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Abraham et la foi


Abraham se met en route

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Abraham
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Abraham apparaît en Genèse 11, 27-31 avec sa caractéristique principale, qui va largement conditionner la suite du récit : "Saraï était stérile et n'avait pas d'enfant." Puis tout de suite après, c'est le chapitre 12 et l'appel de Dieu. La Lettre aux Hébreux commente ainsi : "Par la foi, Abraham obéit à l'appel de partir vers un pays qu'il devait recevoir en héritage et il partit sans savoir où il allait." (Heb 11,8). Effectivement, Gn 12,1, traduit littéralement, dit : "Va vers toi, (ou "pour toi") hors de ton pays, de ta parenté et de la maison de ton père pour le pays que je te ferai voir". La "foi" d'Abraham se révèle dans son obéissance immédiate, au v.4 :

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"Abraham partit comme le Seigneur le lui avait dit..."
La foi d'Abraham n'est pas un "credo", l'adhésion à une croyance, quelque chose de conceptuel. Elle est "acte", obéissance et donc confiance (même étymologie que "foi", cf. "donner sa foi", "se fiancer..."). Et comme le dit l’Épître aux Hébreux, "il part sans avoir où il allait" , il se met en route vers l'inconnu, vers un pays qui ne se dévoilera vraiment qu'à la fin du voyage. Dieu ne lui a pas donné de précision géographique, mais une indication "théologique", en quelque sorte : "...le pays que JE ferai voir à TOI..." , le pays du "Je" et du "Tu", le pays du dialogue et de l'alliance.


écapitulons :
- la foi d'Abraham est d'abord obéissance.
- elle est certes arrachement à tout ce qui rattache l'homme à ses racines, surtout dans ce type de civilisation, la terre, la lignée, la maison paternelle, la sécurité donc ; mais la foi devient alors possibilité de rencontrer Dieu là où il veut se faire "voir".


Jusqu'à présent, nous avons déduit la "foi" d'Abraham de sa conduite, mais en 15,6, il est dit clairement : "Abraham crut dans le Seigneur qui le lui compta comme justice."Le verbe traduit ici par "croire" , "aman" (même racine qu'"amen" = c'est sûr, c'est vrai, c'est ferme ), veut dire d'abord : "être solide", d'où "être fidèle", donc "croire" (fermement). Il a donné le nom "émounah", utilisé en général pour dire : "foi". A quoi croit Abraham dans ce chapitre 15 ? A la promesse de Dieu, donc à la descendance qu'il doit avoir : "Lève les yeux au ciel, et compte les étoiles si tu peux les compter...Telle sera ta postérité..." Abraham est vieux, Sara est stérile, et l'âge n'a rien arrangé ! Il l' a rappelé au Seigneur au début de ce chapitre, mais maintenant, devant cette promesse inouïe, et ce spectacle extraordinaire, il ne dit plus rien, il a "foi dans la Seigneur..." De même au chap.17. Malgré ses 99 ans, (et un léger doute au v.17), Abraham croit toujours à cette promesse de descendance, et il obéit : Dieu demande la circoncision des "mâles" de sa maison, et "Abraham circoncit la chair de leur prépuce, ce jour même, comme Dieu lui avait dit."
Cela ne veut pas dire qu'il soit parfait : il est capable de mentir, d'être égoïste et de manipuler, pour sauver sa précieuse petite vie, comme on le voit en 12,10-20 et 20,1-18. Il dévoile ainsi des "trous" dans sa confiance en Dieu, Comme nous tous, il doit grandir dans la foi.


A quel Dieu croit-il ? Les textes ne font pas de théologie dogmatique, mais racontent des histoires à partir desquelles nous pouvons trouver du sens. Ainsi le récit de l'intersession d'Abraham pour Sodome au chap.18 : "Vas-tu vraiment supprimer le juste avec le pécheur ?... Loin de toi de faire cette chose-là...Est-ce que le juge de toute la terre ne rendra pas justice ?" Abraham croit donc en un Dieu "juste" - et bon : capable d'épargner des coupables pour ne pas faire périr l'innocent. Et le "marchandage" diminuant le pourcentage de "justes" dans la population de Sodome suppose la foi en la miséricorde de Dieu.


Le sacrifice d'IsaacPourtant, cette foi, semble-t-il, doit être purifiée : Abraham croit-il à un Dieu capable de demander la vie de l'innocent Isaac ? Quelle image se fait-il de son Dieu ? C'est peut-être une des problématiques du chap. 22. Ce passage a fait couler des flots d'encre et de salive, tant dans la tradition juive que dans la tradition chrétienne, nous ne pouvons que l'effleurer ici. Nous nous arrêterons simplement (et trop vite) sur l'étrange affirmation d'Abraham, au verset 5 : "nous irons là-bas pour nous prosterner ; puis nous (Isaac et moi) nous reviendrons vers vous." De même, le mystérieux dialogue central avec Isaac : "Voici le feu et les bûches ; où est l'agneau pour l'holocauste ?... Dieu saura voir l'agneau pour l'holocauste, mon fils?" Comment interpréter tout cela ? Mensonge délibéré ? Ou expression d'une confiance en Dieu, totale, d'une espérance contre toute espérance ? Ainsi l'entend la Lettre aux Hébreux : "Par la foi, Abraham, mis à l'épreuve, a offert Isaac ; il offrait le fils unique, alors qu'il avait reçu les promesses et qu'on lui avait dit : "C'est par Isaac qu'une descendance te sera assurée." Même un mort, se disait-il, Dieu est capable de le ressusciter..." Abraham est allé jusqu'au bout de la foi, et Dieu a pu le "voir". Remarquons, par parenthèse, que "l'agneau" évoqué par Isaac, se transforme en "bélier qui s'était pris les cornes dans un buisson", et qu'Abraham va "sacrifier à la place de son fils" : l'animal "père" à la place de l'animal "fils". Est-ce que Dieu ne voudrait-il pas indiquer à Abraham que sa relation quasi fusionnelle avec son fils ("et ils allaient tous deux ensemble...", v.6 et 8) doit être purifiée pour qu'Isaac puisse "vivre" ? Interprétation moderne, certes, mais qui montre aussi que rien, pas même la promesse, ne doit faire écran entre la foi d'Abraham et son Dieu.


Pour conclure, nous laisserons la parole à Jésus lui-même, qui affirme en Jean 8,56 : "Abraham, votre père, exulta à la pensée de voir mon jour. Il l'a vu et il fut dans la joie." Interprétation de Gn 17,17, où Abraham rit à la pensée de sa descendance, elle montre qu'Abraham est bien le "père des croyants" et qu'il indique la voie à la lecture chrétienne de l'Ecriture. La foi, pour les premiers chrétiens, est d'abord et surtout la foi au Christ, promis depuis le fond des âges, promis en premier à Abraham, "notre père dans la foi".