament introduisent une différence entre la « charité » et « l'amour fraternel » : «...joindre ...à la piété l'amour fraternel, à l'amour fraternel la charité... » (2 Pierre 1,7) et « Que votre charité soit sans feinte...que l'amour fraternel vous lie d'affection... » (Rom 12,10) La « charité », c'est l' « agapè », la vertu théologale, qui est Dieu lui-même en fait, que nous devons avoir les uns pour les autres, qu'il vient mettre en nous par l'Esprit, et qui est donc plus profonde que le niveau affectif. Pour « amour fraternel », nous retrouvons « philadelphia », comme pour désigner une application plus concrète dans le service du prochain et une dimension plus affective. D'ailleurs Paul emploie pour l'illustrer le mot « affection », « philostorgos », qui veut dire « plein de tendresse ». Peut-être n'est-ce pas possible d'avoir de la tendresse pour tous nos frères, mais nous pouvons quand même essayer de toujours leur garder notre cœur ouvert.