« …Ce que nous avons vu et entendu,
nous vous l’annonçons, à vous aussi…  »

1Jean 1

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Les soeurs témoignent

« En faisant scintiller notre lumière nous offrons aux autres l’envie d’en faire autant. »( Nelson Mandela)
J’aimerais « en faire autant » pour la louange. En la découvrant, je voudrais offrir aux autres l’envie de la mettre aussi dans leur vie. Pour moi, moniale bénédictine, « vivre au désert », oui… mais en rassemblant le monde entier dans la louange… voilà mon désir !
Mais qu’est-ce que la louange ?
C’est un chant d’émerveillement,
devant tout ce que le Seigneur fait de BIEN et de BON.
C’est le cri de ma vie reçue de Dieu,
et que je lui offre en retour !
C’est le chant nouveau, plein de joie et de confiance envers Celui qui m’aime !

En expérimentant la bonté de Dieu dans ma vie et la beauté de sa création, je peux exprimer ce chant de louange dans la Liturgie avec mes sœurs et l’Église universelle, en priant les psaumes.

Écoutons cet appel à la louange du Psaume 97 :
« Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez,
jouez pour le Seigneur sur la cithare,
au son de la trompette et du cor,
acclamez votre Roi, le Seigneur« .

Lorsque nous chantons ce psaume, la joie, l’élan, l’envie de louer prend corps au fond de nous.
Ainsi la beauté, la grandeur, la générosité de Dieu attirent la louange ! La louange a donc surgi d’elle-même au cœur de l’homme dans le lieu le plus profond où elle naît.
La louange a besoin de cœurs qui ont senti l’appel à y consacrer leur vie !
Ainsi dans un monde qui devient « froid » spirituellement, il faut des cœurs promis à la louange qui s’enthousiasment pour ce Dieu si magnifique et si « humble » !

Notre pape François a voulu intituler une de ses encycliques « Laudato si », « Loué sois-tu », début du Cantique des Créatures de saint François d’Assise :

« Loué sois-tu, mon Seigneur, pour Messire le Soleil,
loué sois-tu pour Sœur Lune et les étoiles,
loué sois-tu pour Frère Vent, pour le ciel serein et tous les temps…
Loué sois-tu pour Sœur Eau, si pure et humble,
loué-sois-tu pour notre Mère la Terre.« 

Citons maintenant quelques mots de la prière du pape :

« Nous te louons, Père, avec toutes tes créatures
Loué sois-tu, Fils de Dieu, Jésus,
loué sois-tu Esprit Saint qui par ta lumière
orientes ce monde vers l’Amour du Père
Loué sois-tu, ô Dieu Un et Trine,
apprends-nous à te contempler dans la beauté de l’univers. »

Lorsqu’on pense à la vie religieuse et aux vœux qui l’accompagnent, spontanément viennent à l’esprit pauvreté, chasteté et obéissance. Or, si beaucoup de religieux prononcent effectivement ces trois vœux, ce n’est pas le cas des bénédictins. Ceux-ci, le jour où ils s’engagent, promettent obéissance, stabilité (ce qui signifie rester dans la même communauté, et donc, sauf cas exceptionnel, dans le même lieu de vie) et … conversion de vie.
Ce dernier vœu recouvre une réalité très vaste, c’est tout l’être qui se trouve ainsi engagé. Et c’est très beau. C’est sans doute l’un des points clé de la vie bénédictine et c’est celui qui m’a conquise lorsque je me suis posé la question de la vie religieuse.

Pour moi, la conversion de vie, c’est une chance qui m’est offerte de marcher chaque jour à la suite du Christ. C’est reconnaître que je suis en chemin, à une distance inconnue du but, et c’est accepter en même temps que je ne suis pas encore au terme de ma progression. Avec réalisme, saint Benoît nous demande de nous convertir, pas d’être déjà converti ! « Chaque jour je commence » nous disent les Pères à la suite de saint Paul. Et c’est cela qui nous est demandé ici.

Dire que je suis en cours de conversion, c’est dire que chaque jour je me tourne un peu plus vers le Christ, que j’oriente davantage ma vie vers Lui, que je Le laisse me polariser vers Lui et pour Lui.

Concrètement, cela se vit d’une part par les efforts de chacune et d’autre part par la reconnaissance des manquements qui ont atteint, d’une manière ou d’une autre, la vie communautaire. Ce n’est pas une chose facile que de dire devant toutes que, en telle ou telle occasion, nous n’avons pas su, pas pu, pas voulu, répondre à un appel fraternel. Mais cela permet de tomber le masque, de ne pas jouer un personnage, d’être vraie avec soi-même et avec les autres. Cette reconnaissance n’est pas de l’auto-dénigrement. C’est simplement une occasion d’accueillir sa propre faiblesse et aussi celle des autres.

Personnellement, je l’ai vécue comme une profonde libération. Pendant des années, je n’avais connu qu’un accueil conditionnel, qui m’interdisait tout faux pas. Je devais être forte à tout prix, c’était la condition pour être acceptée. Au monastère, j’ai découvert un accueil inconditionnel, une acceptation de celle que je suis en vérité, avec mes zones de lumière, mais aussi mes zones d’ombre. Ce qui ne me donne pas le droit de faire n’importe quoi; mais qui me permet d’être vraie, de ne pas avoir à me composer un personnage.

Cette conversion de tout mon être que je cherche à vivre n’est pas une quête de « mon moi et mon Dieu. » Oui, cette démarche me rapproche de Dieu, et elle me rend heureuse. Et parce que Dieu prend plaisir à mon bonheur (cf. Deutéronome 30, 9), je crois que cela Le rend heureux, Lui aussi.
Mais je crois aussi que Dieu veut agir dans le monde. Il pourrait le faire sans nous, Il le fait parfois, mais souvent, Il ne le veut pas. Pour pouvoir agir en moi, par moi, un seul moyen, une seule voie : que je Le laisse venir en moi occuper progressivement tout l’espace. C’est cela aussi la conversion, et son nom devient alors sainteté.  Et dans la communion des saints, « une âme qui s’élève élève le monde. » Chaque pas sur le chemin de la conversion est porté par tous ceux que d’autres ont posé avant moi, et, mystérieusement, dans le Christ, il peut soutenir ceux que d’autres poseront à leur tour.
Ce chemin est pour moi chemin de vie et de bonheur. Parce que je le vis avec Dieu et avec mes sœurs.

Une Soeur de l’Abbaye de Venière.

Le plus grand sacrifice que le Christ m’a demandé en m’appelant à embrasser la vie monastique est certainement celui de ne jamais être maman, de ne jamais porter dans mon sein un tout petit qui vit en nous dès sa conception, que l’on est appelé à aider à grandir, à devenir homme, à devenir femme. Quel mystère merveilleux que celui de la maternité – mystère insondable qui nous introduit dans le mystère de Dieu, mystère de la vie qui jaillit de l’amour entre un homme et une femme. Mystère de ce bébé que la femme a la joie immense de recueillir sur son sein après l’avoir porté en son sein. La maternité est partie intégrante de la condition féminine. Alors comment, moi, vivre cette maternité ?

Un jour, le Christ m’a permis de comprendre que, par amour pour lui, je pouvais offrir mon désir d’être maman pour que d’autres femmes, qui n’arrivent pas à enfanter malgré leur désir profond, aient la joie de donner la vie, pour que des parents puissent recevoir la vie au cœur de leur foyer et qu’en Lui, j’aurais tout. Lui, le Dieu de mon amour, serait ma joie. Le bonheur de ces couples serait mon bonheur.

Dans des circonstances parfois surprenantes, des intentions de couples en souffrance de n’avoir pas d’enfant après des années de mariage m’ont été confiées. A la suite de neuvaines à la Vierge Marie, Mère de notre Dieu, un certain nombre ont été exaucées. Des femmes chantent la joie d’être mères ! Alors comment puis-je me sentir frustrée ? Ces enfants, je continue de les porter dans la prière. Je demande à Dieu de les bénir, de les faire grandir au soleil de son Amour. Mon cœur de femme est comblé. Quand je viens au Christ à l’oraison, je peux dire avec le prophète Isaïe : « Nous voici, moi et les enfants que tu m’as donnés ». (Isaïe 8,18). Ces enfants entrent dans la grande farandole des hommes que je porte dans mon cœur.

Ne croyez pas que les neuvaines soient magiques ! Dieu permet que je sois un petit canal par où il peut faire passer sa grâce. Je demande toujours dans le secret de mon cœur que là où Dieu ne semble pas répondre à nos prières, les couples trouvent un autre chemin de fécondité pour que leur foyer puisse s’épanouir car Dieu veut que tous soient heureux. Chaque femme se doit de chanter la vie, de chanter la joie, de chanter l’amour et l’espérance. A elles de trouver avec leur conjoint la manière la plus appropriée de vivre leur fécondité : adoption ? engagement dans un service caritatif où ils pourront donner le meilleur d’eux-mêmes et s’épanouir ? Dieu les attend peut-être là. Qu’ils lui fassent confiance, qu’ils soient à l’écoute de l’Esprit ! Qu’ils ne désespèrent pas car Christ est toujours là au milieu de nous, lui l’espérance de la gloire ! (cf. Colossiens 1,27)

Qu’en toutes choses, Dieu soit glorifié !

Une Sœur de l’Abbaye de Venière.

« Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent« , cette promesse de Jésus est fiable, je l’ai vérifié tout au long de ma vie de moniale bénédictine. Une existence ponctuée par les mots de l’Écriture, tels autant de repères, de phares, de sources où je puise ma force, aujourd’hui comme hier … car ce sont eux qui m’ont rassurée dans les crises de ma jeunesse, puis quand j’avais peur du « saut » à faire pour répondre à l’appel divin. De même, depuis 35 ans, je chante chaque soir avec mes Sœurs un verset, qui est devenu essentiel pour moi : « Beaucoup demandent : qui nous fera voir le bonheur ? Sur nous Seigneur, que s’illumine ton visage ! Tu mets dans mon cœur plus de joie que toutes leurs vendanges et leurs moissons ».

Oui, ces quelques phrases m’ont aidée à comprendre qu’il ne s’agit pas là du « bonheur facile » vanté par la publicité, celui des possessions et de la jouissance. Mais d’une joie profonde, plus profonde que les sensations ordinaires…  et pourtant, à même de remonter à la surface pour inonder tout l’être ; ce que j’ai parfois ressenti moi-même, ou vu chez d’autres…
Attention, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de souffrance sur ce chemin! Comme d’autres encore, je l’ai connue dans ma vie d’obéissance, mes relations fraternelles, mes charges diverses ou bien des moments de sécheresse intérieure. Car il s’agit bien là du chemin pascal, qui relie justement la traversée de la peine et l’entrée dans la gloire du Père. Ce que j’y ai appris, c’est qu’à force d’essayer de vivre la foi, l’espérance et l’amour au quotidien, on peut acquérir une assurance – un enracinement – en Dieu qui aident à surmonter les épreuves … Après de telles difficultés, j’ai ainsi senti Sa puissance me ressusciter, ce qui fait bien sûr grandir la confiance et l’espérance ! Le souvenir d’un camp de ski me revient ici pour illustrer de telles étapes de la vie spirituelle. Après mes ingrats exercices de chasse-neige, je regardais filer tout schuss le moniteur, se jouant, buste immobile, liberté ailée, des creux et des bosses. Oui, avec l’expérience, on accède à une stabilité, qui permet d’encaisser les chocs … D’autant plus que les obstacles s’aplanissent, que le cœur se dilate peu à peu, à mesure que l’on accourt vers Dieu porté par l’amour. Voilà le bonheur auquel je me sens appelée. Un bonheur « pascal » que j’espère atteindre en plénitude dans le face-à-face avec Lui. Mais aussi un bonheur que je peux déjà célébrer, et même hâter, dans la liturgie et dans ma propre vie. Comme un avant-goût de la joie promise.

Témoignage de Soeur Martine donné en 2005 pour la revue Prier.
Depuis, elle est entrée dans la joie promise pour l’éternité, le 1er février 2015, son espérance n’a certainement pas été déçue !

Toute personne, je pense, s’interroge sur le sens de  la vie.

Dans  mon expérience, cette question s’est posée dès mon enfance. L’accompagnement chrétien qui a marqué mon enfance apportait des réponses à ces interrogations fondamentales. Mais dans mon adolescence, j’ai rejeté les valeurs religieuses et nié l’existence de Dieu.

Est venue alors une période où le sens de ma vie s’est totalement obscurci, au point que l’existence m’est apparue comme une absurdité.

La grâce de Dieu ne m’a pourtant jamais abandonnée puisque le Seigneur a permis que je retrouve la foi à l’âge de 23 ans en même temps que des réponses à mes questions essentielles. En fait, seul  l’amour donne sens à la vie. C’est-à-dire l’amour de Dieu qui a créé chacun et l’a voulu  personnellement, amour manifesté en Jésus, Dieu fait homme, mort et ressuscité pour nous. Et cet amour appelle celui que je peux donner en retour. Au fond, ce qui rend heureux et donne  son sens à toute chose, c’est d’essayer  de correspondre autant qu’on le peut au projet de Dieu pour soi, de s’efforcer de connaître la volonté du Seigneur et d’y répondre de toutes ses forces. Elle est là, la véritable réalisation de soi-même.

J’ai  beaucoup cherché dans cette direction sans toujours voir clairement comment rendre concret ce désir. Et finalement, ce désir m’a conduite au Monastère, lieu où je peux vivre l’absolu qui consiste à donner au Seigneur la première place. Cependant, l’entrée au Monastère, loin d’être un aboutissement, se révèle être un commencement. Il faut toujours progresser. Mise en face de moi-même, je prends conscience de mes insuffisances, de la distance qu’il y a entre mon idéal et ce que je suis réellement, mais sans découragement. Je crois que l’Esprit-Saint est toujours là pour me faire percevoir mes faiblesses et aussi pour me donner la volonté de progresser. La  vie Monastique est un chemin de conversion. Ce n’est jamais achevé. Il y a toujours à découvrir ce que le  Seigneur attend de moi pour aujourd’hui.

Il me semble que l’aventure la plus passionnante de l’existence humaine, c’est finalement l’aventure spirituelle.

Sœur Marie Paul

L’adolescence est une bonne période pour découvrir l’Absolu…

C’est donc à 14 ou à 15 ans que j’ai découvert ce Monastère de Venière et après une discussion solide avec une des sœurs (pendant 2 h !) sur le sens (que je croyais nul) de leur vie, j’ai décidé de revenir pour connaître cette Sœur atypique selon mes critères d’alors.

Peu à peu, je sentis qu’un Autre m’attirait, comme un petit aimant  attire l’aiguille et qu’ici, j’allais apprendre à plus aimer, à avoir un cœur plus universel… Je suis donc entrée au Monastère bien des années après et ne l’ai pas regretté une demi-seconde !

Aujourd’hui, je  goûte (entre autre !) avec bonheur l’importance de chanter la louange de Dieu. On n’y pense pas assez ! Pourtant, l’aimer gratuitement, le remercier, se remettre ainsi dans un état d’émerveillement, c’est créer en soi – et dans le monde – un espace libre où peut naître et renaître une énergie nouvelle, où peut habiter l’Esprit du Dieu Créateur et Sauveur.
Ces mots sont compliqués ? Essayez de vivre dans la louange et vous comprendrez !
Bonne route avec Lui. Je vous promets ma prière.

Soeur Marie-Noël

-« Soeur André, Comment avez-vous pensé devenir bénédictine ?

-« J’y ai pensé dès l’âge de 5-6 ans, j’ai dit : « Moi, je veux être Sœur, je veux être toute à Jésus, au-dedans ». J’ai toujours été portée à l’oraison. J’ai toute ma vie été un peu bénédictine, un peu spéciale! J’ai toujours aimé le silence, la pauvreté. Je voulais une grande simplicité. J’ai vécu autant que possible dans l’oubli de moi-même et l’amour de ma Communauté. »

-« Comment définissez-vous la sainteté ? »

-« C’est tout bonnement de faire ce qui est demandé sans discuter par derrière, sans murmurer : « Ce serait mieux ainsi, on a tort, etc. »

-« Quel est le secret pour vivre heureux ?« 

-« Faire la volonté du Bon Dieu dans tous les détails de la vie, la faire de bon cœur ou même de mauvaise humeur ! Prier sans cesse, c’est ce qui donne le bonheur. »

-« Qu’est-ce qui est le plus important dans la vie ? »

-« Vivre de Dieu et pour Dieu. »

-« Pour vous qui est Jésus ? »

-« Pour moi, Jésus, c’est TOUT. »

-« Vous allez avoir 104 ans, comment vivez-vous cette étape ? »

-« J’attends Dieu. Mon dernier soupir sera l’amour ! »

 Sœur André est entrée au monastère le jour de ses 20 ans