«Ecoute mon fils, les instructions du Maître
et prête l’oreille de ton coeur»
Règle de Saint Benoît, prologue,1

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Qui est Saint-Benoît ? Quelle est sa règle ?

« Ecoute ! »

Saint Benoît introduit sa Règle par l’invitation : « Ecoute mon fils, les instructions du Maître et prête l’oreille de ton cœur ». Et il la termine au dernier chapitre (73) par : « Tu parviendras ».

Saint Benoît engage ainsi le moine (la moniale), attiré par l’amour du Christ, à vivre les exigences de son baptême, en étant à l’écoute de son cœur. Cette écoute ouvre à une relation filiale renouvelée avec Dieu, avec soi, avec les autres et l’univers. Elle permet d’entendre l’appel du Christ à marcher sur le chemin de l’Evangile.

Le moine s’insère dans une communauté fraternelle pour concrètement «ne rien préférer à l’amour du Christ ». Là, tout est mis en commun, les biens, les talents, tout comme les fragilités, pour grandir dans la communion fraternelle.

« Depuis la naissance de la vie de consécration spéciale dans l’Eglise, des hommes et des femmes, appelés par Dieu et amoureux de Lui, ont vécu leur existence totalement orientés vers la recherche de son Visage, désireux de trouver et de contempler Dieu au cœur du monde » Pape François, Vultum Dei Quaerere n°2.

Petite biographie de Saint Benoît (480-547)

Saint Benoît est né en 480 à Nursie, petite ville située à une centaine de kilomètres au Nord-Est de Rome et accrochée aux contreforts de la chaîne montagneuse des Apennins. Son nom Benoît, Benedictus en latin, signifie béni : il est béni de Dieu et il est aussi celui qui bénit Dieu et dit du bien en toute sa vie. 

Ses parents, chrétiens aisés, lui donnent une première formation humaine et intellectuelle dans la propriété familiale. Étudiant à Rome, il découvre avec émerveillement les splendeurs de la Ville Éternelle, de la civilisation romaine. Il en perçoit aussi les dangers. 

Il est témoin des grandeurs et des difficultés de l’Église. L’époque est troublée : des chefs barbares se déchirent Rome, et le siège pontifical est également la proie de partis adverses.

            Benoît connaît ses limites et ne présume pas de ses forces : il sait que pour « ne rien préférer à l’amour du Christ », il lui est nécessaire de se retirer dans un endroit désert. Ce sera sa manière absolue de vivre pour Dieu seul.

           Après quelques péripéties, il s’installe dans une grotte montagneuse, près d’un lieu-dit Subiaco car il y avait là un lac artificiel. Il passe plusieurs années en ce lieu solitaire. Le seul à connaître sa présence est un moine des environs : il lui donne l’habit religieux et, à jour fixe, lui apporte un peu de pain. Seul avec lui-même, sous le regard de Dieu,  Benoît vit un fort combat spirituel,  sûr de la victoire du Christ en lui. Des bergers le découvrent et le font connaître aux habitants des environs.

            Des moines d’un monastère proche, Vicovaro, le supplient de devenir leur abbé. Benoît cède à leur insistance mais pour peu de temps. En effet, ses exigences rebutent les moines qui se révoltent et décident de l’empoisonner. Par le signe de la croix, Benoît déjoue le projet et quittant ces moines rebelles, il retourne dans sa chère solitude.

            Sa sainteté lui attire des disciples qu’il groupe en monastères : douze monastères de douze moines chacun, avec à leur tête, un abbé. Un prêtre voisin devient jaloux et décide à son tour de l’empoisonner. Comme une autre fois, Benoît a conscience du poison caché dans le pain et quitte Subiaco pour le Sud, à la recherche d’une autre retraite.

Arrivé au Mont Cassin, haut lieu stratégique de Campanie, situé au carrefour de voies romaines, Benoît, tel saint Martin en Gaule, détruit les statues des idoles et transforme les temples païens en oratoires qu’il dédie précisément à saint Martin et à saint Jean Baptiste. Puis il bâtit un monastère, défriche les terres, organise la communauté fraternelle, accueille les pauvres – et ils sont nombreux en cette période de guerres et de famines. Il vit tout donné au Christ qu’il sert en chacun de ceux qu’il rencontre. Au cours d’une vie bien ordinaire, des miracles se réalisent ; ils nous sont rapportés par son biographe, Grégoire le Grand. Ils signifient que Dieu pourvoit et que les chrétiens n’ont à être inquiets de rien dès lors qu’ils mettent leur confiance en lui. Benoît fait du Mont Cassin un lieu de paix, de prière, de charité fraternelle, et médite sur cette vie commune qui ne va pourtant pas de soi. Il veut la rendre harmonieuse. Il écrit et propose une règle de vie selon l’Évangile, une règle pour suivre le Christ de plus près, pour le préférer à tout, pour brûler du bon feu de l’amour de Dieu et de l’amour fraternel. Il meurt en ce lieu le 21 mars de l’année 547.

Texte de Soeur Véronique Dupont, osb. Extrait de « Saint Benoît, Une pensée par jour », éditions Médiaspaul, 2007, pp.83-85 avec l’aimable autorisation de l’Editeur.

«Tu m’apprendras le chemin de vie…»
Psaume 16,11

La Règle de Saint Benoît, un chemin pour vivre

La Règle de Saint Benoît, écrite il y a 15 siècles, est une sagesse chrétienne. Rédigée pour des moines, elle déborde les frontières entre moines et séculiers, clercs et laïcs, hommes et femmes.

Elle est un chemin pour essayer d’avancer à la suite de Celui qui nous dit précisément : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ». (Jn 14,6)

Elle fournit aux hommes d’aujourd’hui un chemin de vie intérieure et de précieux principes de doctrine sociale chrétienne. Vivre dans le monde en observant la Règle de Saint Benoît ? Pourquoi pas si l’on se met dans « l’esprit d’écoute accueillante qui reçoit la parole sacrée ».

En effet, la Règle s’adresse à tous « qui que tu sois, qui renonces à tes volontés propres » (Prologue v.3). Elle intéresse « celui qui aime la vie et désire voir des jours heureux » (Prologue v.15 ; Ps 34,13), c’est-à-dire celui qui désire être un être humain accompli, équilibré et heureux, qui désire vivre en plénitude, « sans rien préférer à l’amour du Christ » (Règle Ch.4, v.31). Toute la dynamique de la règle consiste à « emprunter l’échelle de l’humilité » dont les douze degrés (Règle Ch .7) forment le cœur du baptisé et du moine en particulier.

La Règle est une relecture de la Bible. Saint Benoît renvoie d’emblée à la Sainte Écriture, Ancien et Nouveau Testament. Il nous aide à retourner constamment à l’Évangile et au message du Christ.

La Règle de Saint Benoît est donc une source à laquelle nous puisons ; chacun est concerné, celui qui exerce des responsabilités et celui qui en a moins, le malade et le soignant, le jeune et le moins jeune. Elle touche tous les secteurs de la vie quotidienne. Elle est destinée à des gens ordinaires qui mènent une vie ordinaire. Elle est très équilibrée dans le respect des personnes. 

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« Que cherchez vous ? » « Que désirez-vous ? » « Que voulez-vous ? » Selon les traductions, c’est la question que Jésus pose aux deux premiers disciples qui le suivent. (Jn 1,38)

Cette question est toujours d’actualité et derrière cette question en surgit une autre, qui est celle du sens.

Que voulons-nous faire de notre vie ? Quel projet avons-nous ? Quel idéal nous anime ? Comment unifier tous nos désirs, comment trouver un équilibre, comment vivre en harmonie avec nous-mêmes et les autres ?

En effet, chacun de nous, à un moment ou un autre de son existence, a besoin de donner des repères et du sens à sa vie, un espace où il pourra exercer sa liberté de choix au-delà des conditionnements auxquels il est soumis.

La Règle de Saint Benoît, école d’un « vivre ensemble », guide du quotidien, relecture de l’Evangile, est au fil des jours une source de liberté, un chemin de conversion du cœur, un chemin du « suivre Jésus » là où nous sommes avec les talents que nous avons reçus.

Pour approfondir la réflexion :

Où trouver le texte de « la Règle de Saint Benoît »?

  • Règle de Saint Benoît : texte intégral et introduction par Jedrzejczak, Guillaume, éditeur Salvator, 2016.
  • La Règle de Saint Benoît:éditeur Abbaye de Bellefontaine, collection La Tradition Source de vie n° 2, 2005
  • Introduction à la règle de Saint Benoit, par Michael Casey et David Tomlins , éditeur Abbaye de Bellefontaine, 2013.

La vie de Saint Benoît

  • Grégoire le Grand, Dialogues 2. Vie de Saint Benoît, éditeur Abbaye de Bellefontaine, coll. Vie monastique n° 14 – 1982 – 1
  • Trois figures féminines dans la vie de Saint Benoît, par Semeraro, Michael Davide, éditeur Abbaye de Bellefontaine, 2014
  • Saint Benoît par Odon Hurel, éditeur Perrin 2019